Veufs et veuves : quelles sont les aides ?

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Damienne Gallion

Temps de lecture estimé 10 minute(s)

Veufs et veuves : quelles sont les aides ?
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Des prestations financières spécifiques existent pour les veufs et les veuves dont le conjoint était ou avait été salarié du secteur privé. Pour y accéder, il faut remplir certaines conditions d’âge, de ressources ou encore de situation familiale.

Si vous êtes veuf ou veuve, vous avez droit à des aides financières spécifiques qu’il faut demander auprès de différents organismes : caisses de retraite, caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) et caisse d’allocations familiales (CAF). 

À noter : les prestations listées dans cet article ne concernent que les veufs ou veuves de salariés ou retraités du secteur privé. D’autres règles peuvent s’appliquer si le défunt était fonctionnaire, indépendant, agriculteur… 

Ces aides peuvent se cumuler, sous certaines conditions, avec une rente au conjoint survivant prévue par un contrat de prévoyance individuel ou collectif.

Vous avez 55 ans ou plus : la pension de réversion

Rappelons tout d’abord qu’il existe deux régimes de retraite obligatoire pour les salariés du privé : la retraite de base (l’Assurance retraite) (1) et la retraite complémentaire (l’Agirc-Arrco). Si vous êtes veuf ou veuve de 55 ans ou plus (2), vous pouvez avoir droit à une retraite de réversion de ces deux régimes. Mais d’un régime à l’autre, les règles d’attribution sont différentes. 

A savoir : les ex-époux peuvent également faire valoir leurs droits à la pension de réversion (de base ou complémentaire). S’ils répondent aux conditions requises, les droits sont partagés en tenant compte de la durée de chaque mariage. 

Commençons par la réversion de la retraite de base. Elle correspond à une partie (54 %) du montant de la retraite dont bénéficiait ou aurait bénéficié votre conjoint décédé, sans compter d’éventuelles majorations (si vous avez atteint l’âge de la retraite à taux plein, si vous avez eu au moins trois enfants…).

Pour la percevoir, il faut (outre la condition d’âge) avoir été marié avec le défunt. Le Pacs et le concubinage ne permettent pas d’y avoir droit. 

Des conditions de ressources s’appliquent également. Tous vos revenus sont pris en compte (revenus professionnels, biens immobiliers, placements…) ainsi que ceux de votre ménage, si vous ne vivez pas seul. Ils ne doivent pas dépasser 24 710 € pour une personne vivant seule ou 39 536 € pour une personne vivant en couple (3). Si ces ressources évoluent, notamment lors de l’attribution des retraites personnelles (retraites de base et complémentaire), cette pension peut être modifiée. 

Comment est attribuée la pension de réversion ?

La pension de réversion n’est pas attribuée automatiquement, il faut en faire la demande. « Cette démarche doit être faite de préférence en ligne, souligne Philippe Bainville, expert retraite à l’Assurance Retraite. Car le système adresse automatiquement la demande à tous les régimes auxquels la personne décédée était affiliée. Si vous effectuez la démarche par courrier, cela nécessite de connaître ces différents régimes, ce qui n’est pas toujours évident. »

La demande de pension de réversion doit être faite dans l’année qui suit le décès. Si vous y avez droit, elle pourra être versée rétroactivement à partir du 1er jour du mois qui suit le décès. Si vous faites votre demande plus d’un an après, vos droits ne seront pris en compte qu’à partir du 1er jour du mois qui suit votre démarche. 

En ce qui concerne la réversion de la retraite complémentaire, son attribution se fait sans condition de ressources. Cette pension est égale à 60 % des droits à retraite complémentaire de la personne décédée. Mais là encore, il faut avoir été marié avec la personne décédée (et non pacsée ou en concubinage). La condition d’âge (au moins 55 ans) peut être supprimée si le conjoint survivant et les ex-conjoints ont deux enfants à charge au moment du décès. 

Pension de réversion : sur quel site la demander ?  

Réversion de la retraite de base, réversion complémentaire… Au moment d’effectuer les démarches, à effectuer de préférence en ligne, on peut se sentir un peu perdu. Les trois principaux sites à connaître sont ceux de l’Assurance retraite, de l’Agirc-Arrco, et d’Info Retraite. Vous pouvez utiliser l’un de ces trois sites pour effectuer votre demande : votre dossier sera transmis d’un régime à l’autre. Toutefois, sachez que le site Info Retraite a l’avantage de rassembler l'ensemble des informations sur les droits acquis auprès des différents régimes de retraite obligatoires, de base et complémentaire. 

« Tout comme la demande de retraite, la demande d’une pension de réversion est souvent une démarche stressante, car impactante pour sa vie, souligne Thomas Tracou, directeur de la communication d’Union Retraite, qui gère le site Info Retraite. Nous avons par conséquent cherché à la simplifier au maximum. Et il ne faut pas hésiter à se faire aider » .

Vous avez moins de 55 ans : l’allocation de veuvage

Si vous êtes âgé de moins de 55 ans et que vos ressources (revenus professionnels, biens immobiliers, placements…) ne dépassent pas 891 euros par mois, une allocation de veuvage peut vous être versée. Il faut que vous ayez été marié avec la personne décédée. À noter : vous perdez ce droit si vous êtes remarié, pacsé ou que vous vivez en concubinage.

L’allocation de veuvage s’établit à 713 euros par mois. Ce montant peut être réduit en fonction de vos ressources : celles-ci sont examinées sur une période de trois mois avant la demande de l’allocation.  

Cette aide est octroyée pendant deux ans maximum (ou jusqu’à 55 ans si vous aviez au moins 50 ans à la date du décès). Elle n’est pas allouée d’emblée. Il faut vous adresser en priorité à la caisse de retraite du dernier lieu de travail de votre conjoint décédé. Vous pouvez également envoyer le formulaire « Demande d’allocation de veuvage » par courrier à : Carsat Bourgogne-Franche-Comté, Centre national de traitement de l’allocation veuvage, 21044 Dijon cedex.

Bon à savoir : L’Assurance retraite et Info Retraite proposent des simulateurs en ligne pour tester votre éligibilité à la pension de réversion. Sur le premier site, vous trouverez également un simulateur pour l’allocation de veuvage. 

Vous avez moins de 55 ans et vous êtes invalide

Si vous avez moins de 55 ans et que vous êtes vous-même invalide, vous pouvez prétendre à la pension de veuf ou de veuve invalide de l’Assurance maladie. Il faut que vous ayez été marié avec le défunt.

Son montant correspond à 54 % de la pension d’invalidité de votre conjoint (s’il était lui-même invalide) ou de la retraite qui lui était versée ou à laquelle il aurait eu droit. Une majoration s’applique si vous avez eu au moins trois enfants.

Le versement de la pension s’arrête si vous vous remariez. À partir de 55 ans, elle ne se cumule pas avec la pension de réversion : c’est le montant de la prestation la plus avantageuse qui vous est attribué.

La demande doit être faite avec le formulaire « Demande de pension d’invalidité de veuf(ve) » auprès de la caisse d’Assurance maladie de votre conjoint décédé. 

Vous avez des enfants à charge

Si vous vous retrouvez seul à élever des enfants, vous pouvez percevoir l’allocation de soutien familial. Mais pour cela, vous ne devez pas vivre avec un partenaire, même en concubinage.

L’allocation mensuelle s’élève à 199 euros par enfant à charge, sans condition de ressources. Pour la percevoir, il faut déclarer votre situation à la CAF et envoyer le formulaire de demande de la prestation.

Vous étiez à la charge de votre conjoint

Quel que soit votre âge, si vous ne perceviez vous-même aucun revenu, vous pouvez recevoir un capital décès, si vous étiez mariés ou pacsés. Son montant, forfaitaire, est de 3 977 euros. La demande de capital décès fait l’objet d’un formulaire, à transmettre à la CPAM de l’assuré décédé.

Le capital décès revient aux personnes à la charge complète du défunt et, par ordre de priorité, au conjoint ou aux enfants ou aux ascendants. Si aucun bénéficiaire prioritaire ne le réclame, le capital est versé au conjoint, même s’il a des ressources propres. 

À noter : si vous êtes bénéficiaire prioritaire, vous avez un mois maximum à partir de la date du décès de votre conjoint pour faire valoir ce statut prioritaire. 

Concernant les remboursements de frais de santé, vous êtes couvert personnellement au titre de la protection maladie universelle, même si votre conjoint est décédé (4). En effet, toute personne majeure sans activité professionnelle a droit à la prise en charge de ses frais de santé, si elle vit en France de manière stable et régulière. 

Enfin, si vous avez peu ou pas de ressources, renseignez-vous auprès de votre CAF. Selon votre situation, vous pouvez peut-être bénéficier d’une aide au logement ou du revenu de solidarité active. 

Se renseigner sur des aides ponctuelles 

Les caisses de retraite (de base ou complémentaire) peuvent, sous conditions et au titre de leur action sociale, vous fournir certaines aides ponctuelles : aides aux démarches administratives, aides ménagères, etc. Pour savoir si vous pouvez en bénéficier (et vous renseigner de manière plus générale sur vos droits), le mieux est de les contacter directement.

Concernant le régime de base, si vous êtes retraité, il faut contacter la caisse régionale qui vous verse votre retraite. Si vous êtes en activité, contactez la caisse de retraite dont relevait votre conjoint s’il était retraité, ou votre caisse régionale si votre conjoint était en activité.  

Bon à savoir si votre conjoint était retraité 

La pension de retraite est généralement versée le 9e jour du mois, à terme échu, c’est-à-dire au titre du mois précédent. Si votre conjoint est décédé au mois de mai par exemple, sa retraite au titre de mai sera versée en juin. Mais il faut que vous en demandiez le versement, car celui-ci s’arrête automatiquement avec le décès de la personne. Ce droit au versement du mois de retraite qui suit le décès n’est pas de la réversion.

Le bon réflexe : se faire accompagner

« Se lancer dans des démarches administratives alors qu’on est en deuil n’est jamais facile, reconnaît Philippe Bainville. Néanmoins, il est important, dans cette période délicate, de faire valoir ses droits. N’hésitez pas à demander de l’aide auprès de votre caisse de retraite, de vos enfants ou petits-enfants, d’une assistante sociale, du centre d’action sociale de votre mairie, etc. » 

Dispositif encore peu connu du grand public, les maisons France Services peuvent également vous aider dans les démarches administratives en lien avec votre veuvage. En 2025, on dénombre 2800 lieux en France proposant ce service de proximité

Liens et infos utiles

•    « Un proche est décédé », les conseils du site service-public.fr
•    La brochure « Veuvage, mes droits » de l’Assurance retraite
•    La page contacts avec la liste des caisses régionales (Carsat) de l’Assurance retraite
•    Infographie et vidéo sur la réversion, ainsi que le service en ligne Demander ma réversion, sur le site Info Retraite
•    Plus d’infos sur les aides « Vie personnelle » de la CAF, dont l’allocation de soutien familial
•    Plus d’infos sur le capital décès, sur le site de l’Assurance maladie

(1) L’Assurance retraite s’adresse également aux travailleurs indépendants, aux contractuels de droit public et aux artistes-auteurs. 
(2) 51 ans si la personne est décédée avant le 1er janvier 2009.
(3) En annuel brut, données 2025. Les autres montants donnés dans cet article valent pour 2025. 
(4) Le concept d’ayant droit pour les personnes majeures a été supprimé en 2016. 

Rédigé par

  • Damienne Gallion

    Journaliste généraliste, avec une prédilection pour les sujets santé, sciences, monde du travail, économie sociale et solidaire, vie pratique.

Commentaires

Ce résumé est intéressant et aide à mieux comprendre la pension de réversion BERNARD

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