Arrêts de travail : quelles solutions pour les réduire ?
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Pour rappel, un arrêt de travail englobe à la fois les arrêts maladie (prescrits pour des raisons de santé comme une maladie ou un accident de la vie courante) et les arrêts de travail pour motif professionnel (prescrits dans le cadre d’un accident de travail ou d’une maladie professionnelle).
Au début de l’arrêt, l’entreprise peut maintenir tout ou partie du salaire, selon les conventions collectives ou accords en vigueur. Passé un délai de carence de 3 jours, l'Assurance maladie prend le relais en versant des indemnités journalières.
A partir du 8e jour, dans le cadre de la loi de mensualisation, l’employeur est tenu de compléter cette indemnisation à hauteur de 90 % puis de 66,66 % du salaire brut durant 60 à 180 jours, selon l’ancienneté du salarié, sous réserve que celui-ci ait au moins un an d’ancienneté.
Enfin, l’employeur mettre en place des garanties de prévoyance collective en cas d’incapacité de travail. Versées par l’assureur, ces indemnités, dont le niveau varie en fonction des conventions et des accords, se déclenchent généralement après une franchise de 60 à 90 jours et apportent une protection essentielle en cas d’arrêt de travail de longue durée.
Hausse des arrêts de travail longue durée
Depuis la crise sanitaire, le coût d’indemnisation des arrêts maladie n’a cessé de croître. Selon l’Assurance maladie, il a ainsi progressé de 56 % entre 2017 et 2022. Rien qu’en 2022, 8 800 000 arrêts maladies ont été délivrés. Ce qui représente pour l’organisme un coût de 12 milliards d'euros, contre seulement 4 milliards pour les accidents du travail ou les maladies professionnelles. En 2024, les dépenses liées aux arrêts maladie devraient dépasser les 17 milliards d’euros. Au premier semestre, le coût d'indemnisation des arrêts de travail est de nouveau en hausse de 8 % sur un an par rapport à la même période en 2023, rapporte l’Assurance maladie.
Cette hausse s’explique à la fois par un volume d'arrêts de travail de courte durée qui reste à un niveau très élevé et par une dynamique un peu plus forte sur les arrêts longs, liés en partie à des facteurs démographiques. Avec une population en augmentation et vieillissante, le nombre d'arrêts maladie progresse de manière mécanique. Par ailleurs, le montant total des indemnités versées est en croissance, en raison de l'inflation qui entraîne une revalorisation des salaires et, par conséquent, une augmentation automatique du montant des indemnités journalières.
Développer la prévention
Alors que les débats se concentrent principalement sur le durcissement des contrôles et la réduction de l’indemnisation, d’autres approches potentiellement efficaces pour limiter les arrêts de travail ont été mises en lumière dans la dernière étude « Pratiques et perceptions des arrêts de travail dans les entreprises », menée par l’Observatoire de l’imprévoyance du Groupe VYV et Audirep. Parmi elles, la prévention occupe une place de choix : 60 % des responsables RH la voient comme un levier clé pour réduire les arrêts de travail, une opinion partagée par 83 % des managers. Neuf entreprises sur dix ont déjà mis en œuvre au moins une mesure de prévention, ciblant principalement la sécurité des employés (70 %), la prévention des troubles musculosquelettiques (58 %) et l’amélioration de l’organisation du travail (54 %). « L’idée est de prévenir les arrêts maladie en investissant dans des plans de prévention et en améliorant la qualité de vie au travail (QVT), explique Agnès Riu, directrice prévoyance du Groupe VYV. Cela peut inclure des espaces de détente, des activités de bien-être ou des programmes de sport-santé. »
Cependant, la santé mentale demeure insuffisamment prise en compte, selon Agnès Riu. « Seules 35 % des entreprises mentionnent des actions de prévention dans le domaine de la santé mentale. Un chiffre encore faible, alors que la fatigue mentale et la dépression contribuent à un tiers des arrêts de travail de longue durée. »
Repenser l’organisation du travail
Outre la prévention, d'autres solutions sont explorées, comme la réorganisation du travail. Le télétravail, largement adopté durant la crise du Covid, a transformé en profondeur les habitudes professionnelles des salariés. Parmi les entreprises ayant instauré cette pratique, 55 % des responsables RH estiment qu’elle a contribué à réduire les arrêts de travail. Ses principaux avantages incluent un meilleur équilibre entre vie personnelle et professionnelle, la fidélisation des collaborateurs, et un renforcement de leur engagement.
Cependant, deux préoccupations émergent : la difficulté de déconnexion, signalée par 29 % des RH et 20 % des managers, et la fragilisation des liens sociaux entre collègues, un effet jugé négatif par un tiers d’entre eux. « Ces aspects peuvent être abordés à travers des réflexions organisationnelles et l’établissement de règles ou d’initiatives de sensibilisation », souligne Agnès Riu. Par ailleurs, une autre option testée dans cette étude est la semaine de quatre jours, qui attire davantage les managers (60 %) que les RH (40 %).
Soutenir et former les managers
L’étude montre clairement que les managers occupent une double position : ils sont des acteurs clés dans la gestion des arrêts de travail, mais aussi des victimes de leurs effets. 92 % d’entre eux considèrent qu’ils jouent un rôle fondamental dans la prévention de ces arrêts, tandis que 70 % souhaiteraient être mieux informés sur les initiatives de prévention en place dans leur entreprise. Par ailleurs, 68 % des managers estiment manquer de soutien pour faciliter la reprise après un arrêt prolongé, et 67 % aimeraient en savoir plus sur les risques psychosociaux dans leur milieu de travail.
Selon la directrice prévoyance du Groupe VYV, « les arrêts de travail affectent fortement une population déjà sous pression. Environ trois-quarts des managers déclarent ressentir un stress accru, et 9 sur 10 doivent souvent assumer les tâches de leurs collaborateurs en arrêt, dont un tiers de manière fréquente ». Pour les accompagner et limiter les risques, il devient essentiel de renforcer la formation, d’améliorer l’appui dans les démarches administratives, et de promouvoir des actions en faveur de la santé mentale.
Renforcer l’accompagnement des salariés en arrêt
Une autre stratégie pour réduire les arrêts de travail consiste à maintenir le lien avec les salariés durant leur absence, notamment lors d’arrêts de longue durée, et à les soutenir dès les premières étapes de leur retour au travail. Bien que 93 % des salariés en arrêt de longue durée jugent essentiel de rester en contact avec au moins une personne de leur environnement professionnel, 25 % des responsables RH et 30 % des managers s’opposent à cette prise de contact. Ils invoquent principalement le respect de la vie privée et la croyance, encore courante, qu’il serait illégal de contacter un salarié en arrêt.
Pour ce qui est de l’accompagnement à la reprise, 82 % des RH ont déjà mis en place au moins une mesure de soutien, au-delà de la visite médicale obligatoire dans certains cas. Les dispositifs les plus courants incluent le mi-temps thérapeutique (52 %), la visite de pré-reprise (50 %) et l’ajustement du poste de travail (43 %). « Ces mesures sont reconnues pour leur efficacité, mais leur application reste parfois complexe », déplore Agnès Riu. Elle souligne que cette difficulté tient en partie au manque de demande des salariés, souvent mal informés de ces options, et aux contraintes de disponibilité des médecins du travail.
(1) Etude « Pratiques et perceptions des arrêts de travail dans les entreprises », réalisée par l’Observatoire de l’imprévoyance du Groupe VYV et Audirep entre janvier et mai 2024.
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