Retravailler après un cancer

Publié le

Géraldine Langlois

Temps de lecture estimé 12 minute(s)

Retravailler après un cancer
© PeopleImages/Istock

Sommaire

Après la phase aiguë de la maladie et l'arrêt des traitements, la question de la reprise du travail se pose. Comment l’appréhender au mieux ?

Les trois étapes clés du retour à l’emploi

Après un cancer, le parcours du retour à l’emploi est jalonné de plusieurs moments importants. Première étape : décider de retravailler. « C’est la personne qui a subi le cancer qui est à même d’appréhender le moment le plus opportun », estime Agnès Lecas, déléguée aux actions pour les personnes malades à la Ligue contre le cancer. Pour autant, certaines personnes n’ont pas conscience des éventuels handicaps invisibles consécutifs à la maladie. D’autres minimisent la fatigue liée aux traitements, qui peut durer longtemps.

Reprendre trop tôt augmente les risques de devoir à nouveau être arrêté. Une situation qui peut donner – injustement – à la personne le sentiment qu’elle n’est finalement pas capable de reprendre le travail… Attendre d’être vraiment prêt est souvent plus difficile pour les artisans, les indépendants ou les auto-entrepreneurs.

Le retour à l’emploi est une période privilégiée, en tout cas, pour s’interroger sur ses envies, son projet professionnel, en lien ou pas avec l’ancien travail, et sur son rapport au travail. « Le temps de la convalescence est très important pour travailler sur l’acceptation des nouvelles contraintes physiques, des solutions pour gérer la fatigue ou les éventuels problèmes cognitifs », remarque Marie-Hélène Godinot, chargée de projet sur la réinsertion professionnelle au comité des Yvelines de la Ligue contre le cancer. De nombreux dispositifs et services peuvent aider les personnes concernées. 

Aménager son temps de travail

La deuxième étape-clé consiste à aller consulter le médecin du travail lors d’une visite de pré-reprise. Cette visite, non obligatoire, s’adresse aux salariés qui ont arrêté de travailler plus de trois mois. Ce sont eux qui la sollicitent. Pour Agnès Lecas, cette visite « permet d’amorcer un dialogue sur le projet de retour à l’emploi » et sur ses modalités pratiques.

Le médecin du travail apporte un regard neutre sur le bien fondé de cette reprise. Il va envisager toutes les possibilités : attendre encore un peu, reprendre à plein temps ou avec un aménagement de poste ou de temps de travail. Au moins pendant une certaine période. Si c’est l’option qui est retenue, le médecin du travail entrera en contact avec l’entreprise, pour organiser ces aménagements avant que la personne revienne. Il contactera aussi le médecin traitant, qui prescrira le temps partiel thérapeutique. Le télétravail peut aussi être envisagé.

Les aménagements de poste et de temps de travail sont plus faciles à mettre en place dans les grandes entreprises que dans les petites. Les premières disposent parfois d’une « mission handicap », d’un médecin et d’une infirmière du travail sur place. Les secondes n’ont pas ces moyens et encore moins de marge de manœuvre. 

Une visite de reprise

Il sera plus facile de proposer un poste adapté dans une entreprise où les emplois sont variés que dans une TPE de trois salariés. Or si une adaptation de poste nécessaire n’est pas possible, le licenciement pour inaptitude peut être envisagé.

Troisième étape du retour à l’emploi, la visite de reprise, obligatoire après un arrêt de plus de trois mois, doit avoir lieu dans les huit jours suivant la reprise du travail. Le médecin du travail évoquera les adaptations de poste ou de temps de travail si cela n’a pas été fait en « pré-reprise ». Il déterminera aussi l’aptitude ou l’inaptitude du salarié à reprendre son emploi.

Mettre toutes les chances de son côté

Le retour à l’emploi après une longue interruption ne s’improvise pas.

Bien connaître ses droits est une condition essentielle pour qu’il se déroule au mieux. Mais les personnes concernées les connaissent souvent peu. Absorbées dans leur parcours thérapeutique, elles ont d’autres préoccupations.

Garder un lien avec le travail

Un accompagnement est souvent nécessaire pour que l’information soit bien perçue. La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé est entourée de beaucoup d’a priori négatifs que des explications permettent d’atténuer. Ce statut est en effet « temporaire et s’accompagne de nombreux droits en matière de logement, de transport et de travail, explique Agnès Lecas, déléguée aux actions pour les personnes malades à Ligue contre le cancer. L’entreprise bénéficiera d’aides pour aménager le poste de travail de la personne. Le salarié sera également protégé contre certains licenciements. » Cela rend aussi plus acceptable aux yeux des autres des aménagements qui pourraient passer pour un traitement de faveur…

Aussi, beaucoup de professionnels de l’accompagnement encouragent les personnes malades à maintenir un lien avec leurs collègues, si ce n’est leurs supérieurs hiérarchiques. Les personnes qui vivent l’expérience du cancer n’ont pourtant pas toujours envie d’en parler à leurs collègues ou à leur hiérarchie. Certains craignent un licenciement ou un frein à leur carrière.

Le tabou de la maladie reste fort au sein des entreprises. Mais dire la vérité permet souvent de mieux préparer la reprise du travail et le retour dans le collectif de travail, le moment venu.

Outre le fait de maintenir le lien personnel entre collègues, conserver une relation « permet de savoir ce qui se passe dans l’entreprise durant les mois d’absence, ajoute Agnès Lecas, et d’être au courant de ce qui s’est passé quand on revient ». On sait ainsi par qui on a été remplacé, quels nouveaux projets ont été lancés ou comment l’organigramme a évolué.

Rester en contact avec sa hiérarchie peut être utile aussi, notamment pour prévoir comment le retour du salarié sera annoncé en interne. Parfois, personne dans l’entreprise ne sait que le salarié absent souffre d’un cancer. Et les autres salariés ne comprennent pas, lorsqu’il revient, pourquoi il travaille moins qu’avant ou dispose d’un aménagement de poste particulier.

Comment se faire aider pour bien se préparer ?

Les personnes qui ont vécu l’expérience du cancer et souhaitent reprendre le travail peuvent bénéficier de plusieurs services et dispositifs d’accompagnement.

Les Caisses (régionales) d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) proposent à tous les salariés dépendant du régime général en arrêt de travail depuis trois mois de rencontrer une de leurs assistantes sociales. « Cela permet aux personnes de se projeter dans la reprise du travail, explique Sylvie Gillet, cadre en charge de la mission Prévention de la désinsertion professionnelle à la Carsat Nord-Picardie. Pour certains, c’est trop tôt mais ils savent ainsi vers qui se tourner quand ils seront prêts à l’envisager. »

Les rencontres se déroulent lors de réunions collectives ou de rendez-vous individuels au domicile des personnes ou dans des lieux de consultation sociale (mairie, centre social). Elles visent à explorer l’ensemble de leurs droits, à faire le point sur leurs démarches et à évaluer leur rapport au travail et leurs perspectives professionnelles. Si nécessaire, l’accompagnement peut se poursuivre sur plusieurs entretiens.

Le RSI et la MSA proposent aussi un dispositif de maintien dans l’emploi pour leurs assurés indépendants et agriculteurs.

Contre la désinsertion

Certaines Carsat ont noué des partenariats avec la Ligue contre le cancer pour lutter contre la désinsertion sociale. Elles proposent ensemble des séries d’ateliers collectifs sur le retour à l’emploi. Ces ateliers réunissent des travailleurs sociaux, des « experts » (médecin du travail, DRH, inspecteur du travail) et des « témoins » qui ont vécu le retour à l’emploi après un long arrêt et partagent leur expérience.

Par ailleurs, les comités départementaux de la Ligue offrent partout un accompagnement au retour à l’emploi. Dans celui des Yvelines, Marie-Hélène Godinot, chargée de projet en réinsertion professionnelle, propose un coaching individuel et co-anime des ateliers de retour à l’emploi avec des assistantes sociales.

« L’enjeu, explique-t-elle, c’est d’aider les gens à reprendre le travail en douceur », qu’ils souhaitent revenir à leur poste, changer d’emploi ou entreprendre une recherche d’emploi. Elle les accompagne dans leur cheminement, leurs questionnements. Elle leur propose des outils, des thèmes de réflexion et les informe sur leurs droits. D’autres ateliers sont aussi organisés une fois par mois sur des thèmes variés : « mon cancer j’en parle ou pas ? », « gérer sa fatigue », « booster sa recherche d’emploi par les réseaux sociaux », etc.

Collectif ou individuel

Pour les personnes qui préfèrent s’en remettre à internet, Anne-Sophie Tuszynski, consultante en développement des entreprises, a créé le site web www.alloalex.com. « Une sorte d’accompagnant personnel », commente-t-elle. Il propose d’une part une réflexion guidée adaptée à plusieurs profils professionnels. L’objectif : permettre aux personnes de se questionner sur leurs envies ou leur façon de communiquer sur la maladie dans le monde professionnel. Ce qui les aide aussi à prendre conscience de la façon dont leurs collègues ou leurs supérieurs vivent leur retour. Le site offre d’autre part un carnet d’adresses utiles, un espace de partage de « trucs et astuces » et un espace de sauvegarde des documents importants.

Une sorte d’écho pratique au livre qu’Anne-Sophie Tuszynski a écrit après son expérience de la maladie*. La consultante a aussi créé une hotline gratuite. Les ex-malades qui se posent des questions sur la reprise du travail après un cancer peuvent ainsi appeler « Alex » (0800 400 310), une ancienne malade formée au sujet.

Faire évoluer les entreprises

Pour aider les entreprises à mieux anticiper et gérer le retour de salariés après un cancer, le réseau de l’Association nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) et ses déclinaisons régionales (les Aract) sensibilisent les acteurs du monde professionnel. Ils proposent aussi aux entreprises un accompagnement sur le sujet.

*«Cancer, maladies et travail : pour améliorer la qualité de vie de tous les salariés» (février 2017)

Témoignages de Julien et Carole
Quand elle a senti qu’elle pouvait reprendre, elle a rencontré le médecin du travail : « j’avais besoin d’en parler avec lui, car après un an d’arrêt, j’avais l’impression que je ne savais plus rien faire, que je serais « nouvelle » ». Julien a consulté son médecin au bout de trois mois car il « tournait en rond » et voulait de nouveau « avoir le sentiment d’être utile ». Tous les deux se sont vus proposer un mi-temps thérapeutique. Julien a beaucoup apprécié cette reprise en douceur -même si certains ne comprenaient pas forcément ses « longs week-ends » – et l’autonomie que son chef lui a laissée pendant ces premiers temps. La sollicitude de ses collègues l’a touché mais il aurait préféré que tous ne viennent pas lui demander comment il allait alors que lui souhaitait tourner la page…

Carole, de son côté, a travaillé à mi-temps puis à 70 % pendant les trois mois suivants. « J’étais super contente de reprendre, confie-t-elle, de retrouver mes collègues, de reprendre la vie active et de sortir du monde de la maladie. Ça voulait dire que j’étais guérie ».

Extérioriser pour passer le cap
Elle a aussi eu la chance de vivre un mois de transition avec sa remplaçante. Et de se faire accompagner individuellement et gratuitement, via une association, par une coach. « Cela m’a fait beaucoup de bien d’extérioriser ce que j’avais en moi », se souvient-elle. Ella a pu lui parler du cancer auquel elle pensait encore souvent sans oser l’évoquer à ses proches. Le temps partiel thérapeutique révolu, Carole a obtenu une journée de télétravail qui lui permet de diminuer une fatigue dont elle ne sait si elle fait suite à la maladie ou relève de sa charge de travail.

Pour Julien, c’est après sa promotion que les choses se sont compliquées. « J’ai eu l’impression de passer, un peu à cause du fait que j’avais été malade, de la situation de bon technicien à celle de mauvais chef, explique-t-il. Je ne me sentais plus légitime. » Pour l’aider à passer ce cap, son médecin l’a orienté vers l’accompagnement proposé par la Ligue contre le cancer : il a vu plusieurs fois une psychologue. Ces séances lui ont « fait beaucoup de bien » et lui ont permis de se sentir à l’aise dans son nouveau poste.

Témoignages de Julien et Carole

Quand elle a senti qu’elle pouvait reprendre, elle a rencontré le médecin du travail : « j’avais besoin d’en parler avec lui, car après un an d’arrêt, j’avais l’impression que je ne savais plus rien faire, que je serais « nouvelle » ». Julien a consulté son médecin au bout de trois mois car il « tournait en rond » et voulait de nouveau « avoir le sentiment d’être utile ». Tous les deux se sont vus proposer un mi-temps thérapeutique. Julien a beaucoup apprécié cette reprise en douceur -même si certains ne comprenaient pas forcément ses « longs week-ends » – et l’autonomie que son chef lui a laissée pendant ces premiers temps. La sollicitude de ses collègues l’a touché mais il aurait préféré que tous ne viennent pas lui demander comment il allait alors que lui souhaitait tourner la page…

Carole, de son côté, a travaillé à mi-temps puis à 70 % pendant les trois mois suivants. « J’étais super contente de reprendre, confie-t-elle, de retrouver mes collègues, de reprendre la vie active et de sortir du monde de la maladie. Ça voulait dire que j’étais guérie ».

Extérioriser pour passer le cap

Elle a aussi eu la chance de vivre un mois de transition avec sa remplaçante. Et de se faire accompagner individuellement et gratuitement, via une association, par une coach. « Cela m’a fait beaucoup de bien d’extérioriser ce que j’avais en moi », se souvient-elle. Ella a pu lui parler du cancer auquel elle pensait encore souvent sans oser l’évoquer à ses proches. Le temps partiel thérapeutique révolu, Carole a obtenu une journée de télétravail qui lui permet de diminuer une fatigue dont elle ne sait si elle fait suite à la maladie ou relève de sa charge de travail.

Pour Julien, c’est après sa promotion que les choses se sont compliquées. « J’ai eu l’impression de passer, un peu à cause du fait que j’avais été malade, de la situation de bon technicien à celle de mauvais chef, explique-t-il. Je ne me sentais plus légitime. » Pour l’aider à passer ce cap, son médecin l’a orienté vers l’accompagnement proposé par la Ligue contre le cancer : il a vu plusieurs fois une psychologue. Ces séances lui ont « fait beaucoup de bien » et lui ont permis de se sentir à l’aise dans son nouveau poste.

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