Comment l’entreprise peut-elle aider ses salariés à mieux manger ?

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Philippe Chibani-Jacquot

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

Comment l’entreprise peut-elle aider ses salariés à mieux s’alimenter ?
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Si l’alimentation ne fait pas partie des obligations centrales de l’employeur, elle n’en reste pas moins un facteur déterminant de santé et de bien-être au travail. Elle peut aussi contribuer à favoriser la productivité des équipes.

L’essentiel : 

  • Un cadre légal limité : la loi impose seulement la mise à disposition d’un espace repas. Mais l’employeur se doit, plus globalement, de protéger la santé de ses salariés.
  • Un levier de performance : une alimentation équilibrée favorise concentration, productivité et baisse de l’absentéisme.
  • Des actions adaptées et bienveillantes : ateliers, conseils personnalisés et initiatives simples réussissent si elles respectent les contraintes et habitudes des salariés.
  • Un environnement facilitateur : distributeurs, restauration collective ou actions de sensibilisation peuvent orienter vers de meilleurs choix alimentaires.
  • Un accompagnement possible : les services de santé au travail et le Programme national nutrition santé (PNNS) fournissent outils, diagnostics et reconnaissance aux entreprises engagées.

L’alimentation n’est pas un thème phare du Code du travail. « Il existe peu d’obligations en entreprise : le salarié n’a pas le droit de manger à son poste et l’employeur se doit de mettre à disposition un espace dédié aux repas. Mais pour autant, la loi impose à l'employeur de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de chacun de ses salariés », résume Johanne Langlois, responsable d’unité du Conservatoire national des arts et métiers – Institut Scientifique et Technique de la Nutrition et de l’Alimentation (Cnam-ISTNA).

En clair : l’entreprise a un rôle à jouer pour favoriser une alimentation protectrice de la santé. 

Productivité, concentration et réduction de l’absentéisme 

Rien n’oblige le dirigeant d’entreprise à accompagner les salariés dans leurs choix alimentaires, mais rien ne l’interdit non plus. Le lien entre nutrition et santé étant bien établi, un employeur peut décider de se saisir de cette question dans le cadre de sa politique de santé au travail. « Une bonne alimentation, c’est un levier de performance », insiste Johanne Langlois du Cnam-ISTNA. 

Productivité, concentration, réduction de l’absentéisme : les impacts d’une alimentation équilibrée sont mesurables, à condition de raisonner sur le long terme. « Nous avons des données montrant qu’un salarié qui mange mieux et bouge plus développera moins de pathologies, comme le diabète ou le cancer. »

Horaires de nuit, travail posté ou métiers nomades (représentants, aides à domicile), l’environnement de travail peut fortement influencer le comportement alimentaire. C’est ce constat qui a conduit à l’intégration de la nutrition (alimentation et lutte contre la sédentarité) dans le 4e Plan Santé Travail qui trace les actions prioritaires jusqu’en 2026. 

Les 6 conseils pour améliorer l’alimentation de ses salariés

  • Diagnostic interne : commencer par évaluer ce que l’entreprise fait déjà (parfois sans le savoir) sur l’alimentation grâce à l’outil en ligne 360° nutrition-santé.
  • Organiser des ateliers de sensibilisation qui partent des attentes des salariés
  • Mettre à disposition des salariés des ressources (recettes, guide, affiche, panier de fruits, lunch-box, gourde…) pour passer à l’action.
  • Inviter un ou une diététicienne pour des conseils individualisés aux salariés.
  • Distributeur automatique, repas de services, restauration collective… orienter l’offre vers des produits sains et savoureux.
  • Aménager un lieu convivial et pratique pour la pause déjeuner au sein de l’entreprise.

Créer un environnement propice à de meilleures habitudes alimentaires

Du distributeur automatique aux réunions de service, en passant par les déjeuners d’équipe ou les offres de restauration collective, les occasions de se nourrir en entreprise sont nombreuses. Et elles peuvent être utilisées pour favoriser de meilleurs choix. « Quand une entreprise sélectionne des produits moins sucrés pour ses distributeurs ou propose de l’eau plutôt que des sodas, elle agit concrètement », souligne Johanne Langlois.

Les effets de ces actions sont parfois invisibles, mais réels. Elles créent une dynamique d’ensemble qui oriente les comportements vers une alimentation plus équilibrée. Le Nutri-Score qui s’affiche désormais sur des milliers de produits en magasin a été testé dans quelques restaurants collectifs. « Cela a permis d’orienter les choix de plats des utilisateurs, mais nous avons aussi constaté que les cuisiniers, ont modifié leurs recettes pour obtenir une meilleure notation », se félicite Johanne Langlois.

Certaines entreprises vont plus loin. À Pyrène Plus, une association d’aide à domicile de plus de 500 salariés dans les Hautes-Pyrénées, cela fait trois ans que l’alimentation est un sujet de santé au travail. L’équilibre alimentaire des personnes aidées fait partie de leurs missions, alors pourquoi ne pas se préoccuper de celui des professionnels aussi ? Le Comité social et économique (CSE) a offert à chaque salarié une lunch-box isotherme et une gourde réutilisable. 

« L’objectif, c’était que chacun ait la possibilité de gérer au mieux ses repas et son hydratation, tout en portant une attention à leur santé », explique Adina Iova, directrice adjointe de l’association. Des conseils personnalisés et des ateliers de sensibilisation ont également été proposés. 80 % des salarié(e)s ont participé.

Sensibiliser sans culpabiliser : les clés d’une approche bienveillante

Pour être efficaces, les actions de sensibilisation doivent être perçues comme utiles, et non comme intrusives. « Il n’y a pas eu de rejet de cette action, car nous faisons très attention à ne pas juger les pratiques », souligne la directrice adjointe de Pyrène Plus. La diététicienne, qui est intervenue dans l’association, a adapté son discours à la réalité des salariés, à leurs contraintes budgétaires, à leurs goûts. 

« Elle montre qu’il est possible de se faire plaisir de manière très diverse, même avec peu de moyens, tout en améliorant sa santé, complète Adina Iova. Ce que nous voyons, c’est que les collaborateurs se sentent soutenus, pris en compte. Cela renforce leur sentiment d’appartenance. »

Ce climat de confiance est essentiel. Il permet d’inscrire les actions dans la durée et de les ajuster en fonction des retours. « Changer ses habitudes alimentaires, ce n’est pas simple. Il faut du temps, de la répétition, et un accompagnement bienveillant », souligne Christophe Collomb, médecin du travail pour Agestra, un Service de santé au travail inter-entreprises situé en Moselle.

Prendre en compte les rythmes de travail et les réalités de terrain

Aider à mieux manger suppose de s’adapter aux situations professionnelles. Tous les salariés ne travaillent pas dans un bureau, avec une cafétéria à proximité. « Nous avons beaucoup de salariés qui travaillent en horaires décalés, en 3/8 », rappelle Jean-Baptiste Kuntz, infirmier chez Ferco, une entreprise de 650 salariés, spécialisées dans les ferrures de fenêtres. Il a souhaité organiser des réunions d’information spécifiques sur l’alimentation car le sujet apparaissait dans la plupart de ses actions de prévention : « Octobre Rose, le mois sans alcool, Movember… l’alimentation joue un rôle clé à chaque fois », remarque l’infirmier. 

Ces interventions ne sont jamais imposées. « On préfère s’adresser à des volontaires, des salariés proactifs. L’objectif, c’est de semer une graine, de faire émerger un questionnement personnel », précise l’infirmier qui ajoute que les salariés ont la possibilité de prolonger leur démarche en toute confidentialité lors de consultations de diététiciens, remboursées en partie par leur complémentaire santé. 

S’appuyer sur les acteurs de la santé au travail 

L’entreprise n’est pas seule pour agir. Les services de santé au travail peuvent être de précieux alliés. « Nous avons acquis le serious game Carte sur table, développé par le Cnam-ISTNA, qui est pratique pour des animations sur la pause déjeuner », explique Christophe Collomb. Loin d’un cours théorique, ce jeu interactif permet de réfléchir collectivement à des situations concrètes, en s’adaptant aux types de poste : horaires atypiques, travail sédentaire ou physique.

Le premier geste pourrait être de poser un diagnostic de ce qui se fait dans l’entreprise : « Certains employeurs agissent déjà sans le savoir. Il faut donc bien fixer le point de départ », explique Johanne Langlois. Le Cnam-ISTNA a d’ailleurs développé un outil d’autodiagnostic en ligne sur son site Manger mieux, bouger plus au travail. Tout dépendra ensuite de la volonté ou des besoins de l’employeur. « Quand une entreprise exprime une demande, un service de santé au travail est en mesure de monter un plan d’action personnalisé », souligne Christophe Collomb.

Et pour les entreprises qui souhaitent faire reconnaître leur démarche, elles peuvent signer la charte d’engagement du Programme national nutrition santé (PNNS). Ce programme, porté par le ministère en charge de la Santé et de la prévention, est animé par le Cnam-ISTNA qui valorise les actions menées par les entreprises signataires.  

Un levier accessible qui demande méthode et écoute

Améliorer notre alimentation a une influence sur notre vie professionnelle, tout comme l’activité physique. Mais cela reste un sujet délicat pour l’entreprise car empreint de culture et d’habitudes familiales qui peuvent être difficiles à faire bouger. Adina Iova souligne un préalable important lorsqu’une entreprise souhaite agir. « Il faut interroger les salariés pour construire les actions à partir des besoins exprimés ou de leurs envies. » Le premier pas pour atteindre son objectif. 

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