Alzheimer : de nouveaux facteurs de risque identifiés
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Quelles sont les causes de la maladie ?
« L’origine de la maladie d’Alzheimer est liée à deux types de lésions cérébrales que sont les dépôts amyloïdes et les dégénérescences neurofibrillaires. La présence de ces amas anormaux de protéines entraîne un environnement peu favorable à la communication entre les neurones (les cellules du cerveau) perturbant ainsi le passage d'informations », explique la docteure Marion Lévy, responsable Etudes et Recherche de la Fondation Vaincre Alzheimer. Cela contribue, entre autres, à la perte des neurones puis des fonctions cognitives.
Grâce à la recherche, on sait maintenant que la maladie est causée par d'autres dérégulations dans le cerveau. C’est pour cela que l’on parle d'une maladie avec de multiples facteurs. Parmi eux, la neuro-inflammation ou inflammation du cerveau. « Les dépôts amyloïdes qui s'accumulent entre les cellules nerveuses peuvent aussi déclencher une réaction du système immunitaire, poursuit la Dre Lévy. Les cellules immunitaires du cerveau (les microglies) deviennent alors trop actives et libèrent des substances qui provoquent une inflammation chronique. Celle-ci crée un environnement toxique pour les neurones, perturbant la communication entre les cellules. »
Dans la maladie d'Alzheimer, les cellules nerveuses du cerveau subissent également des perturbations métaboliques importantes, ce qui contribue à leur dysfonctionnement et à leur mort progressive.
Quels sont les deux nouveaux facteurs de risque identifiés ?
« En 2020, un article scientifique (1) identifiait 12 facteurs de risque modifiables qui pourraient prévenir ou retarder jusqu'à 40 % des cas de maladies neurocognitives, dont la maladie d’Alzheimer, souligne la Dre Lévy. Ces facteurs sont liés à différents stades de la vie et incluent le niveau d’éducation, des traumatismes crâniens, la sédentarité, le tabac, la consommation excessive d’alcool, l'hypertension, l'obésité, le diabète, la perte d'audition, la dépression, l'isolement social et la pollution atmosphérique. » L'article met l'accent sur le fait que ces facteurs sont évitables ou modifiables par des changements de mode de vie, de comportement ou par des interventions médicales.
En 2024, dans cette même revue scientifique, l’auteur a ajouté deux nouveaux facteurs de risque modifiables : la perte de la vision et un taux de cholestérol élevé. « Avec cet ajout, ce serait désormais 45 % des cas d'Alzheimer qui pourraient être évités. »
La maladie d’Alzheimer est-elle héréditaire ?
On distingue deux formes de maladie d'Alzheimer : la forme sporadique (plus de 99 % des cas) et une forme familiale/héréditaire qui concerne moins de 1 % des cas. « Celle-ci est rare et apparaît généralement avant l'âge de 65 ans (parfois dès 30-40 ans). Elle est liée à des mutations dans trois gènes (APP, PSEN1 et PSEN2). Si une personne hérite de l'une de ces mutations, elle développera certainement la maladie, avec une transmission de 50 % à ses descendants. » Ces familles, lorsqu'elles sont connues, sont suivies.
En revanche, il ne faut pas confondre la forme héréditaire avec les facteurs de risque génétiques.« D’autres gènes, comme l'APOE ε4, augmentent la probabilité de développer la maladie, mais n'en garantissent pas l'apparition. Avoir une copie de l'APOE ε4 augmente le risque d’avoir une maladie d’Alzheimer par rapport à la population générale, et en avoir deux copies (une de chaque parent) accentue encore plus ce risque. »
Quels sont les trois stades de la maladie ?
« Avant de parler véritablement de maladie d'Alzheimer, on va déjà parler de troubles cognitifs légers, probablement dus à une maladie d'Alzheimer », reprend la spécialiste. Une fois que ces troubles deviennent majeurs, on distingue en effet trois stades (débutant, modéré et sévère) qui dépendent de la gravité des symptômes.
• Le stade débutant est marqué par des troubles de la mémoire des faits récents : des difficultés à se souvenir des événements, des conversations qui ont eu lieu il y a peu de temps ou des noms de personnes. « Il peut aussi y avoir des problèmes de concentration, de planification et d'organisation », indique Marion Lévy de la Fondation Vaincre Alzheimer. À ce stade, le patient peut encore vivre seul.
• Au stade modéré, commencent à apparaître d'autres symptômes, comme des difficultés à manipuler certains objets, des troubles du langage, des difficultés à trouver ses mots. On peut aussi avoir une désorientation spatiale et temporelle, des troubles du raisonnement. « Le patient commence à rencontrer des difficultés à vivre seul et nécessite une aide pour rendre sa vie plus facile. »
• Au stade sévère, tous ces symptômes s’intensifient. « La vie au quotidien devient très difficile (la personne ne peut plus accomplir les tâches les plus simples, comme manger, se laver ou se déplacer sans aide). C’est vrai aussi pour l'aidant », concède la neuroscientifique. C’est souvent à ce moment-là qu’intervient une mise en institution.
Comment se termine la maladie d'Alzheimer ?
La maladie d'Alzheimer entraîne généralement un déclin sévère des fonctions cognitives, physiques et vitales. « Parmi ces nombreuses complications, se trouvent par exemple des problèmes de déglutition (qui peuvent causer des pneumonies que le patient aura du mal à combattre), des arrêts cardiaques, de la dénutrition (car le patient ne va pas penser à manger), des chutes…, explique la Dre Lévy. Tous ces problèmes s'intensifient avec l'évolution de la maladie, et vont conduire indirectement au décès. »
En phase terminale, les soins se concentrent principalement sur le confort et la gestion des symptômes (soins palliatifs). L’objectif est la lutte contre la douleur et le soutien émotionnel de la personne malade et de sa famille.
Quelle est l’espérance de vie avec cette maladie ?
Après le diagnostic de la maladie d’Alzheimer, l’espérance de vie se situe généralement entre 10 et 20 ans selon les patients. Cette durée dépend de plusieurs facteurs :
• L’âge au moment du diagnostic. « Les patients jeunes vont généralement avoir une progression plus rapide de la maladie, qui peut être plus lente chez les patients plus âgés », constate la Dre Lévy.
• Le stade au moment du diagnostic. « Si la maladie est diagnostiquée tôt, lorsqu’elle est encore à un stade léger, il est possible de maintenir une meilleure qualité de vie pendant plusieurs années avec des soins appropriés et un soutien médical. » Cependant, une fois la maladie avancée, avec des pertes sévères de mémoire et des autres fonctions cognitives, l'espérance de vie est plus courte.
• Les comorbidités. Les patients atteints d’Alzheimer qui ont d’autres problèmes de santé, comme des maladies cardiaques, des infections ou des troubles métaboliques (comme le diabète), peuvent vivre moins longtemps que ceux qui n’en ont pas.
Existe-t-il des traitements ?
Il n'existe pas de traitement pour guérir la maladie d'Alzheimer, mais certains visent à ralentir la progression des symptômes et à améliorer la qualité de vie.
« Depuis le début des années 2000, des traitements (appelés anticholinestérasiques) ont pour but de traiter les symptômes cognitifs uniquement, explique la Dre Lévy. Ils ont été déremboursés en 2018 en France, donc les patients sont obligés de les payer. En revanche, deux nouveaux traitements sont apparus récemment pour cibler directement les causes de la maladie et changer son évolution ». Ces deux immunothérapies (le Leqembi® et le Kisunla™) vont ainsi éliminer les dépôts amyloïdes, donc agir directement sur l’une des causes de la maladie. Actuellement, seul le Leqembi® est autorisé sur le marché en Europe dans certains cas.
En complément, des solutions non médicamenteuses peuvent être mises en place comme des séances d'orthophonie, l’intervention d’équipes spécialisées Alzheimer qui vont faire appel à des psychomotriciens, des ergothérapeutes… « Des accueils de jour vont proposer aussi des exercices mentaux et des activités visant à maintenir les fonctions cognitives. »
(1) Publié dans la revue scientifique The Lancet.
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