Cancer du col de l’utérus : comment le dépister ?
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En quoi consiste le dépistage du cancer du col de l’utérus ?
« Le dépistage du cancer du col de l’utérus dépend de l'âge de la patiente, explique le Dr Gauthier Rathat, gynécologue obstétricien au sein du CHU de Montpellier. On commence la surveillance dès l’âge de 25 ans avec une analyse cytologique, c'est-à-dire le prélèvement de cellules du col via un frottis, afin de détecter une éventuelle anomalie. » Cet examen est répété l’année suivante puis trois ans plus tard si les deux premiers frottis sont normaux.
À partir de 30 ans, et jusqu’à 65 ans, le dépistage diffère. Il consiste à rechercher la présence de papillomavirus à haut risque (HPV-HR) dans les cellules du col, toujours via la réalisation d’un frottis. « Si le test est positif, le même prélèvement est utilisé pour effectuer une analyse cytologique, poursuit l’expert. Si, en revanche, le test est négatif, il doit être renouvelé tous les 5 ans. »
Dans les deux cas (analyse cytologique ou test HPV), le frottis peut être effectué par un gynécologue, une sage-femme, voire certains médecins généralistes. « En ce qui concerne le test HPV, il peut aussi être réalisé par la patiente elle-même, via la prescription d’un kit d’autoprélèvement à récupérer auprès d’un laboratoire d’analyses médicales », remarque le Dr Odile Bagot, gynécologue obstétricienne.
Bon à savoir : Le papillomavirus se transmet essentiellement lors d’un rapport sexuel (vaginal, anal ou oral). Les infections à HPV sont très fréquentes : on estime que 80 % des personnes sexuellement actives seront concernées une fois au moins au cours de leur vie. « Porter du papillomavirus n’est pas un problème en soi, confirme la gynécologue Odile Bagot. Neuf fois sur dix, ces infections guérissent d’elles-mêmes. Seule une petite partie persiste et, en l’absence de dépistage, entraîne des anomalies pouvant se muer en cancer. »
Pourquoi les patientes de moins de 25 ans ne sont-elles pas concernées par le dépistage ?
« Il ne sert à rien de commencer le dépistage du cancer du col de l’utérus trop tôt, car c’est bien la persistance et/ou la répétition de l’infection à HPV qui entraîne des anomalies cellulaires, explique le Dr Gauthier Rathat, gynécologue obstétricien. Si l’on réalise un frottis chez une femme de moins de 25 ans, on risque de trouver des traces d'infection et de surtraiter des patientes qui n’en ont pas besoin, car le virus aurait disparu spontanément. »
Bon à savoir : La guérison naturelle d’une infection à HPV chez une femme intervient en moyenne entre 18 mois et 2 ans. Chez un homme, c'est autour de 8 mois. « Par ailleurs, l'évolution entre une infection qui ne guérirait pas naturellement et l’apparition de cellules cancéreuses peut prendre une dizaine d’années », souligne la gynécologue Odile Bagot.
Si le frottis révèle une anomalie, que se passe-t-il ?
Si l’analyse cytologique est anormale, on réalise une colposcopie. « Elle consiste en un examen du col avec une loupe grossissante, en y appliquant des réactifs qui permettent de localiser la lésion, de connaître sa taille et d’avoir une idée de sa gravité », explique le Dr Odile Bagot, gynécologue obstétricienne. En cas de doute, une biopsie est réalisée, qui permet de savoir s’il s’agit d’une dysplasie (anomalie) légère ou sévère, et ainsi d’établir la conduite à tenir.
« En cas de dysplasie légère, le choix se porte sur une surveillance car, dans l'immense majorité des cas, elle va régresser spontanément, explique le Dr Gauthier Rathat, gynécologue obstétricien. À l'inverse, quand il y a une dysplasie sévère, c’est-à-dire une lésion pré-cancéreuse, il faut la traiter. » L’intervention, appelée conisation, est comparable à une « super » biopsie, c’est-à-dire un prélèvement un peu plus important au niveau du col. Elle se fait au bloc opératoire, mais peut avoir lieu sous anesthésie locale. « Cela reste un traitement relativement léger, avec très peu d'impact pour les patientes », précise l’expert.
Bon à savoir : « Le gynécologue s'adapte à l'histoire clinique de la patiente, souligne le Dr Gauthier Rathat. Si seule une petite zone est suspecte et que la patiente n'a jamais eu d'enfant, on fait le choix d’une conisation très peu profonde pour qu'il n'y ait pas d'impact sur sa fertilité et une éventuelle grossesse ultérieure. »
Y a-t-il des patientes plus à risque que d’autres de développer un cancer du col de l'utérus ?
Les patientes les plus à risque sont les personnes immunodéprimées, c'est-à-dire celles qui ont des défenses immunitaires abaissées de façon chronique. « Il peut s’agir de patientes qui sont sous immunosuppresseurs parce qu'elles ont reçu, par exemple, une greffe rénale ou parce qu’elles souffrent de diabète, remarque le Dr Odile Bagot, gynécologue obstétricienne. Elles sont alors plus vulnérables aux infections, et notamment aux infections à papillomavirus. »
Bon à savoir : Les fumeuses font aussi partie des populations à risque. « Le tabac a un rôle prédominant dans l'apparition des cancers du col de l’utérus car il gêne les processus de cicatrisation de l'infection et rend donc possible le développement d’une dysplasie », analyse le gynécologue obstétricien Gauthier Rathat. Enfin, la multiplicité des partenaires compte aussi parmi les facteurs de risque, car ce sont autant de contacts possibles avec le virus.
À quel âge peut-on se faire vacciner contre les infections à HPV ?
La vaccination contre les infections à HPV est recommandée pour les filles et les garçons, à partir de 11 ans, avec deux doses espacées au minimum de 5 mois et dans un délai maximum de 13 mois. Au-delà de 14 ans, trois injections seront nécessaires. « Attention toutefois, plus le vaccin intervient tard après le début de l’activité sexuelle, moins il sera efficace, rappelle la gynécologue Odile Bagot. À noter que son remboursement a récemment été étendu jusqu’à l’âge de 26 ans. »
En France, la couverture vaccinale reste relativement faible. Selon les chiffres du gouvernement, un peu plus de 58 % des filles de 15 ans avaient reçu une première dose de vaccin en 2024 et près de 37 % des garçons du même âge. « En France, l’état d'esprit antivaccin est préjudiciable à la couverture vaccinale contre le papillomavirus, observe le Dr Gauthier Rathat, gynécologue obstétricien. C’est pourtant un vaccin très bien toléré, dont l’efficacité est prouvée à la fois sur l'apparition des étapes précancéreuses et sur celle de cancers. »
La Ligue contre le cancer révèle qu’en Australie, où le vaccin HPV est administré aux filles et aux garçons depuis 2005, la proportion de personnes infectées par les HPV est passée de 23 % à 1,5 % en 10 ans.
Bon à savoir : « Le papillomavirus est à l’origine d’autres types de cancers, qui concernent l'anus, la vulve, le pénis et toute la sphère ORL (oto-rhino-laryngée), ajoute le gynécologue Gauthier Rathat. Le bénéfice du vaccin dépasse donc la prévention du cancer du col de l’utérus. »
Quels sont les signes d’alerte d’un cancer du col de l’utérus et comment est-il traité ?
« Le plus souvent, les signes d’alerte sont des saignements inhabituels, c’est-à-dire qui interviennent entre les cycles ou après un rapport sexuel », indique le Dr Gauthier Rathat, gynécologue obstétricien au sein du CHU de Montpellier.
Quel que soit l'âge de la patiente, ce type de saignements doit amener à consulter. « Néanmoins, il n’y a pas d’inquiétude à avoir outre mesure, précise le médecin. Car ces saignements peuvent avoir d'autres explications beaucoup plus banales. Ils peuvent être liés, par exemple, à la contraception choisie ou à un déséquilibre hormonal durant la péri-ménopause. »
Par ailleurs, il est important de rappeler que les pathologies induites par un virus au niveau du col (c’est-à-dire les dysplasies légères ou sévères), ainsi que les « petits » cancers (qui n’en sont qu’à un stade précoce) sont très longtemps asymptomatiques, d’où l’intérêt crucial du dépistage.
Bon à savoir : « Contrairement au dépistage du cancer du sein, par exemple, qui détecte des cancers à un stade précoce, le dépistage du cancer du col de l’utérus est un dépistage primaire, souligne le Dr Odile Bagot, gynécologue obstétricienne. Il vise à déceler des lésions précancéreuses. Son but n’est donc pas de dépister un cancer mais bien d’empêcher sa survenue. »
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