Cancers précoces : pourquoi les 15-40 ans sont de plus en plus touchés

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Peggy Cardin-Changizi

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Cancers précoces : pourquoi les 15-40 ans sont de plus en plus touchés
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De plus en plus de jeunes adultes sont concernés par le cancer. Selon Santé publique France, plusieurs tumeurs sont en hausse chez les 15-40 ans. À l’occasion du Pasteurdon 2025, l’Institut Pasteur met en lumière les recherches menées sur ces formes précoces, encore mal comprises et souvent méconnues du grand public.

Longtemps considéré comme une maladie de l’âge mûr, le cancer touche désormais des patients de plus en plus jeunes. En France, l’incidence progresse chez les 15-40 ans : certains cancers du rein, du côlon, du sein ou encore des tumeurs cérébrales sont en hausse.

Les dernières données (1) montrent une augmentation moyenne annuelle de, +1,4 % pour les cancers colorectaux, +1,6 % pour le sein, +1,9 % pour la maladie de Hodgkin, +4,5 % pour ceux du rein et +6,1 % pour les glioblastomes (2).

Cette évolution bouscule les représentations et les parcours de soins. « De jeunes adultes qui travaillent, fondent une famille ou font des études se retrouvent confrontés à une maladie qu’ils n’associaient pas à leur âge, observe Sandrine Etienne-Manneville, responsable de l’unité Polarité cellulaire, migration et cancer à l’Institut Pasteur. Cette réalité rappelle à quel point la recherche et la prévention doivent s’adresser à toutes les générations. »

Pour la chercheuse, ces hausses ne s’expliquent pas uniquement par une amélioration du dépistage. « Les méthodes d’imagerie et les classifications ont évolué. Elles permettent d’identifier plus finement certains types de tumeurs, précise-t-elle. Mais il existe aussi des facteurs environnementaux et sociétaux qui méritent d’être explorés. »

Une tumeur rare, mais redoutable

Parmi les cancers en progression, le glioblastome retient particulièrement l’attention. C’est la forme la plus fréquente et la plus agressive des cancers cérébraux. « Malheureusement, c’est un cancer qu’on soigne encore très mal, souligne la scientifique. L’espérance de vie moyenne est d’environ un an après le diagnostic, et moins de 5 % des patients survivent au-delà de cinq ans. »

Contrairement à d’autres cancers, le glioblastome ne forme pas de métastases dans d’autres organes, mais il envahit progressivement le cerveau, rendant son retrait chirurgical délicat. « On ne peut pas retirer toute la tumeur sans léser le tissu sain. »

Cette résistance s’explique par la nature même du cerveau. « C’est un organe très particulier : mou, protégé, et dont les cellules réagissent mal aux agressions. » C’est pourquoi l’équipe de Sandrine Etienne-Manneville s’intéresse aux propriétés mécaniques du tissu cérébral, un champ encore peu exploré. « Nous étudions comment la souplesse extrême du cerveau, qui le distingue des autres organes, influence la migration des cellules cancéreuses, pour trouver des moyens de bloquer cette invasion. »

Quand la recherche observe la tumeur en mouvement

Pour mieux comprendre ces tumeurs, les chercheurs s’efforcent de les observer « en action ». À l’Institut Pasteur, l’équipe de Sandrine Etienne-Manneville recrée un environnement proche du cerveau humain pour suivre le mouvement des cellules cancéreuses et voir comment elles s’infiltrent dans le tissu. 

Ces travaux visent à mieux comprendre le comportement des cellules et à repérer de nouvelles cibles thérapeutiques. « Les traitements classiques des autres cancers ne fonctionnent pas forcément pour le cerveau, explique-t-elle. Il faut inventer d’autres stratégies, adaptées à ce tissu très particulier. » Parmi les pistes explorées : l’immunothérapie, déjà prometteuse dans d’autres localisations. « Le cerveau possède un privilège immunologique : il ne réagit pas comme les autres organes face aux cellules immunitaires. Les essais en cours diront si cette voie est exploitable. »

Ces avancées s’inscrivent dans une dynamique plus large. Comprendre le comportement des tumeurs cérébrales aide aussi à décrypter les mécanismes d’invasion communs à d’autres cancers précoces, notamment colorectaux et mammaires. Cette vision intégrée du cancer ouvre de nouvelles pistes pour prévenir et traiter plus tôt.

Des causes encore floues, mais des leviers connus

Pourquoi voit-on émerger davantage de cancers précoces ? Les causes exactes demeurent difficiles à isoler. « Pour les glioblastomes, aucune cause génétique claire n’a été identifiée », rappelle la chercheuse. « On évoque des facteurs environnementaux : alimentation, pollution, expositions professionnelles… mais rien n’est prouvé à ce jour. »

Cette progression concerne aussi d’autres organes. Les cancers colorectaux, par exemple, augmentent d’environ 1,4 % par an chez les moins de 40 ans. « On soupçonne que nos modes de vie modernes y participent : alimentation trop transformée, sédentarité, surpoids ou contact avec certaines substances chimiques. »

Au-delà des causes, ces diagnostics plus précoces posent aussi des questions sociales et psychologiques. Comment annoncer la maladie à 25 ans ? Comment préserver la vie professionnelle ou sa fertilité ? Autant d’enjeux qui exigent un accompagnement spécifique, en lien avec la recherche médicale.

Si tout n’est pas évitable, certains leviers sont connus : activité physique régulière, alimentation variée, limitation du tabac et de l’alcool, dépistages adaptés à l’âge et aux antécédents familiaux. « Les jeunes sont déjà sensibilisés, mais il faut continuer à encourager une hygiène de vie saine », insiste la chercheuse.

Vers un diagnostic plus précoce

Même si les glioblastomes restent rares, quelques signaux doivent alerter : maux de tête persistants, troubles visuels ou de l’équilibre, modification du comportement ou du langage. « Pris isolément, ces signes n’ont rien d’inquiétant, mais s’ils se répètent, il faut consulter. »

Les prochaines années pourraient voir émerger des tests de détection plus précoces, basés sur des analyses de sang ou des marqueurs biologiques spécifiques. « Dans dix ans, on peut espérer diagnostiquer certaines tumeurs avant qu’elles ne deviennent invasives. »

Pour la chercheuse, cette perspective illustre toute la valeur du travail de fond mené à l’Institut Pasteur. « Nos modèles expérimentaux permettent de mieux comprendre la biologie du cancer. Chaque découverte, même modeste, fait progresser la médecine de demain. » Dans ce long travail de compréhension, chaque pas compte. L’espoir, discret mais bien présent, est celui d’une médecine plus préventive, capable d’agir avant que le cancer ne s’installe.

(1)    Source : étude Santé publique France, INCa, Réseau Francim, HCL – « Incidence des cancers chez les adolescents et jeunes adultes (15-39 ans) et évolutions entre 2000 et 2020 », mars 2025.
(2)    Les glioblastomes sont des tumeurs du cerveau issues des cellules gliales, qui entourent et protègent les neurones.

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