Déserts médicaux : Médecins Solidaires déploie le temps médical partagé en France
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C’est avec soulagement que les habitants d’Ajain, commune de 1 100 habitants située en Creuse, ont vu arriver le cabinet modulaire destiné à recevoir les médecins de l’association Médecins Solidaires, fin 2022. Depuis le départ à la retraite du dernier généraliste de la ville, deux ans auparavant, les habitants étaient sans solution. « L’idée est simple. Nous nous sommes dit qu’au lieu de demander beaucoup de contraintes à peu de médecins, nous allions en demander peu à beaucoup. C’est ce que nous avons expérimenté à Ajain », expliquait le docteur Martial Jardel, alors âgé de 31 ans, médecin généraliste en Haute-Vienne et président co-fondateur de Médecins Solidaires.
Solidarité envers les patients
L’idée de créer un mouvement de solidarité envers les patients résidant dans des déserts médicaux lui est venue lors de son « Tour de France des remplacements ». Pendant cinq mois, en 2021, le jeune médecin a effectué de multiples remplacements dans des zones rurales un peu partout en France, en logeant dans un camping-car pour plus de mobilité. « Il m’est alors apparu nécessaire de faire quelque chose en faveur des déserts médicaux. »
Suite à une longue réflexion, le docteur Jardel et l’association Bouge ton coq, décident de proposer à la ville d’Ajain un système de « temps médical partagé ». Ils créent ensemble l’association Médecins Solidaires en juin 2022. Le premier centre de santé ouvre ses portes quatre mois plus tard seulement. « Nous avons demandé à des généralistes partout en France de venir exercer une semaine, en tant que salariés, au sein de notre cabinet rural. »
Cette courte échelle de temps, une semaine, est selon lui la clé de la réussite du projet. « Elle permet aux médecins de s’impliquer dans une initiative ayant un impact réel, mais qui n’a pas d’incidence sur leur vie privée ou professionnelle. »
Associer les habitants au projet
C’est notamment grâce à la collaboration avec Bouge ton coq que la mise en place du premier cabinet a pu se faire si vite. Cette association a pour but de trouver des solutions concrètes dans les territoires ruraux et de les mettre en œuvre rapidement. Ses dirigeants ont contacté le docteur Jardel et cofondé Médecins Solidaires avec lui, car l’association souhaitait faire quelque chose en faveur de la lutte contre les déserts médicaux. « Nous avons quand même dû convaincre les élus locaux ainsi que la population, relate le docteur Jardel. Nous avons organisé trois réunions publiques en amont avec les habitants. Ces derniers ont vite été séduits par cette solution, même si ce n’était qu’une expérimentation, qui impliquait 50 médecins différents. » Les acteurs locaux (l’Agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine, la Caisse primaire d’assurance maladie, la Région Nouvelle-Aquitaine, la préfecture de la Creuse, l’agglomération du Grand Guéret…) ont débloqué des fonds pour accompagner le projet. Quant à la mairie d’Ajain, elle offre le terrain et finance la location du cabinet modulaire.
Médecins Solidaires en chiffres :
Environ 122 000 consultations de médecine générale ont été effectuées depuis 2022.
Près de 20.000 patients ont choisi un centre de santé Médecins Solidaires comme « médecin traitant » dont 24,5% en ALD (affection longue durée).
(Chiffres actualisés au 1er juin 2026).
Des médecins volontaires venus de toute la France
Depuis octobre 2022, des dizaines de médecins se sont donc relayés dans le Centre de santé Médecins Solidaires d’Ajain, ouvert du lundi matin au vendredi soir jusqu'à 19 heures, ainsi que le samedi matin. Trois coordinatrices ont été recrutées par l’association pour faire le lien entre les patients et les médecins en rotation.
« Tout le projet réside dans le fait de trouver assez de médecins volontaires », relate le docteur Martial Jardel. Certains sont des collègues rencontrés lors de son Tour de France. D’autres ont connu l’initiative par les réseaux sociaux, les médias ou lors de congrès. « Beaucoup de médecins sont attristés par ce manque d’accès aux soins. Nos volontaires viennent de partout, même des villes les plus recherchées par nos confrères, comme le centre de Paris ou Ajaccio ! ».
Des retours enthousiastes
Ceux qui ont déjà exercé une semaine sont enthousiastes. Certains s’engagent même au sein de l’association. C’est le cas du docteur Elsa Leclercq, généraliste de 36 ans, qui effectue en temps normal des remplacements dans la région nantaise, où elle réside. « J’ai exercé à Ajain une semaine en novembre 2022. J’étais la quatrième médecin à venir. Le côté solidaire du projet me parlait particulièrement. La semaine s’est très bien passée, les patients étaient vraiment soulagés de notre présence sur leur territoire. Sur place, l’aide apportée par les coordinatrices m’a clairement facilité les choses », confie le docteur Leclercq.
« La seule contrainte que nous ayons est de faire l’effort d’écrire beaucoup plus dans les dossiers des patients afin qu’il n’y ait pas de perte d’information entre médecins. Mais, dans l’ensemble, cette semaine a même été plus simple que les autres remplacements que je peux effectuer. »
Le docteur Leclercq, qui fait partie des huit médecins pionniers qui ont lancé l’aventure, exerce désormais régulièrement dans les centres solidaires. Avec ses sept confrères, elle a réfléchi au centre de santé idéal au sein duquel tous les médecins aimeraient exercer afin de donner envie aux généralistes de rejoindre le collectif.
Créer de nouveaux centres
Six mois après l’ouverture du premier centre de santé, les points de vigilance étaient déjà levés. « Les habitants ont adhéré au projet, les médecins aussi. La continuité et la coordination des soins entre médecins se font sans problème », détaille le docteur Jardel. Les habitants peuvent par ailleurs choisir le centre de santé comme « médecin traitant ». Et tous sont reconnaissants d’avoir accès à un médecin après de longues périodes sans offre de soins. Quatre ans plus tard, quatorze centres solidaires ont ainsi ouvert leurs portes dans quatre régions et trois autres doivent ouvrir en 2026. Quant à la mairie d’Ajain, suite au succès du centre auprès des patients comme des médecins, elle a décidé d’investir en 2024 en finançant de nouveaux locaux. Ils permettent ainsi d'accueillir chaque semaine non plus un mais deux médecins.
Un succès qui ne se dément pas
L’association Médecins Solidaires se compose d’un tiers de médecins remplaçants, d’un tiers de retraités actifs et d’un tiers de médecins installés en libéral (et quelques médecins salariés, hospitaliers ou non). Ces médecins, qui viennent de toute la France, sont âgés de 27 à 76 ans. « Nous venons de franchir le cap symbolique des 1000 médecins au sein du collectif et sommes portés par la confiance de nos confrères, confie le docteur Jardel. C’est l'engagement de ces généralistes venus de toute la France qui nous permet de poursuivre notre déploiement sur le territoire national à un rythme soutenu. Après une année 2025 dédiée à la consolidation de notre modèle, 2026 est celle de l’accélération. Après ceux de Corbeilles (45) en janvier, de Mérignac (16) en avril et du Lonzac (19) en juin, trois autres centres devraient ouvrir d’ici décembre. Avec plus de 100 000 consultations de médecine générale assurées, nous franchissons des seuils importants et sommes plus que jamais convaincus de l’efficacité de notre modèle ».
Lien vidéo : lien vers la vidéo expliquant le projet de médecins solidaires à Ajain :
Où se trouvent les quatorze centres de santé solidaires ?
En Nouvelle-Aquitaine :
- Deux centres en Creuse : à Ajain, où tout a débuté et à Bellegarde-en-Marche.
- Un en Haute-Vienne, à Arnac-La-Poste.
- Un dans les Deux-Sèvres, à Ménigoute.
- Un en Dordogne, à Bourdeilles.
- Un dans le Lot-et-Garonne, au Mas-d’Agenais.
- Un en Charente, à Mérignac.
- Un en Corrèze, au Lonzac, qui est le dernier à avoir ouvert
Dans le Centre-Val de Loire :
- Un dans le Cher, à Charenton-du-Cher.
- Un dans l'Indre, à Reuilly.
- Un en Eure-et-Loir, à Bû.
- Un dans le Loiret, à Corbeilles.
En Bourgogne-Franche-Comté :
- Un dans la Nièvre, à Chantenay-Saint-Imbert.
En région PACA :
- Un dans les Alpes-de-Haute-Provence, au Brusquet.
Comment devenir médecin solidaire ?
Les médecins intéressés par l’initiative de Médecins Solidaires sont invités à remplir un formulaire sur le site. Un des membres de l’association les recontactera ensuite et leur proposera d’échanger sur le concept.
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