Intelligence artificielle : ce qu’elle va changer, ou pas, pour votre santé au quotidien

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Alexandra Luthereau

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Intelligence artificielle : ce qu’elle va changer, ou pas, pour votre santé au quotidien
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Recherche sur de nouveaux vaccins, traitements personnalisés, télésurveillance intelligente, amélioration de la relation médecin-patient… Loin de remplacer les professionnels de santé, l’intelligence artificielle (IA) va plutôt aider à optimiser la qualité des soins et relever les défis sanitaires de demain.

Marie-Claude G., 71 ans, est insulino-dépendante depuis 1981. Maintenir le bon taux de sucre dans son sang est un combat. Un « fardeau quotidien » qui s’est considérablement allégé il y a quelques mois depuis que cette diabétique de type 1 utilise une pompe à insuline pilotée par l’intelligence artificielle (IA). Aujourd’hui, finies « les montagnes russes » de sa glycémie et les conséquences sur sa santé et son bien-être au quotidien. Désormais, malgré sa maladie chronique, elle vit « presque normalement ». Elle a repris le sport à haute dose : sept heures de danse country par semaine, elle a retrouvé une vie sociale, elle s’autorise des imprévus, puisque le dispositif analyse en temps réel son taux et l’ajuste en stoppant ou en injectant la dose d'insuline dont elle a besoin. « Je m’éclate, confie-t-elle. C’est l’IA qui gère tout, jour et nuit. »

L’IA : un outil pour améliorer les soins

« L’IA n’est pas une chose en soi mais un domaine de recherche scientifique et d'application », précise Laurence Devillers, professeure et chercheuse en informatique appliquée aux sciences sociales. Selon cette spécialiste des relations hommes-machines, les progrès que l’IA peut aider à réaliser en matière de santé sont tels qu’il ne serait pas éthique de s’en priver. Elle cite pêle-mêle, les dispositifs de télésurveillance intelligente pour les personnes âgées vivant à domicile et nécessitant de l’aide en permanence, le suivi de patients après une hospitalisation, la préparation d'opérations chirurgicales à l’aide des jumeaux numériques (modélisations 3D d’organes ou du corps référençant l'ensemble du dossier médical d’un patient, N.D.L.R.).

Selon le Dr Adrien Vidart, chirurgien urologue à l’hôpital Foch à Suresnes (Hauts-de-Seine), ces outils intelligents, disponibles 24/24, 7 jours sur 7, peuvent aider à faire face au défi du vieillissement de la population. « La France comptera huit millions d'octogénaires en 2030. L’âge médian des médecins est de 55 ans. Nous allons avoir besoin de ces outils utilisant l’intelligence artificielle, non pas pour remplacer le médecin mais gagner du temps et optimiser les soins, pointe-t-il. L’IA c’est de l’accès optimisé, du temps médical gagné et une meilleure qualité de suivi des patients ».

Personnalisation des traitements

L’IA peut également être utile dans la personnalisation des traitements. Par exemple, la start-up Mirror Neuro Care a développé une solution de thérapie digitale visant à restaurer les fonctions cérébrales des patients après un accident vasculaire cérébral (AVC) à partir de stimuli visuels et auditifs. Comment ? En collectant les biomarqueurs de chaque patient (réponses à des questions, temps de réaction, mobilité du patient…) pour faire de la rééducation supervisée.

« Séance après séance, on mesure et on quantifie les progrès du patient, pour être plus précis dans l’intervention thérapeutique. On peut donc personnaliser et réduire la durée de la rééducation », décrit Thierry Pozzo, cofondateur de l’entreprise, et professeur émérite de neurosciences à l'Université de Bourgogne, lors d’une Agora (1), organisée par Harmonie Mutuelle en avril 2025.

Ces déploiements ne sont pas généralisés, loin de là, mais émergent. Et ce n’est que le début. Grâce à ces milliards de données, qui vont continuer de croître au même rythme que ces outils sont utilisés, la médecine pourra faire des progrès dans de nombreux domaines. Mettre en relation les données va permettre de dégager un nouveau savoir. Il sera possible, par exemple, de faire le lien entre des patients ayant des profils cliniques proches entre eux, et d’analyser l’historique de soins des uns pour définir, conforter et ajuster les soins des autres. En d’autres termes, de personnaliser les traitements.

Par exemple, le programme européen Desiree vise à aider les cliniciens dans le traitement et le suivi des patientes atteintes du cancer du sein à partir des cas déjà résolus. Par ailleurs, l'exploitation de ces données de santé permettra aussi de créer de nouvelles molécules, de nouveaux vaccins ou de nouvelles thérapies, plus rapidement

Cela dit, il ne s’agit pas de donner carte blanche à l’intelligence artificielle. Laurence Devillers souligne dans son essai « L’IA, ange ou démon ? » (2) l'importance de réduire les risques potentiels (biais algorithmiques, erreurs, hallucinations (3)…) et d'évaluer les conséquences éthiques liées à l'utilisation de ces technologies.

Plus de temps à consacrer aux patients grâce à l’intelligence artificielle

L’hôpital Foch à Suresnes (Hauts-de-Seine) déploie progressivement des solutions intégrant de l’intelligence artificielle. Pour réfléchir et discuter sur la manière d’expérimenter et d’utiliser ces outils, un comité IA, composé de soignants, médecins, membres de l’administration a été mis en place en 2024.

« L’IA impacte toutes les composantes de l’hôpital : les soins, la recherche, l’administration, commente Alexandre Drezet, directeur de l’innovation de l’hôpital. Aujourd’hui, nous utilisons plus d’une dizaine d’outils d’IA sur l’ensemble de ces champs : en imagerie, en recherche pour constituer de plus larges cohortes de patients ou pour la génération de données artificielles permettant de finaliser nos études. Nous utilisons aussi un chatbot sur notre site Internet basé sur nos procédures. Autre exemple, depuis quelques mois, des médecins volontaires testent une solution qui permet la rédaction automatique de comptes rendus de consultations à partir de l’échange entre un médecin et son patient ».

Après quelques mois d’utilisation de cet outil d’élaboration de comptes rendus, le chirurgien urologue l’affirme : il aurait désormais du mal à s’en passer. « Aujourd’hui le “temps de cerveau médical disponible” pendant une consultation est de courte durée, entre 30 secondes à 1 minute. Au bout de ce temps, le médecin commence à noter des choses, élabore ses premières stratégies, réfléchit… En utilisant un outil qui va retranscrire l’échange et rédiger un compte rendu synthétisé, le médecin bénéficie d’un temps dégagé au profit du patient. Médecin et patient sont alors dans une véritable relation humaine. Le médecin écoute, pose des questions, est en empathie, décrit-il. Ces outils IA ne vont pas remplacer mais optimiser le temps à offrir à nos patients. »

L’IA ne décide pas à la place des médecins

Autre intérêt selon le Dr Vidart : en collectant et en structurant toutes les informations échangées, l’IA va s’intéresser à certaines données auxquelles le médecin ne va pas forcément prêter attention.

« Si un patient avec des problèmes d’incontinence urinaire m’explique en consultation qu’il voyage beaucoup en Afrique, je ne vais pas traiter cette dernière information. Mais l’IA la consignera, ce qui va peut-être aiguiller un médecin infectiologue de l'hôpital vers des tests de contamination à un parasite », illustre-t-il.

Et de poursuivre : « Finalement, on ne va pas désengorger les déserts médicaux avec ces outils mais ça va optimiser la qualité des soins. Sachant que jamais ces outils n’opéreront ni ne décideront des ordonnances à la place du médecin ». L’IA n’est pas parfaite. Cela reste un outil, sophistiqué certes, pour venir en appui des soignants et des patients.

(1)    Agora « Intelligence artificielle - Mieux soigner, mieux prévenir, mieux vivre ? ».
(2)    L’IA, ange ou démon ? Le nouveau monde invisible, éditions du Cerf, mars 2025.
(3)    Les hallucinations sont des réponses fausses, inventées par une IA générative.

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