Allergie au soleil : qu’est-ce que la lucite estivale ?
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L’été peut parfois rimer avec désagréments. Selon la Société française de dermatologie (SFD), près de 900 000 individus souffrent d’une allergie au soleil chaque année. Ces affections peuvent apparaître dès les premiers ensoleillements et se développer sous l’influence des UV, rayons invisibles qui font partie de l’énergie provenant du soleil.
La lucite estivale bénigne (LEB) est la forme la plus fréquente de ces allergies au soleil. Elle peut se manifester dès le printemps si celui-ci est ensoleillé. « Elle se traduit par une réaction cutanée dans les douze à vingt-quatre heures suivant l’exposition », précise le professeur Christophe Bedane, dermatologue au CHU de Limoges et membre de la SFD.
Ces réactions cutanées démangent plus ou moins et varient selon les personnes. La peau peut alors être couverte de petits boutons, de plaques rouges, ou encore de vésicules (boursouflures) sur des zones habituellement non exposées, comme le décolleté, les avant-bras ou encore le dos des mains. Le visage est rarement atteint.
La lucite estivale bénigne touche plus les femmes jeunes
Comme son nom l’indique, la lucite estivale bénigne est sans gravité. Elle peut toucher toute personne, de tout âge et de toute couleur de peau, bien que les plus claires soient plus enclines à la développer. Et qu’importe leur sensibilité au bronzage.
Cependant, les femmes sont plus vulnérables. « En effet, environ 80 % des lucites estivales bénignes concernent les femmes à la peau claire, âgées de 15 à 35 ans. Après 40 ans, c’est plus rare », souligne le professeur Christophe Bedane.
L’origine précise de la lucite estivale bénigne n’est pas connue. « Il existe probablement chez ces patientes un chromophore (1) sanguin qui interagit avec les UV et qui est responsable de la maladie », explique le dermatologue. Une prédisposition génétique est suspectée car on recense des formes familiales de lucite estivale bénigne.
Cette allergie au soleil peut revenir chaque année
La lucite estivale bénigne disparaît généralement au bout de quelques jours. Mais pour cela, il faut éviter de trop s’exposer au soleil tant que les symptômes sont présents. Les réactions cutanées vont alors s’atténuer progressivement. Cela ne veut pas dire que la personne allergique en soit débarrassée pour autant. La lucite estivale peut, en effet, revenir chaque année en saison ensoleillée.
La meilleure façon de ne pas la voir (re)surgir est de s’en protéger en évitant de trop s’exposer au soleil, notamment aux heures les plus chaudes de la journée (entre 11 et 16 h) et de rechercher les coins d’ombre le plus possible. « L’exposition au soleil doit être progressive. On commence par des périodes courtes, puis de plus en plus longues », préconise le médecin. Et ce, si possible, dès les premiers rayons printaniers pour s’habituer.
Ces recommandations valent toutefois pour toute personne, allergique ou pas au soleil, car il est nécessaire de se protéger des effets néfastes des UV. Un soin anti-prurit peut être appliqué plusieurs fois dans la journée pour apaiser les démangeaisons liées à la lucite estivale. Les compresses d’eau froide ou les poches glaçons aident aussi à les calmer.
Ce qu’il faut savoir sur les UV pour s’en protéger
Le soleil émet de la lumière, de la chaleur et des rayons ultraviolets, dits UV. Ils sont de trois sortes : UVA, UVB et UVC. Les derniers sont absorbés par l’ozone, la vapeur d’eau, l’oxygène et le dioxyde de carbone, dès que les rayons de soleil traversent l’atmosphère. Une partie des UVB subit le même sort. Ceux qui subsistent et les UVA sont en partie responsables des allergies solaires.
« Les UVA pénètrent profondément dans la peau et sont associés à son vieillissement prématuré. Ils peuvent traverser le verre, ce qui signifie que l’on est exposé même à l’intérieur de son domicile ou de sa voiture », explique le professeur Christophe Bedane, dermatologue au CHU de Limoges. Les UVB pénètrent moins profondément dans la peau mais ils contribuent au développement des cancers.
La photoprotection vestimentaire est la plus efficace pour se protéger du rayonnement des UV. « Elle est recommandée en priorité pour les enfants, les sportifs et les travailleurs de plein air », indique le dermatologue. Tous les tissus n’offrent pas la même protection. Cela dépend du type de fibre, de la couleur, du maillage, de l’épaisseur, du degré d’humidité… Les couleurs claires protègent moins du soleil que les foncées.
Les produits de protection solaire (crème, gel, huile ou baume), pourvus d’un indice de protection suffisant, protègent la peau des effets néfastes du soleil. Toutefois, ils ne filtrent pas 100 % des rayons ultraviolets. L’indice de protection est indiqué sur l’étiquette du produit. Il évalue la capacité de ce dernier à retarder l’agression des UV sur la peau. La Commission européenne a classé le niveau de protection des indices de « faible » à « très haute » dans une recommandation relative aux produits de protection solaire.
La lucite estivale ne se guérit pas et finit par disparaître spontanément
Lors d’exposition au soleil, il est conseillé aux personnes sujettes à la lucite estivale de se couvrir de vêtements légers et respirants et d’utiliser une protection anti-UV avec un indice de 50 + et un coefficient élevé en UVA. « L’application de l’écran solaire est à renouveler toutes les deux heures si l’exposition est prolongée », indique le dermatologue.
Il est aussi possible, pour prévenir la réapparition de la lucite estivale bénigne, de se faire désensibiliser par des séances d’UV artificiels. « Elles doivent être réalisées sous surveillance en cabinet dermatologique », prévient le professeur Christophe Bedane.
Il n’existe pas de traitement pour guérir de la lucite estivale bénigne. Elle disparaît spontanément au bout de quelques années. « On dispose seulement de traitements visant à atténuer les effets cutanés comme les photoprotecteurs par voie interne (antipaludéens de synthèse) ». Contre les allergies très plus marquées, un médecin peut administrer des antihistaminiques ou des anti-inflammatoires.
D’autres allergies au soleil peuvent apparaître après exposition
La lucite estivale bénigne se distingue de la lucite polymorphe. Cette dernière est une allergie moins fréquente mais beaucoup plus gênante dans la mesure où elle atteint n’importe quel endroit exposé au soleil, dont le visage. Elle apparaît lors de chaque exposition, tout au long de l’été, et récidive les années suivantes avec une tendance à l’aggravation.
D’autres allergies au soleil peuvent apparaître durant l’été comme l’urticaire solaire. Elle se déclenche dans les minutes suivant l’exposition au soleil. Les plaques rouges qui en résultent sont très épaisses et prurigineuses comme peuvent l’être, par exemple, celles consécutives aux piqûres d’orties.
La photodermatose printanière juvénile est une autre forme d’allergie au soleil. Comme son nom l’indique, cette affection apparaît au printemps sous forme de boutons au niveau des oreilles chez les enfants et les adolescents. Elle concerne surtout les garçons. Son évolution peut être croûteuse. Sa guérison est spontanée et survient en principe à la puberté.
(1) Molécule qui change de couleur sous l’action de la lumière.
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