AVC de l’œil : reconnaître les signes pour réagir vite
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Quand une artère de l’œil se bouche, on parle d’occlusion de l’artère centrale de la rétine (OACR), souvent désignée comme un AVC de l’œil. Cette pathologie, bien que localisée, relève du même mécanisme qu’un infarctus du myocarde ou un AVC cérébral : une artère se bouche brutalement, empêchant la circulation sanguine et privant les tissus d’oxygène.
« Vous avez les petites artères du cœur qui se bouchent, ça fait un infarctus du myocarde. Celles du cerveau, ça fait un AVC. Et quand ce sont celles de l’œil, ça fait une occlusion de l’artère centrale de la rétine », explique le Pr Laurent Kodjikian, chef adjoint du service d’ophtalmologie à l’hôpital de la Croix-Rousse (Hospices civils de Lyon, Université de Lyon) et ancien président de la Société Française d’Ophtalmologie.
L’OACR touche la rétine, un tissu extrêmement sensible chargé de capter la lumière et de transmettre les images au cerveau. En cas d’interruption de l’irrigation, les cellules rétiniennes peuvent se nécroser très rapidement. Il s’agit donc d’une urgence médicale à part entière.
Une perte de vision soudaine, sans douleur
L’AVC de l’œil se manifeste par une perte de vision soudaine, totale et unilatérale. « Le patient peut vous dire : à 10 h 02, je n’ai plus vu de l’œil. » Ce tableau foudroyant est très caractéristique. Contrairement à d’autres atteintes ophtalmiques, l’épisode est totalement indolore. « Il y a zéro douleur. C’est ça qui doit justement alerter. »
Ce manque de douleur peut pourtant tromper. « Le patient ne pense pas forcément à ça, et les urgentistes non plus. Ils peuvent évoquer un décollement de rétine, mais ne peuvent pas confirmer l’origine. Seul l’ophtalmologiste pourra poser le diagnostic. » La confusion est fréquente, car d’autres pathologies peuvent également entraîner une baisse de vision soudaine, mais dans des contextes très différents (lire encadré).
Agir vite… même si les traitements sont limités
Le délai d’intervention théorique est de six heures, comme dans tout infarctus. « Mais malheureusement même si le patient vient dans les six heures, on n’a pas de réponse thérapeutique efficace. » Il existe deux formes d’OACR. « L’une est thrombotique, l’autre est embolique. En cas d’embole visible, on peut essayer de masser l’œil ou de faire baisser la pression intraoculaire pour déplacer l’embole un peu plus loin en aval. Mais c’est très théorique. En pratique, ça ne marche pas vraiment. »
Ces gestes sont d’autant plus exceptionnels qu’ils doivent être réalisés dans un délai très court, par un ophtalmologiste entraîné, et qu’ils offrent peu d’espoir de récupération. « La vraie OACR, ça ne se récupère pas. C’est catastrophique. » Le tissu rétinien est en effet extrêmement sensible à l’ischémie, et une fois les cellules détruites, la vision ne revient pas.
Même gravité qu’un infarctus ou un AVC cérébral
Un AVC oculaire n’est pas un événement isolé. Il révèle un terrain cardiovasculaire à haut risque. « Le fait d’avoir fait un OACR a la même gravité cardiovasculaire que d’avoir fait un infarctus du myocarde ou un AVC cérébral. » Ce type d’événement nécessite donc une évaluation cardiologique rapide et un suivi renforcé, afin d’éviter d’éventuelles récidives ou complications systémiques.
« C’est exactement la même maladie. C’est juste qu’elle se situe au niveau de l’œil. » Le problème, c’est que l’infarctus peut tuer, et l’AVC cérébral laisser des séquelles motrices graves. L’OACR ne met pas la vie en danger, mais elle peut rendre un œil définitivement aveugle.
Les facteurs de risque de l’AVC de l’œil sont similaires à ceux des maladies cardiovasculaires plus connues, comme l’AVC cérébral ou l’infarctus du myocarde. Il s’agit notamment du tabagisme, du diabète, de l’hypertension artérielle ou encore de l’obésité abdominale. « Ce sont les mêmes causes que dans les AVC ou les infarctus », rappelle le Pr Kodjikian. Les recommandations en matière de prévention sont également comparables :
• adopter une alimentation équilibrée,
• pratiquer une activité physique régulière,
• surveiller sa tension artérielle et son taux de cholestérol,
• si nécessaire, se faire accompagner pour arrêter de fumer.
Un suivi essentiel pour éviter les complications
Même en l’absence de traitement curatif, un suivi ophtalmologique reste indispensable après un AVC de l’œil. « On va les surveiller, parce qu’il y a un risque rarissime de néovascularisation, autour de 10 % », précise le Pr Kodjikian. Ce terme désigne l’apparition de nouveaux vaisseaux sanguins anormaux dans l’œil, en réponse au manque d’oxygène causé par l’occlusion. Ce phénomène peut survenir quelques semaines après l’épisode et entraîner des complications sévères, comme des hémorragies intraoculaires ou un glaucome secondaire, avec douleurs importantes.
« Ce n’est pas le glaucome classique. Il peut provoquer des hypertensions très fortes dans l’œil, et donc des douleurs. En plus de ne rien voir, les patients peuvent avoir très mal. »
Ces cas sont rares mais redoutés. D’où la nécessité de contrôles réguliers dans les mois qui suivent l’épisode, même si l’œil ne retrouve pas la vue.
Quand ce n’est pas un AVC de l’œil
D’autres pathologies peuvent également entraîner une perte de vision brutale ou rapide, mais selon des mécanismes différents.
La neuropathie optique ischémique antérieure aiguë (NOIAA), par exemple, touche les vaisseaux du nerf optique et non ceux de la rétine. « Dans 80 % des cas, elle est liée à une maladie inflammatoire, la maladie de Horton. Mais dans les 20 % restants, les causes sont similaires à celles de l’OACR : thrombose ou embolie », précise le Pr Laurent Kodjikian, chef adjoint du service d’ophtalmologie à l’hôpital de la Croix-Rousse. La NOIAA peut parfois permettre une récupération partielle de la vision, mais lorsque l’origine est vasculaire, les séquelles peuvent être tout aussi importantes.
L’occlusion de la veine centrale de la rétine (OVCR) concerne une veine et non une artère. « L’OVCR, c’est une sorte de phlébite de l’œil. Il y a une baisse de vision importante, mais ce n’est pas brutal comme dans l’OACR », ajoute-t-il.
Le glaucome, quant à lui, est une pathologie chronique, souvent silencieuse au début, qui évolue lentement. « C’est une maladie pernicieuse, sans symptômes au départ, qui entraîne une atteinte progressive du nerf optique. Rien à voir avec une perte brutale », souligne le Pr Kodjikian.
Enfin, le décollement de rétine peut entraîner une baisse de vision rapide, mais il s’accompagne généralement de signes avant-coureurs (voile noir, taches, flashes lumineux), qui orientent rapidement le diagnostic vers cette cause spécifique.
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Denise
19 septembre 2025 à 14h09
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19 septembre 2025 à 16h09
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20 septembre 2025 à 07h09
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21 septembre 2025 à 20h09
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16 octobre 2025 à 18h10
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