Faut-il craindre la tique géante, porteuse de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo ?
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La tique Hyalomma marginatum est apparue en France il y a déjà quelques années. Originaire d’Afrique et d’Asie, elle est aussi appelée « tique géante » en raison de sa taille de 8 millimètres à l’âge adulte alors que d’autres espèces congénères mesurent en moyenne 1 à 5 mm. Cet acarien est le sujet de toutes les attentions. En effet, il est porteur d’un virus contagieux potentiellement mortel : la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC).
Présente particulièrement dans le sud de la France, sur le pourtour méditerranéen (Hérault, Gard, Alpes-Maritimes, Var…), la tique géante aime les environnements chauds et secs, la garrigue et la pâture. Sa prolifération est favorisée par le dérèglement climatique. On la reconnaît à ses pattes rayées et à son éperon grâce auquel elle s’accroche sur la peau de sa proie, provoquant une morsure. Une fois fixée, elle peut se nourrir pendant plusieurs jours et parcourir de vastes distances, agrippée à des oiseaux migrateurs. Elle sévit principalement de mars à août.
Chaque année, au printemps, quelques spécimens sont collectés et analysés par des experts du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et de l’Institut national de recherche pour l’agriculture et l’environnement (Inrae). En octobre 2023, Santé Publique France a annoncé que le virus de la FHCC avait été identifié dans des tiques prélevées au sein d’élevages bovins des Pyrénées-Orientales. Et en 2024, un homme a succombé à la fièvre hémorragique de Crimée-Congo en Espagne. Aucun cas de contamination sur l’humain n’a encore été détecté en France.
Les premiers symptômes s’apparentent à ceux d’une gastro-entérite ou d’une grippe
« Le niveau de vigilance est donc particulièrement haut du fait de la gravité de la maladie mais le risque d’être contaminé reste très faible », souligne le Professeur Yves Hansmann, responsable du service des maladies infectieuses et tropicales au CHRU de Strasbourg et spécialiste des pathologies transmises par les tiques. En comparaison, la tique Ixodes ricinus, plus commune porteuse de la bactérie responsable de la maladie de Lyme et de l’encéphalite à tiques (1), est plus répandue.
La tique géante se fixe sur certains animaux (bovins, chevaux, lapins, oiseaux…) et accidentellement sur l’homme lorsque ce dernier est immobile. Il est rare qu’elle s’accroche sur sa peau quand il est en mouvement. En cas de morsure, les premiers symptômes qui apparaissent s’apparentent à ceux d’une gastro-entérite ou d’une grippe : frissons, fièvre, courbatures… « C’est pour cela que le diagnostic peut s’avérer difficile », reconnaît le Professeur Yves Hansmann. L’incubation dure entre trois et sept jours. La morsure ne laisse pas de trace sur la peau ni de boutons.
La fièvre hémorragique de Crimée-Congo ressemble assez à celle provoquée par le virus Ebola, plus connu. « Ce n’est certes pas la même infection et ce n’est pas déclenché par le même vecteur mais leur gravité est similaire », poursuit l’infectiologue. Le taux de mortalité de la FHCC varie de 5 à 30 %. Les troubles de la coagulation du sang générés entraînent des saignements multiples, en partie digestifs. La défaillance des organes vitaux qui suit conduit progressivement à la mort.
Un traitement existe mais son efficacité dépend de la gravité de la maladie
Il n’existe aucun vaccin pour enrayer le virus de la FHCC ni de traitement suffisamment efficace. « On administre un antiviral, la Ribavirine, qui ne permet pas de guérir quand l’infection est déjà bien présente et avancée », observe le Professeur Yves Hansmann. La Ribavirine va cependant être plus efficiente au tout début de la maladie quand le diagnostic est posé rapidement. « Elle sera aussi donnée en prévention pour empêcher la contamination en cas d’exposition au virus ou de contact avec un patient atteint car la fièvre hémorragique de Crimée-Congo se transmet entre hommes ».
Le virus n’est toutefois pas hautement transmissible. « C’est ce que nous retenons de notre expérience partagée avec les pays où il est présent comme la Turquie et l’Espagne ». Des traces d’anticorps ont été retrouvées chez des animaux. « On sait qu’ils ont été en contact avec le virus mais n’en sont pas morts. Tous les animaux ne sont pas aussi sensibles que l’homme », précise le spécialiste des maladies infectieuses et tropicales.
Bien que la recherche dispose encore de peu de données sur la maladie, on suppose que l’homme peut également produire des anticorps. « On sait que dans les pays où le virus est présent depuis longtemps, il y a eu des cas d’infection sans symptômes ». À ce titre, la fièvre hémorragique de Crimée-Congo est un peu comme le Covid. Certains déclarent une maladie grave, d’autres une plus légère. D’autres encore n’ont aucun signe de l’infection qu’ils ont pourtant contractée.
(1). L'encéphalite à tique est une infection qui atteint le système nerveux central.
Les conseils pour se prémunir des tiques géantes
Pour se protéger des tiques géantes lors de promenades dans la nature, certaines précautions sont à observer. Elles valent également pour les autres espèces de tiques.
• Porter des chaussures fermées et des chaussettes pour couvrir les chevilles. Il est recommandé de glisser son pantalon dans les chaussettes.
• Se vêtir de vêtements longs couvrant les bras et les jambes, de couleurs claires pour permettre de mieux repérer les tiques sur soi.
• Privilégier les chemins balisés, plus praticables et débroussaillés.
• Se munir d’agents répulsifs à base de DEET ou IR3535 disponibles en spray en pharmacie.
• S’inspecter au retour de la balade (plis des genoux et des bras, cuir chevelu, aisselles…). Enlever les tiques trouvées à l’aide d’un tire-tique en vente en pharmacie.
• En cas de morsure (ou piqûre, selon les entomologistes), contacter son médecin s’il y a des symptômes, en particulier de la fièvre. Il est aussi recommandé de surveiller la zone piquée pour identifier une rougeur qui peut apparaître dans les quatre semaines suivantes et qui peut révéler la maladie de Lyme si c’est une autre tique que Hyalomma qui a sévi.
La présence de tiques, de tout genre, peut être signalée sur CiTique, programme de recherche participatif. Elle fournit aussi un certain nombre d’informations utiles.
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