Glaucome : peut-on le soigner et comment ?

Publié le

Peggy Cardin-Changizi

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

Glaucome : peut-on le soigner et comment ?
© Getty Images

Sommaire

Souvent silencieux et invisible à ses débuts, le glaucome peut endommager la vue de manière irréversible. Mais grâce aux progrès du dépistage et à des traitements de plus en plus personnalisés, il est aujourd’hui possible de freiner efficacement son évolution et de préserver la vue.

Le glaucome touche plus d’un million de personnes en France, mais la moitié d’entre elles l’ignorent encore. Cette maladie chronique de l’œil est le plus souvent liée à une pression intraoculaire trop élevée, qui entraîne progressivement une altération du nerf optique. En l’absence de traitement, elle peut conduire à une perte irréversible du champ visuel, puis à la cécité.

Une maladie souvent sans symptômes

La difficulté de cette pathologie réside dans son caractère insidieux. « Dans la plupart des cas, la vision reste longtemps bonne, et les patients ne consultent pas, car ils ne ressentent aucun trouble, explique le Pr Florent Aptel, ophtalmologiste au centre Visis de Perpignan et président de la Société Française du Glaucome. D’où l’importance d’un dépistage précoce et régulier. »

L’examen « classique » de l’œil, réalisé par un ophtalmologiste, comprend systématiquement une mesure de la pression intraoculaire et une observation du nerf optique à l’endroit où il entre dans l’œil (la papille). Il peut être complété par une OCT (tomographie par cohérence optique), un examen d’imagerie de l’œil qui permet de visualiser avec précision le nerf optique.

« L’OCT s’est largement démocratisé ces dernières années. Indolore, il ne nécessite pas de dilatation de la pupille, se fait rapidement et n’empêche pas de reprendre ses activités ensuite, comme la conduite », souligne le Pr Jean-Marie Giraud, chef du service d’ophtalmologie et du Centre du glaucome, à l’hôpital d’instruction des armées Bégin à Saint-Mandé.

Autant d’avantages qui facilitent un diagnostic rapide, même à un stade précoce de la maladie. L’OCT peut également permettre de suivre l’évolution du glaucome, en mesurant la perte progressive de fibres nerveuses dans la rétine. Ce suivi est essentiel pour ajuster le traitement au fil du temps.

Quelles sont les personnes à risque ?

Le dépistage s’adresse en priorité aux personnes ayant des antécédents familiaux de glaucome ou qui sont très myopes et aux personnes à peau foncée, qui présentent un risque plus élevé. « On recommande une consultation de contrôle tous les deux ans à partir de 50 ans, voire dès 40 ans en cas de facteurs de risque », précise le Pr Florent Aptel, président de la Société Française du Glaucome.

Les messages de prévention commencent à porter leurs fruits, notamment grâce aux campagnes de sensibilisation menées par les ophtalmologistes et les associations de patients. « Nous insistons sur le fait que, même sans port de lunettes, il est nécessaire de consulter un ophtalmologiste de temps en temps, surtout après 40 ans », poursuit le Pr Jean-Marie Giraud du Centre du glaucome de Saint-Mandé. Trop de patients pensent à tort que seuls les porteurs de lunettes doivent consulter régulièrement.

Le renforcement du numerus clausus ces dernières années a également permis de réduire les délais d’attente pour consulter un spécialiste, facilitant ainsi l’accès aux soins, en particulier dans les grandes villes. En parallèle, le développement de la télémédecine contribue à renforcer les possibilités de dépistage dans certaines zones sous-dotées.

Autre perspective prometteuse : le recours à l’intelligence artificielle. « Dans les années à venir, on pourra peut-être dépister un glaucome simplement à partir d’une photo du fond d’œil, prise chez l’opticien ou le médecin traitant », se réjouit le Pr Aptel. Des recherches très avancées montrent déjà que cette méthode permettrait une détection rapide, simple, et à grande échelle. Elle pourrait révolutionner le dépistage, notamment pour les patients qui n'ont pas encore de symptômes.

Quels sont les traitements pour soigner le glaucome ?

Le traitement du glaucome vise avant tout à faire baisser la pression intraoculaire. Les collyres restent le traitement de première intention. Ils doivent être instillés quotidiennement et à heure fixe. Mais pour certains patients, notamment ceux qui tolèrent mal ces traitements ou qui peinent à les suivre avec régularité, d’autres solutions existent.

« Le laser SLT (pour laser trabéculoplastie sélective) est aujourd’hui une alternative très intéressante », indique le Pr Jean-Marie Giraud du Centre du glaucome de Saint-Mandé. Réalisé en cabinet chez un ophtalmologiste, ce geste indolore permet d’améliorer la perméabilité du trabéculum, petite région de l’œil qui agit comme un filtre naturel, chargé d’évacuer le liquide présent à l’intérieur de l’œil (qu’on appelle humeur aqueuse). Résultat : la pression oculaire diminue durablement, sans avoir besoin de collyres, pendant deux à trois ans. Et si besoin, le laser peut être refait. « C’est une option de plus en plus utilisée dès le début du traitement. »

Du côté des collyres, une nouvelle catégorie de médicaments – les inhibiteurs des rho-kinases – est en train d’arriver sur le marché. « Ce n’est pas une révolution, mais c’est une option supplémentaire utile, surtout si les autres traitements ne sont pas bien supportés ou perdent en efficacité », note le Pr Giraud. Ces nouvelles gouttes agissent à deux niveaux : elles freinent la production du liquide à l’intérieur de l’œil (appelé humeur aqueuse) et facilitent son évacuation. Un double effet intéressant, qui pourrait permettre d’adapter encore mieux les traitements à chaque patient.

Des chirurgies plus douces

Lorsque les traitements médicaux ne suffisent plus, la chirurgie s’impose. Là aussi, les pratiques ont évolué. En plus de la chirurgie classique du glaucome, des solutions mini-invasives ont vu le jour, souvent en lien avec une autre intervention très fréquente chez les personnes âgées : la cataracte.

« Lors de l’opération de la cataracte chez un patient traité pour glaucome, il est désormais assez fréquent de poser des micro-stents dans le trabéculum. Ces minuscules implants creux en titane facilitent l’évacuation de l’humeur aqueuse », explique le Pr Jean-Marie Giraud, du centre du glaucome. « Ce geste ne prend que quelques minutes supplémentaires et peut permettre une réduction des traitements par collyres. Ces interventions sont généralement bien tolérées et réalisées en ambulatoire. » D’autres types de drains mini-invasifs, posés au cours de la même intervention, commencent à être aussi utilisés.

« En 2024, on estime à 20 000 le nombre de poses de ces différents implants, contre 7 000 à 8 000 chirurgies classiques du glaucome. C’est devenu la majorité des actes chirurgicaux », précise le Pr Florent Aptel, président de la Société Française du Glaucome.

Toutefois, leur utilisation reste aujourd’hui limitée à la chirurgie combinée avec la cataracte, faute de remboursement en dehors de ce cadre. De nouvelles discussions sont en cours pour élargir ces indications, tant la demande des praticiens et des patients augmente.

Un suivi essentiel pour ralentir le glaucome

Le glaucome est une maladie chronique. Une fois le diagnostic posé, le suivi doit être régulier, généralement tous les six mois. Bien suivre son traitement est primordial. Or, les collyres peuvent être contraignants à utiliser au quotidien. « Il arrive que certains patients oublient ou arrêtent leur traitement sans en parler à leur ophtalmologiste. Cela peut entraîner une aggravation silencieuse de la maladie », déplore le Pr Florent Aptel, président de la Société Française du Glaucome.

Pour y remédier, de nouveaux outils voient le jour. Certains flacons de collyres sont désormais connectés et permettent de suivre en temps réel la fréquence d’utilisation du traitement. Des applications mobiles peuvent aussi aider les patients à ne pas oublier leurs instillations quotidiennes. « Ces innovations pourraient améliorer considérablement l’observance et éviter des pertes de chance », estime le spécialiste. Elles représentent une aide précieuse, notamment pour les patients âgés ou ceux vivant seuls.

Enfin, les associations de patients, comme l’AFG – France Glaucome, jouent un rôle en matière d’information, de soutien et de sensibilisation. En complément des professionnels de santé, elles permettent aux personnes atteintes de mieux comprendre leur maladie, d’échanger sur leurs difficultés et de mieux vivre avec cette pathologie au long cours. Car aujourd’hui, bien informés et bien suivis, la majorité des patients peuvent conserver une vision satisfaisante pendant de longues années, et maintenir une qualité de vie active.

Rédigé par

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.
Tous les champs sont obligatoires.

Ce site utilise un système anti- spams pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

A lire aussi

  • Comment les maladies du nerf optique affectent la vision

    Maladies et traitements

    Les neuropathies optiques désignent les affections du nerf optique. Elles se manifestent par une baisse d’acuité visuelle et une altération de la vision des couleurs. Quels sont les symptômes et leurs traitements ?

    Illustration maladie affectant les nerfs optiques et son impact sur la vision.
  • Tout savoir sur les yeux

    Maladies et traitements

    Les yeux captent les images et les transforment en signal électrique envoyé grâce au nerf optique. Ce signal est ensuite traduit par le cerveau qui renvoie l’image traitée. Mais que connaissez-vous réellement sur l’organe de la vision ?

    Tout savoir sur les yeux
  • À quoi sert l’orthoptie ?

    Accès aux soins

    Utilisée pour le dépistage, la rééducation, la réadaptation et l'exploration de l'œil en cas de troubles de la vision, l'orthoptie peut nous venir en aide à tout âge. Elle permet une prise en charge globale des patients et compense, en partie,...

    À quoi sert l’orthoptie ?