Jeux d’argent et paris sportifs en ligne : y a-t-il un risque addictif ?
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Ce n’est pas possible de devenir accro en misant 5 ou 10 euros.
FAUX. Jouer à des jeux de tirage, de grattage, des paris hippiques, des machines à sous… est très courant. Pour la majorité, cela ne pose pas de problème. « Ce n’est pas en pariant une fois sur un match, avec des amis, pour le plaisir, que l’on devient dépendant », prévient Bernard Basset, médecin et président de l’association Addictions France. Mais pour une partie, si. D’après Santé publique France, pour les paris sportifs, ce risque concerne environ 15 % d’entre eux.
« C’est moins une question de mise que de type de jeux : les paris sportifs en ligne sont reconnus comme les jeux d’argent les plus addictifs », explique Viêt Nguyen-Thanh, responsable de l’unité Addictions de Santé publique France. Pourquoi ? « Car entre les remises, les cagnottes, le démarchage marketing et publicitaire… les opérateurs de paris sportifs en ligne font tout pour que les joueurs continuent de parier, même quand ils ont perdu. »
Les paris sportifs en ligne touchent surtout les jeunes hommes.
VRAI. Les spots publicitaires ciblent toute la population, mais les organisateurs de paris sportifs visent particulièrement les 18-25 ans. « C’est tout à fait logique, constate Bernard Basset. Il s’agit d’un public en quête de sensations fortes, qui joue déjà aux jeux vidéo en ligne et qui suit assidûment les compétitions sportives, notamment de foot, le sport le plus suivi dans les milieux populaires ! ».
Les jeunes, issus de milieu modeste, en emploi précaire ou à la recherche d’un emploi sont le public type. « Quand on n’est pas riche, on a envie de croire à la promesse d’un gain rapide, pour améliorer sa situation et sortir de sa condition sociale », poursuit-il.
D’après le Baromètre de Santé publique France (2019), un parieur sur deux a entre 18 et 25 ans, et 7 sur 10 moins de 35 ans. La loi interdit de vendre des paris sportifs aux moins de 18 ans, ce qui n’est pas toujours respecté.
Ce ne sont pas des jeux de hasard.
FAUX. Foot, basket, tennis… Les passionnés de sport se sentent en sécurité. « Contrairement aux jeux de grattage ou de tirage – qui sont véritablement des jeux de hasard - les paris sportifs donnent l’impression d’une grande maîtrise. Les joueurs ont l’illusion de pouvoir prédire le résultat d’une rencontre sportive et de pouvoir gagner », explique Bernard Basset.
Mais ce n’est pas fiable : préparation de l’équipe, stratégies de jeu, météo… « L’issue des matchs est incertaine et la part du hasard plus importante qu’on ne le croit, confirme Viêt Nguyen-Thanh. Les études montrent qu’un joueur qui s’y connaît ne fait pas de meilleurs pronostics qu’un débutant ! »
Et puis, mathématiquement, c’est impossible. « Si on parie sur l’équipe la plus forte, on aura plus de probabilités de gagner. Sauf que plus la victoire est facile à prédire, plus les joueurs seront nombreux à avoir fait le même pari ! Et au final, le gain sera minime », estime Bernard Basset.
Comment estimer son degré de dépendance ?
Il existe un quiz en ligne pour mesurer son niveau de dépendance aux paris sportifs : https://www.addictaide.fr/parcours/icje/
Les signes qui peuvent mettre la puce à l’oreille sont les mêmes que les autres addictions.
VRAI. « Ce qui est commun, c’est que cela peut vite s’installer et prendre de la place. On croit contrôler, alors qu’on se laisse entraîner dans une pratique addictive, quelles qu’en soient les conséquences. On est alors pris dans une dynamique qui nous emporte », décrit Bernard Basset.
Lorsqu’on s’inquiète pour un proche, voici les signes à surveiller :
• la notion de « plaisir » qui disparaît : le parieur joue moins pour le plaisir du jeu, que pour se refaire et gagner de l’argent, parce qu’il vient d’en perdre ou qu’il en aimerait plus. « Un joueur peut vider son compte en banque, jouer même lorsqu’il est à découvert, emprunter de l’argent à ses proches, dans l’espoir d’un gain miraculeux ! », décrit le médecin Bernard Basset.
• la fréquence qui augmente : « cela peut passer d’un pari une fois par semaine à plusieurs fois par jour, certains en arrivent à se relever la nuit pour parier sur des matchs à l’autre bout de la terre et jouer en décalage horaire », explique Viêt Nguyen-Thanh.
• l’isolement : il y passe l’essentiel de son temps, seul, en se coupant de son entourage et en le faisant en cachette, de peur des conflits.
Un parieur peut s’arrêter de jouer de l’argent quand il veut.
FAUX. Cette illusion – je m’arrête quand je veux, je ne joue pas si j’ai des problèmes d’argent – est commune à toutes les addictions. « On pense qu’on est maître de soi et qu’on peut s’arrêter de jouer quand on le décide, on ne se rend pas compte qu’on est devenu, au fil du temps, dépendant », décrit Viet Nguyen-Thanh.
Limiter sa pratique, qu’il s’agisse des mises ou du temps passé, est possible dans les premiers temps. « Mais le problème, c’est quand le joueur a déjà perdu le contrôle, lorsqu’il s’est isolé et a coupé ses interactions sociales, dans l’espoir de gagner rapidement de l’argent », déclare Bernard Basset. Lorsqu’on voit un proche en train de basculer vers l’addiction, que faire ? « On peut essayer de discuter avec lui pour l’amener à se questionner mais aussi lui proposer de nouvelles activités, pour éviter qu’il ne s’isole davantage », conseille Viêt Nguyen-Thanh.
A noter : depuis 2021, il est possible de demander à se faire interdire volontairement de jeu auprès de l’ANJ (Autorité nationale des jeux).
Les addictologues peuvent aider les joueurs pathologiques.
VRAI. « Lorsqu’on s’aperçoit qu’on perd le contrôle, on peut demander de l’aide à un psychiatre ou psychologue-addictologue, qui est formé à tous les types de conduites addictives, dont les addictions comportementales », explique Bernard Basset.
Il est possible de consulter gratuitement au sein d’une unité hospitalière d’addictologie ou bien d’un centre de soins d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) qui propose une prise en charge de jour ou avec hébergement. Il existe aussi des consultations jeunes consommateurs (CJC), dédiés aux moins de 18 ans. Tous proposent également des consultations pour l’entourage.
Où se renseigner ?
Les adresses d’établissements spécialisés en addictologie sont disponibles sur le site « Joueurs info service » de Santé publique France, qui propose aussi, de manière anonyme et gratuite, un chat, un service de questions/réponses, des forums d’entraide, ainsi qu’une ligne d’écoute 09 74 75 13 13, accessible 7j/7 de 8 heures à 2 heures du matin.
Vous pouvez également vous tourner vers des associations spécialisées, telles que « Joueurs Anonymes » (sur le modèle des AA), SOS Joueurs et l’Institut du Jeu Excessif.
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