Jeux vidéo : quels sont les risques pour l’audition ?
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En France, 38 millions de personnes s’adonnent à la pratique des jeux vidéo, un loisir qui concerne toutes les classes d’âge et tous les milieux sociaux. En ligne, seul ou en famille, le jeu vidéo est un divertissement communément partagé. 8 jeunes sur 10 y consacrent une part importante de leur temps libre.
« Nous savions que ce phénomène prenait de l’importance depuis plusieurs années, mais nous n’avions pas mesuré son ampleur », souligne le Pr Jean-Luc Puel, chercheur Inserm et président de l’association nationale de l’audition.
Des risques sur l’audition sous-estimés mais bien réels
Une étude de mars 2025, réalisée par l’IFOP et l’association nationale de l’audition (1), montre l’impact des jeux vidéo sur l’audition. S’ils semblent conscients des risques de certains loisirs sur leur santé auditive tels que l’exposition à un concert, le temps passé en boîte de nuit ou la pratique de sports mécaniques, les joueurs interrogés ont tendance à minimiser les risques induits par la pratique du jeu vidéo. En effet, seuls 41 % d’entre eux estiment qu’elle représente une pratique à risque pour l’audition. Plus précisément, 17 % seulement considèrent que leur pratique personnelle peut induire des risques pour leur santé auditive.
Pourtant, plus d’un joueur sur deux déclare avoir déjà ressenti une gêne auditive après une session de jeu avec son. « Bien souvent, la pratique du jeu vidéo s’ajoute à d’autres conduites dangereuses pour l’audition comme les concerts, les discothèques et le port d’écouteurs, parfois toute la journée, voire la nuit, pour certains jeunes. C’est le cumul de ces expositions qui devient problématique », ajoute le spécialiste.
Sans surprise, la durée de la session de jeu ainsi que le volume sonore choisi font partie des facteurs qui augmentent le risque de troubles. En moyenne, une session de jeu dure 1 h 57, tandis que le volume sonore moyen est évalué à 4,3 sur 10. « Si la moyenne d’âge des joueurs est de 39 ans, les joueurs le plus à risques sont les jeunes de 18 à 24 ans. Certains d’entre eux peuvent jouer jusqu’à 7 heures par jour », analyse le Pr Jean-Luc Puel.
D’après les résultats de cette étude, le spectre des troubles auditifs peut être assez large : gêne auditive temporaire, hypersensibilité aux sons, bourdonnements ou sifflements d’oreille, hyperacousie, difficulté à entendre les sons faibles… Si ces troubles peuvent être transitoires, ils doivent toujours être pris au sérieux. « Nous avons un "capital son" comme nous avons un capital soleil. Passé une certaine durée d’exposition, l’organe vieillit et les fonctions auditives s’altèrent. Le fait de solliciter en permanence nos oreilles expose à un vieillissement auditif précoce », explique le Pr Jean-Luc Puel.
Au-delà de la santé auditive, l’exposition permanente au bruit a également des retentissements tangibles sur la santé globale. « Vivre en permanence dans une ambiance bruyante entraîne une irritabilité, voire de l’agressivité. Cela occasionne aussi un état de fatigue ainsi que des troubles du sommeil », poursuit le spécialiste.
Des mesures de protection insuffisantes
Face à ces chiffres, il est urgent d’inciter les joueurs à adopter des mesures de protection pour leur santé auditive. Selon les résultats de l’étude, 45 % des adeptes de jeux vidéo adoptent une mesure de protection (baisse du volume, port d’un casque de protection), mais cela reste insuffisant eu égard aux troubles constatés. Interrogés sur la pertinence d’une fonctionnalité qui permettrait d’offrir un contrôle plus fin du niveau sonore, 67 % des sondés semblent intéressés.
Toutefois, sous-estimer les risques limite l’adoption de mesures de protection auditive, comme réduire ou couper le son de certaines fonctionnalités ou porter un casque à réduction de bruit. Ainsi, l’écrasante majorité des jeunes (85 % d’entre eux) estiment que ces mesures sont inutiles.
Autre frein : l’impact négatif sur l’expérience du jeu, notamment sur le plan émotionnel. « Les jeux vidéo qui suscitent le plus fort engouement sont les jeux de tir ou de course. Or le niveau sonore intervient dans la motivation et l’adhésion au jeu. Pour cette raison, diminuer le volume reste donc une recommandation très compliquée à mettre en place », pointe le Pr Jean-Luc Puel.
Parmi les solutions : communiquer un message d’alerte sur les jeux pour prévenir des risques auditifs et aider le joueur à prendre conscience des conséquences sur sa santé. « On pourrait aussi imaginer, dans le cadre du jeu, des récompenses octroyées aux joueurs qui diminuent le volume sonore, par exemple », propose le chercheur.
Face à ce constat, le Pr Jean-Luc Puel prône la pédagogie et la modération. « Interdire et communiquer sur un ton moralisateur n’ont pas d’impact ni d’efficacité auprès des jeunes. Il est préférable d’informer précisément des conséquences, de fixer des limites quotidiennes de durée de jeu et de ne pas cumuler d’autres sources de traumatismes sonores », conclut le chercheur.
(1) Enquête réalisée en ligne du 30 janvier au 6 février 2025 auprès d’un échantillon de 1 003 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus.
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