Médicaments contre l’insomnie et l’anxiété : attention aux risques
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Elles font partie du quotidien de plus de 9 millions de Français – mais, mal utilisées, elles ne sont pas sans danger. Les benzodiazépines, ces molécules fréquemment prescrites dans le cadre du traitement de l’insomnie et de l’anxiété (1), sont au cœur de la nouvelle campagne d’information lancée par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Déclinée sous plusieurs formes (affiches, brochures, vidéographies, messages sur les réseaux sociaux), cette opération de sensibilisation s’adresse aussi bien au grand public qu’aux professionnels de santé – en particulier les médecins généralistes. Elle s’inscrit dans le cadre de la Grande cause nationale sur la santé mentale.
« Nous avons déjà mené des campagnes générales sur le bon usage des médicaments mais, si nous avons choisi de cibler plus particulièrement les benzodiazépines, c’est pour deux raisons majeures, explique le Pr Catherine Paugam-Burtz, directrice générale de l’ANSM. La première, c'est parce que ces produits sont très largement utilisés en France : une enquête récente a montré qu’un Français sur quatre déclare prendre ou avoir pris un médicament de la classe des benzodiazépines, ce qui est assez énorme. Et la deuxième, c’est que moins de 3 patients sur 5 savent que ces traitements doivent être pris sur des durées courtes – à savoir moins de 3 mois dans le cadre de l'anxiété et moins de 3 semaines pour l'insomnie. »
40 % des patients traités trop longtemps
« Avec environ 34 unités (2) par habitant et par an, la France est le deuxième pays le plus consommateur de benzodiazépines en Europe, après l'Espagne (qui est à 54 unités par habitant et par an), ajoute le Dr Philippe Vella, directeur médical de l’ANSM. A titre de comparaison, le Royaume-Uni ou l'Allemagne se situent aux alentours de 5 et 7 unités par habitant et par an. Mais au-delà de la question des volumes, la problématique est aussi liée à une consommation trop longue : en France, 40 % des patients – soit un peu plus de 3,6 millions de personnes – sont traités sur des durées non conformes aux recommandations. »
Bien qu’efficaces, ces molécules – qui agissent sur le système nerveux central – exposent en effet à un risque de dépendance, de chutes (qui peuvent avoir de lourdes conséquences chez les personnes âgées) ainsi que de troubles de la mémoire. Elles réduisent fortement la capacité à utiliser des machines et à conduire des véhicules. Les benzodiazépines sont d’ailleurs responsables de « la majorité des accidents de la route liés aux médicaments », signale Mehdi Benkebil, directeur de la surveillance à l’ANSM.
La prise d’alcool est également fortement déconseillée car susceptible d’augmenter ces effets indésirables. « Plus la durée de traitement est longue, plus ces risques sont majorés », insiste le Dr Vella, qui rappelle que « ce sont des médicaments qui sont là pour traiter les symptômes et non les causes. »
Une campagne à destination des jeunes et des seniors
La campagne d’information, qui a donc pour objet de questionner le recours aux benzodiazépines et leur durée de prescription, s’adresse plus particulièrement aux 18-25 ans et aux seniors. « Les plus de 65 ans représentent environ la moitié des patients chez qui des benzodiazépines sont prescrites, indique Philippe Vella. Ils représentent aussi la majorité des patients chez qui on observe une prescription non conforme aux recommandations en termes de durée. Du côté des jeunes, on a pu observer au cours des dernières années une augmentation de la consommation, en particulier dans la population féminine. »
À travers les quatre slogans déployés dans cette opération de sensibilisation (parmi lesquels « les médicaments contre l’insomnie, c’est pour quelques nuits. La méditation, c’est sans modération » ou encore « les médicaments contre l’anxiété, c’est pour une courte durée. Voir ses potes, c’est non-stop »), l’ANSM entend également mettre en avant des alternatives non médicamenteuses aux hypnotiques et anxiolytiques.
Ainsi, pour ce qui est des troubles du sommeil, il est notamment conseillé de réduire les excitants (café, alcool, tabac…) et d’éviter les repas trop copieux le soir, d’installer des routines personnelles (se coucher et se lever à la même heure chaque jour), de limiter les siestes ou encore de diminuer son exposition au bruit, à la lumière et aux écrans dans les deux heures avant le coucher. En matière de troubles anxieux, pratiquer une activité́ physique et/ou relaxante (yoga, jardinage, cuisine, lecture…) et rechercher les causes possibles de son anxiété (avec l’aide éventuelle d’un psychologue ou d’un psychiatre) peuvent aussi s’avérer bénéfiques.
« Ne pas arrêter du jour au lendemain »
« Cette campagne n’a pas vocation à culpabiliser qui que ce soit, précise Elodie Massé, directrice communication de l’ANSM. L’idée est plus de servir d’appui pour discuter avec son médecin, en lui disant par exemple : "Cela fait plusieurs nuits que je n'arrive pas à dormir, qu’en pensez-vous ? Faut-il absolument des médicaments dès maintenant ou pas ?". De son côté, le praticien peut se référencer à la brochure que nous avons mise au point avec le Collège de la médecine générale. »
« Notre message n’est pas non plus de dire aux personnes qui suivent des traitements au long cours d’arrêter les benzodiazépines du jour au lendemain, relève également la directrice générale de l’ANSM. Ce n’est pas possible et ce serait délétère car on sait que des symptômes de sevrage (avec des confusions, des hallucinations…) peuvent se produire en cas d’arrêt brutal et non contrôlé. Par contre, un médecin généraliste peut travailler, avec son patient, à une réduction progressive des doses. Il existe aussi d’autres possibilités de traitement, comme la mélatonine, qui peut être une bonne option pour certaines personnes. »
Des petits conditionnements pour éviter la surconsommation
« Parmi les recommandations que nous partageons avec le Collège de la médecine générale, il y a aussi celle de programmer, rapidement après la première consultation, un deuxième rendez-vous pour faire le point, fait remarquer le directeur médical de l’ANSM. Il convient aussi d’anticiper l’arrêt du traitement en évoquant dès le départ ce sujet avec le patient et en expliquant que cette prescription n'est qu’une solution temporaire. »
Afin de réduire la surconsommation des benzodiazépines hypnotiques (autrement dit celles ciblant le traitement de l’insomnie), l’ANSM a également engagé, depuis 2022, un dialogue avec les laboratoires pharmaceutiques pour les inciter à mettre à disposition des petits conditionnements (de 5 à 7 comprimés).
« Cela permet de répondre au besoin de traitement court et d'éviter que les patients conservent dans leur pharmacie des boîtes de médicaments qu'ils pourraient avoir tendance à utiliser de façon prolongée, voire à partager avec des personnes de leur entourage, souligne Philippe Vella. Ces petits conditionnements arrivent progressivement sur le marché – à l’heure actuelle, une dizaine de médicaments sont commercialisés sous cette forme. Il faut maintenant que l’ensemble des parties prenantes (médecins et pharmaciens) se saisissent de cette opportunité. »
(1) Une vingtaine de benzodiazépines et apparentées sont actuellement commercialisées en France. Parmi les plus connues et les plus utilisées, on trouve : le Xanax, le Lexomil ou le Temesta (pour le traitement de l’anxiété) et le Stilnox, le Mogadon ou l’Imovane (pour le traitement de l’insomnie).
(2) Une unité correspond à un comprimé ou une gélule.
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