Remèdes anti-gueule de bois ou pour mieux dormir : quels sont les risques ?

Publié le

Patricia Guipponi

Temps de lecture estimé 6 minute(s)

Attention aux remèdes miracle en pharmacie et parapharmacie
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Bon nombre de produits pour modérer les effets de l’alcool, passer des nuits paisibles, ou encore maigrir sans effort fleurissent en ligne et dans les (para)pharmacies. Leur efficacité pose question et alarme certains médecins.

On les trouve facilement en ligne, dans les magasins bio ou dans les (para)pharmacies. Certains sont même proposés en grande surface. Leur emballage attire l’œil et les slogans qui les accompagnent sont sans équivoque. Les pseudo-remèdes promettent de soulager la gueule de bois, de régler les problèmes de sommeil en deux pastilles ou encore de perdre des kilos tenaces sans forcer. Les gammes vendues ne manquent pas. Les conditionnements de ces formules miracles sont tout aussi nombreux : tisanes, gélules, comprimés, boissons…

Chacun est libre d'y recourir et de croire à leurs bénéfices même si on peut s’interroger sur leur efficacité. Ainsi que sur les risques, la toxicité et les addictions qu’ils peuvent entraîner. « Ils sont souvent vendus sous le terme de "remède", mais ce sont la plupart du temps des compléments alimentaires », observe le docteur Pierre de Bremond d’Ars, président de NoFakeMed, collectif composé de professionnels de la santé qui informe et alerte sur les pratiques de soins non conventionnelles.

Aucune étude scientifique ne valide la plupart de ces pseudo-remèdes

« Ces produits fonctionnent grâce aux rouages du marketing, accompagnés de témoignages factices. On dispose de peu de données scientifiques les concernant, pas plus que de recommandations sérieuses », précise le médecin. Les exigences de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) en matière de sécurité et d’efficacité sont moins rigoureuses pour les dispositifs médicaux, les cosmétiques ou les compléments alimentaires, que pour les médicaments. Les règles en matière de publicité sont également moins strictes pour ces types de produits.

Certaines vitamines peuvent avoir de l’intérêt dans certaines situations. « Mais quand on se penche sur certaines formules que l’on nous vend pour un meilleur sommeil, on voit qu’il y a de la mélatonine, du pavot, du chocolat… Or, il n’y a pas eu d’étude scientifique sur la prise simultanée et la composition de ces éléments », remarque le président de NofakeMed.

On sait que la passiflore, la mélisse, la mélatonine, prises individuellement, peuvent favoriser le sommeil. « Mais les fabricants de ces produits vont utiliser ces éléments, que l’on peut trouver dans certains vrais médicaments, sans considérer leur vraie utilité et en les enrobant d’un packaging séduisant et de témoignages trompeurs », déplore le président de NofakeMed.

Ce ne sont pas de vrais médicaments

Tout n’est pas à jeter toutefois. Des études sérieuses montrent que certains produits ont parfois des effets supérieurs aux placebos. « C’est le cas dans les troubles légers et débutants du sommeil. Un remède vendu en pharmacie à base d’extraits de plantes a prouvé une certaine efficacité », indique le docteur Pierre de Bremond d’Ars. Mais l’immense majorité de ces produits sont « du vent » et malheureusement dans certaines situations, ils comportent « des effets secondaires qui peuvent être importants ».

En effet, les compléments alimentaires peuvent interagir avec les vrais médicaments prescrits. « On peut avoir des risques de surdosage. En cancérologie, par exemple, il arrive que les patients prennent des compléments alimentaires à côté de leur traitement pour être plus en forme et récupérer de l’énergie. » Dans ce cas de figure, pour éviter tout danger, il faut parler avec son médecin traitant de ces prises complémentaires et lui demander conseil.

L’autre inconvénient de ces pseudo-remèdes repose sur la légitimité qu’on leur donne. « En les proposant en pharmacie ou en consultation de médecine générale, de micronutrition ou encore de diététique, on ouvre la porte au fait qu’ils peuvent être assimilés à des vrais médicaments par le patient. Ce dernier pense alors à tort qu’ils vont renforcer son immunité et peut être tenté d’arrêter les traitements médicamenteux plus lourds ou de se passer de la vaccination. » Un complément alimentaire ne remplacera jamais un médicament.

Des produits souvent assez chers

Le message délivré par certains de ces produits n’est pas sans conséquence pour la santé et pour les risques d’addiction. C’est le cas des formules miracles supposées prévenir ou soulager la gueule de bois. « La plupart prétendent attaquer l’inconfort du trop d’alcool consommé et non pas en enlever les conséquences », rectifie le médecin.

Mais surtout, ces formules miracles « justifient » en quelque sorte le fait de boire plus qu’il ne le faut. « Avec tout ce que cela suppose de néfaste pour la santé, les risques de la conduite après avoir bu… Ce qui est surprenant, c’est que ce soit vendu en pharmacie », déplore le président du collectif NoFakeMed.

Le docteur Pierre de Bremond d’Ars rappelle que le premier désagrément direct provoqué par ces pseudo-remèdes est ressenti par le « portefeuille » de l’acheteur. Ces produits peuvent en effet s’avérer assez onéreux.

Les fruits et les légumes face aux produits chimiques

Les fruits et les légumes frais et de saison – en vrac ou en jus pressés maison - offrent une alternative plus saine et plus équilibrée aux compléments alimentaires chimiques. Ils contiennent naturellement des nutriments (des vitamines, des minéraux et des fibres).

« Ces derniers apportent ce qu’il faut et en plus sont l’occasion d’un bon repas, d’une vraie production d’endorphines », souligne le docteur Pierre de Bremond d’Ars, président du collectif NoFakeMed. Ce dernier précise que « de surcroît, le mieux est de prendre ces repas avec des personnes que l’on apprécie pour avoir ainsi une production d’ocytocine et ressentir du bien-être ». Le tout en se dépensant au quotidien en pratiquant de l’activité physique. « Vous avez là la recette pour résoudre pas mal de problèmes sans aller chercher des pseudo-médicaments inutiles qui ne sont pas des baguettes magiques. »

 

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