Novembre : un mois pour mieux comprendre les cancers masculins
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Selon une étude Biogroup – Ifop publiée en septembre 2025, 44 % des hommes déclarent avoir déjà repoussé un examen médical par peur du diagnostic, et près d’un sur deux ne consulte qu’en cas de symptômes persistants. Ce rapport complexe à la santé illustre un constat bien connu : les hommes minimisent encore trop souvent les signaux d’alerte.
« Beaucoup viennent consulter tard, parfois après plusieurs mois d’inconfort ou de douleurs », observe le Pr Yves Allory, chef du service de pathologie à l’Institut Curie. Or, la détection précoce change tout. « Lorsqu’un cancer est repéré tôt, les traitements sont plus simples, moins agressifs et les chances de guérison beaucoup plus élevées. »
Le dépistage, un réflexe encore trop rare
Chaque année, près de 60 000 hommes sont diagnostiqués d’un cancer de la prostate en France (1). « C’est le plus fréquent, mais pas le plus meurtrier, souligne Frédéric de Bels, responsable du département Prévention à l’Institut national du cancer (INCa). Dans 80 % des cas, il est détecté à un stade localisé, avec un taux de survie à 5 ans de plus de 90 % (2) ».
Le dépistage repose sur le dosage sanguin du PSA (antigène spécifique de la prostate), associé à un examen clinique. Mais contrairement aux idées reçues, il n’est pas recommandé de manière systématique. « Son rapport bénéfices-risques est discuté : certains hommes pourraient être traités pour un cancer qui ne se serait jamais manifesté et subir des effets secondaires lourds, notamment des troubles sexuels, urinaires ou digestifs ».
Chez les hommes présentant des antécédents familiaux ou appartenant à des populations à risque, notamment afro-caribéennes, il est possible d’en parler dès 45 ans avec son médecin. « Cette discussion permet de décider, au cas par cas, de la pertinence du dépistage et d’adopter une surveillance adaptée. »
Ce dialogue médecin-patient est d’autant plus important que beaucoup d’hommes ignorent encore les symptômes précoces : difficultés à uriner, besoin plus fréquent d’aller aux toilettes, sang dans les urines… Des signaux à ne pas négliger, même lorsqu’ils paraissent anodins.
Le cancer des testicules, une vigilance dès le plus jeune âge
Plus rare, le cancer des testicules concerne surtout les jeunes hommes entre 20 et 35 ans. Il se soigne très bien, à condition d’être détecté tôt. « Tout jeune homme devrait connaître le geste d’autopalpation : il suffit de palper chaque testicule, après la douche, pour repérer une masse ou une sensation anormale », rappelle le Pr Allory.
Simple, indolore et réalisable en quelques secondes, ce geste permet une détection précoce et un pronostic excellent : plus de 95 % de guérison lorsque la tumeur est localisée. Les médecins rappellent que la rapidité de la consultation, en cas d’anomalie, est essentielle. La plupart des cancers testiculaires sont pris en charge sans perte de fertilité, grâce à des traitements conservateurs et à la possibilité de préservation du sperme avant la prise en charge.
Ces deux cancers illustrent à quel point la précocité du diagnostic reste déterminante.
Des traitements toujours plus ciblés
Les progrès médicaux ont profondément transformé la prise en charge. Dans le cancer de la prostate, l’IRM permet de repérer la tumeur et de diriger les biopsies qui en établissent le diagnostic. Les techniques mini-invasives, la chirurgie assistée par robot et la radiothérapie de précision ciblent la tumeur sans altérer les tissus voisins. Les hormonothérapies de nouvelle génération et les thérapies ciblées renforcent l’arsenal des traitements.
« Nous adaptons désormais les traitements au profil biologique de chaque patient, souligne le Pr Yves Allory de l’Institut Curie. Certains cancers localisés peuvent même bénéficier d’une simple surveillance active, sans intervention immédiate, lorsque le risque d’évolution est faible. » Cette approche personnalisée améliore non seulement la qualité de vie, mais aussi l’adhésion au traitement. Elle repose sur un suivi médical régulier, combinant imagerie et analyses biologiques, pour adapter la stratégie au fil du temps.
Pour le cancer des testicules, la combinaison chirurgie-chimiothérapie continue d’offrir d’excellents résultats, même dans les formes avancées.
Après le cancer : accompagner la reconstruction
Vivre après un cancer, c’est aussi apprendre à reconstruire son équilibre. Fatigue persistante, crainte de récidive, baisse de libido ou troubles urinaires : les conséquences physiques et psychologiques sont souvent lourdes. « Les suivis post-traitement intègrent une dimension psychologique, sexuelle et sociale », précise Frédéric de Bels de l’INCa.
L’objectif : que chaque personne retrouve confiance en elle et renoue avec une vie personnelle, affective et professionnelle épanouie. Les équipes pluridisciplinaires (oncologues, kinésithérapeutes, psychologues, diététiciens, associations de patients…) jouent un rôle essentiel.
Des programmes d’activité physique adaptée (APA) contribuent à réduire la fatigue et le risque de récidive. Le retour à la vie professionnelle est aussi accompagné, car la reprise du travail reste un cap délicat. « Les hommes doivent comprendre qu’une prise en charge ne s’arrête pas à la fin des traitements. Continuer à bouger, bien s’alimenter, avoir un suivi : c’est aussi cela, la guérison », insiste le représentant de l’INCa.
Prévenir et libérer la parole
Les cancers masculins ne se résument pas à des enjeux médicaux : ils touchent à l’intime, à la peur de perdre sa virilité et à l’image de soi. « La maladie reste parfois vécue comme une atteinte à l’identité masculine. Certains refusent d’en parler, y compris à leurs proches », constate le Pr Allory.
Pourtant, les campagnes comme Movember, celles de la Ligue contre le cancer ou de l’association CerHom (3) contribuent à briser ces tabous, en donnant la parole aux hommes et aux soignants.
La prévention passe aussi par l’éducation à la santé : connaître son corps, repérer les signaux d’alerte, adopter une bonne hygiène de vie. « Une bonne hygiène de vie ne remplace pas le dépistage, mais elle en renforce les effets protecteurs », rappelle Frédéric de Bels.
À l’heure où les traitements progressent et où les chances de guérison n’ont jamais été aussi élevées, le véritable enjeu reste celui du temps : consulter avant qu’il ne soit trop tard.
(1) Source : Panorama des cancers en France, Institut national du cancer, juin 2025.
(2) Des hommes diagnostiqués entre 2010 et 2015.
(3) CerHom est une association française dédiée à la santé masculine, créée par d’anciens patients atteints de cancer du testicule.
Movember : un symbole mondial de prévention masculine
Chaque mois de novembre, la campagne internationale Movember encourage les hommes à se laisser pousser la moustache pour attirer l’attention sur les cancers masculins (prostate, testicules) et la santé mentale.
Lancé en Australie en 2003, le mouvement soutient la recherche, le dépistage précoce et la prévention à travers des actions de collecte de fonds et de communication à travers le monde.
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