Piqûre de guêpe ou d’abeille : comment réagir ?

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Peggy Cardin-Changizi

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Piqûre de guêpe ou d’abeille : comment réagir ?
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En été comme en automne, guêpes et abeilles s’invitent volontiers lors d’une promenade ou d’un repas en extérieur. Leurs piqûres sont le plus souvent bénignes, mais elles peuvent parfois avoir des conséquences sérieuses. Quels gestes adopter ? Quand faut-il consulter ?

Lorsqu’une piqûre de guêpe ou d’abeille survient, la réaction immédiate est bien souvent la panique, surtout lorsque la douleur est importante. Pourtant, c’est le pire réflexe. « Plus on s’agite, plus le cœur s’accélère et plus le venin se diffuse dans l’organisme », souligne le Dr Magali Oliva-Labadie, responsable du Centre antipoison du CHU de Bordeaux. Le premier geste consiste donc à calmer, à asseoir et à rassurer la personne piquée, surtout s’il s’agit d’un enfant qui peut être déstabilisé par la douleur.

Les bons gestes dès les premières minutes

Après s’être assuré que la personne est en sécurité, il faut inspecter la zone piquée. Avec les abeilles, le dard reste très souvent planté dans la peau. « L’idéal est de le retirer avec une pince à épiler, sans frotter ni presser », recommande la spécialiste. Ensuite, il convient de nettoyer soigneusement la plaie avec de l’eau et du savon ou un antiseptique. Ce geste simple suffit à limiter le risque infectieux.

Reste la question de la douleur et du gonflement, qui sont les symptômes les plus courants. « Le froid resserre les vaisseaux, limite la diffusion du venin et calme la douleur », explique le Dr Labadie. Une poche de glace entourée d’un linge ou simplement un tissu mouillé posé sur la peau permettent déjà d’apaiser la sensation de brûlure. La chaleur pourrait également réduire l’effet du venin, mais son utilisation reste plus compliquée au quotidien. En pratique, l’application de froid reste donc le geste le plus adapté et le plus facile à mettre en œuvre.

Les erreurs à éviter absolument

En cas de piqûre, certaines pratiques persistent alors qu’elles sont inefficaces, voire dangereuses. « Il ne faut jamais inciser la peau ni aspirer le venin avec la bouche », insiste le Dr Labadie. Ces gestes n’apportent aucun bénéfice et exposent à des complications, notamment infectieuses. Les dispositifs d’aspiration de venin, longtemps en vente libre, n’ont pas d’intérêt non plus. « En appuyant, on favorise même la pénétration du venin dans les tissus », avertit la spécialiste.

Courir ou s’agiter pour fuir l’insecte est également contre-productif. Cela accélère la circulation du sang et attire parfois d’autres guêpes, voire rendent ces insectes agressifs. Quant aux remèdes de grand-mère, comme appliquer de l’ammoniaque, de l’urine, ou du vinaigre, ils n’ont aucune efficacité démontrée et peuvent irriter la peau.

Quand faut-il s’inquiéter ?

Dans la grande majorité des cas, la piqûre provoque une douleur vive mais de courte durée, suivie d’un gonflement localisé. Cet œdème est une réaction normale au venin et ne correspond pas à une infection. « Un antibiotique prescrit trop tôt n’a aucun effet sur ce gonflement, puisqu’il ne s’agit pas d’une infection bactérienne. En revanche, il favorise l’émergence de résistances aux antibiotiques », rappelle le Dr Labadie.

Néanmoins, une infection peut apparaître dans les jours qui suivent. « Si une suppuration, de la fièvre ou des ganglions surviennent quelques jours après la piqûre, il faut consulter un médecin », précise-t-elle.

Certaines situations nécessitent une prise en charge rapide. « Les piqûres multiples sont à considérer comme une urgence, surtout chez l’enfant », insiste la spécialiste. Dans ce cas, la quantité de venin injectée peut être telle qu’elle entraîne un véritable choc toxique, avec un risque vital si la prise en charge tarde.

D’autres signaux doivent aussi alerter : malaise, douleur thoracique, sensation d’oppression. Ces symptômes peuvent révéler un trouble cardiaque rare mais grave, appelé syndrome de Kounis. « Ce syndrome, fort heureusement très rare, se traduit par un spasme des artères coronaires qui peut provoquer une douleur intense dans la poitrine et mettre en jeu le pronostic vital », explique le Dr Labadie.

Un gonflement touchant le visage, la bouche ou la gorge, une urticaire généralisée, des démangeaisons sur l’ensemble du corps ou encore des vomissements doivent également amener à réagir sans attendre. Dans toutes ces situations, il est impératif d’appeler le 15 ou un centre antipoison.

Enfants et femmes enceintes : une attention particulière

Chez l’enfant, les gestes sont identiques à ceux de l’adulte, mais la vigilance doit être renforcée. Leur petite surface corporelle rend la quantité de venin injectée proportionnellement plus importante, ce qui augmente le risque de réactions sévères. En cas de douleur, du paracétamol peut être administré. « Il faut surtout surveiller attentivement l’évolution et consulter si le moindre doute persiste », conseille le Dr Labadie.

Chez la femme enceinte, une piqûre n’est pas en soi dangereuse pour le bébé. Les mêmes recommandations s’appliquent, mais la prudence reste de mise. Si la piqûre survient au niveau du visage ou si la réaction paraît inhabituelle, il est recommandé de consulter sans attendre.

Comment éviter les piqûres ?

Même si l’on ne peut jamais éliminer totalement le risque, quelques mesures simples permettent de limiter les rencontres désagréables avec ces insectes. Il est préférable de ne pas marcher pieds nus dans l’herbe et d’éviter de laisser traîner des boissons sucrées ou des aliments à l’air libre. Fermer correctement les poubelles réduit aussi l’attrait des guêpes. Enfin, il ne faut jamais s’approcher d’un nid, ni chercher à le détruire soi-même.

Il est utile de se rappeler que guêpes, abeilles, frelons et même les fourmis appartiennent à la famille des hyménoptères. « Quand on a déjà mal réagi à une piqûre d’abeille, il existe un risque similaire avec les autres hyménoptères », conclut le Dr Labadie. Les mêmes gestes de prévention s’appliquent donc à tous. Ces piqûres surviennent surtout au printemps, en été et au début de l’automne, périodes où ces insectes sont les plus actifs.

À savoir : que faire en cas d’allergie aux piqûres ?

Certaines personnes peuvent réagir fortement, même après une seule piqûre. Dans ce cas, une consultation auprès d’un allergologue est indispensable pour confirmer le diagnostic. « Si l’allergie est avérée, un kit d’urgence avec une seringue d’adrénaline doit être prescrit, et conservé à portée de main en permanence », indique le Dr Labadie. La spécialiste rappelle cependant que la grande majorité des piqûres restent bénignes et se limitent à une douleur et un gonflement localisés.

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