Vrai/faux sur la grossesse

Publié le

Émilie Gilmer

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

Vrai/faux sur la grossesse
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La grossesse est un état (et non une maladie !) qui génère son lot d’affirmations et de mises en garde. Si certaines sont fondées, d’autres sont fausses ou approximatives. D’où l’importance de faire le point sur les neuf mois qui s’annoncent.

Bien connaître son cycle est un atout pour tomber enceinte

Vrai. Dans le cycle menstruel, la période de fertilité correspond à l’ovulation. Elle a une durée relativement courte : de quelques jours à une semaine maximum. Si l’on « cible » cette période en termes de rapports sexuels, on maximise les chances de tomber enceinte.

À la réserve près que cela ne doit pas virer à l’obsession. « Lorsqu’elles sont jeunes et qu’elles n’ont pas de problème de santé particulier, je recommande à mes patientes d’avoir des rapports sexuels quand elles en ont envie en oubliant leur souhait de grossesse, indique Joëlle Bensimhon (1), gynécologue. Car, certaines femmes s’imposent tellement de contraintes et se mettent tellement la pression, que cela les empêche de tomber enceintes. »

Reste que si la grossesse ne vient pas, une meilleure maîtrise du cycle menstruel peut s’avérer nécessaire. « Mon conseil est de se rapprocher d’un professionnel de santé formé aux méthodes d'observation du cycle », indique Anna Roy (2), sage-femme.

Si on a une alimentation équilibrée, il n'est pas nécessaire de prendre de la vitamine B9 (acide folique)

Faux. C’est une règle incontournable pour toutes les femmes, quelle que soit leur alimentation. Cela permet de prévenir les malformations du tube neural, dont le spina bifida, qui est un défaut de fermeture de la colonne vertébrale. « Idéalement il faut démarrer la prise de vitamine B9 un mois avant la conception – à raison de 0,4 milligramme par jour – et la poursuivre jusqu’à la fin du premier trimestre », précise Joëlle Bensimhon.

Il est recommandé, en particulier, aux femmes qui prennent la pilule d’enchaîner avec la vitamine B9, dès l’arrêt de la pilule, car celle-ci diminue l'absorption de l’acide folique. Par ailleurs, si la grossesse n’était pas prévue, il est conseillé de prendre de la vitamine B9 dès que l’on se sait enceinte et jusqu’à la fin du premier trimestre.

Il n’existe aucune solution efficace pour soulager les nausées du premier trimestre

Faux. Les nausées sont dues à la forte augmentation d'hormones hCG et d'œstrogènes 80 % des femmes y sont sujettes durant le premier trimestre. « La première chose à savoir est que les nausées arrivent quand l'estomac est vide (d’où leur intensité le matin au réveil) ou plein, souligne Joëlle Bensimhon. L’idéal est que l'estomac soit à moitié plein régulièrement, c’est pourquoi on recommande de prendre une collation toutes les deux heures. »

Il existe aussi des médicaments, vendus sur ordonnance, qui sont efficaces. « Le traitement qui marche le mieux est une association de vitamine B6 et de doxylamine », précise la gynécologue.

« Attention néanmoins, si l’on souffre de vomissements fréquents et que l’on a perdu 5 à 10 % de son poids, il faut se rendre à l'hôpital afin de diagnostiquer une éventuelle hyperémèse gravidique », ajoute Anne Roy, sage-femme. Cette maladie concerne 1 % des femmes et nécessite une prise en charge particulière, voire dans certains cas, une hospitalisation.

Mieux vaut éviter de manger du fromage durant sa grossesse

Vrai et faux. Il est possible de consommer du fromage durant sa grossesse, mais certains d’entre eux sont à bannir, afin d’écarter le risque de listériose. Cette infection est sans gravité pour la mère mais représente un grave danger pour le fœtus, pouvant provoquer, selon l’Inserm, un avortement spontané, une mort intra-utérine ou une naissance prématurée.

« Il faut bannir les fromages à base de lait cru (type chèvre ou brebis), privilégier les fromages à base de lait pasteurisé et toujours retirer les croûtes du fromage, note Joëlle Bensimhon. Toutefois, quand le fromage est cuit – sur une pizza par exemple – le risque est écarté. »
Un conseil par ailleurs : nettoyer son réfrigérateur à l’eau vinaigrée dès que l’on se sait enceinte.

Les femmes enceintes sont davantage sujettes à la constipation

Vrai. Une femme sur deux souffre de constipation durant la grossesse, ce qui se caractérise par un nombre de selles inférieur à trois par semaine. Cela est dû à l’augmentation de la progestérone qui a pour effet de ramollir les muscles et donc de ralentir le transit.

« Pour y faire face, je recommande une bonne hydratation (en particulier, un verre d’eau fraîche le matin au réveil), une alimentation enrichie en fibres (soit des fruits et légumes crus : avocats, pruneaux…) et de l’activité physique, remarque la gynécologue Joëlle Bensimhon. Certains laxatifs doux peuvent également être utilisés ou des lavements à faire de manière ponctuelle. »

Un rapport sexuel peut déclencher un accouchement prématuré

Faux. Il n’est pas contre-indiqué d’avoir des rapports sexuels pendant la grossesse sauf en cas de saignements. Par ailleurs, un rapport sexuel en toute fin de grossesse peut déclencher l'accouchement compte tenu de l'ocytocine présente dans le sperme.

Le sport est déconseillé durant la grossesse

Faux. Pratiquer une activité physique comme la marche, la natation, la gym douce ou le yoga a des effets positifs sur la respiration, la circulation, le poids, la souplesse, le transit… « Le sport améliore les conditions de l’accouchement et diminue le risque de dépression post-partum », remarque Anna Roy, sage-femme.

La règle à suivre est de faire preuve de bon sens et de s’écouter : éviter les sports à impact avec des risques de traumatisme ou de chute (comme la boxe ou le ski) et savoir s’arrêter si l’on sent une gêne au niveau du bas-ventre. La seule contre-indication formelle concerne la plongée sous-marine à cause des différences de pression.

Le suivi de grossesse doit être forcément assuré par un gynécologue

Faux. Il peut être assuré par une sage-femme ou par un médecin généraliste, sauf en cas de complications où le gynécologue obstétricien est le bon interlocuteur. Une femme enceinte doit être examinée tous les mois.

Un verre d’alcool de façon occasionnelle n’est pas nocif pour le fœtus

Faux. L’alcool traverse le placenta et le fœtus y est soumis beaucoup plus longtemps que sa mère car il n’a pas les moyens de l’éliminer. Avec, dans certains cas, des conséquences désastreuses (des retards de croissance, des retards psychomoteurs, des troubles cognitifs), regroupées sous le terme de Syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF).

« Le danger existe dès le premier verre car la recherche scientifique ne sait pas dire le seuil à partir duquel la consommation d’alcool est toxique pour l'enfant, indique Anna Roy, sage-femme. En France, un demi-million de personnes souffrent des conséquences de la consommation d'alcool de leur mère pendant la grossesse. La règle absolue est donc zéro alcool dès que l’on se sait enceinte et pendant toute la grossesse. »

(1)    Coautrice de « La grossesse pour les nuls », 2022, éd. First.
(2)    Autrice de « C’est ma grossesse. Se poser mille questions, trouver enfin des réponses », 2022, éd. L’Iconoclaste.

« Le projet de naissance permet de mieux communiquer avec les professionnels de santé »

Exprimer, par écrit, ses attentes concernant l’accouchement et le post-partum : telle est la vocation du projet de naissance, ce document créé par le législateur pour établir un lien de confiance entre les futurs parents et l’équipe médicale. Idéalement rédigé autour du 6e mois de grossesse, il peut contenir plusieurs pages.

« L’idée est d’expliquer ses envies, ses préoccupations, ses craintes, éventuellement ses angoisses en lien avec un vécu douloureux (etc.) sans se brider », indique Anna Roy, sage-femme. Par ailleurs, différentes questions précises peuvent être abordées : est-ce que l’on veut ou non une péridurale ? Est-ce que l’on veut pouvoir déambuler pendant le « travail » ? Est-ce que l’on souhaite faire du peau à peau avec son bébé ?

« C’est très utile dans la mesure où l’on peut en discuter en amont et ainsi trouver un terrain d’entente sur la manière dont les choses vont se passer, précise l’experte. Certaines demandes vont être écartées (il est impossible, par exemple, de disposer des bougies dans une salle d’accouchement ou de se passer de la pose d’une perfusion), mais d’autres vont être prises en compte selon les maternités (le choix d’une position pour accoucher…). »
Ce projet pourra néanmoins être remis en cause si un aléa se présente : la nécessité, par exemple, de réaliser une césarienne d’urgence.

Rédigé par

  • Émilie Gilmer

    Journaliste spécialisée sur les questions de santé, éducation et société.

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