La puff, vapoteuse jetable, est toujours en vente malgré l’interdiction

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Patricia Guipponi

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La puff, cigarette électronique jetable interdite
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La puff est interdite en France depuis février 2025. Toutefois, ce dispositif électronique à usage unique est très facile à trouver dans certains bureaux de tabac et autres boutiques de vente directe ou en ligne.

Le 13 février 2025, le Sénat a validé le texte de loi interdisant la commercialisation en France des dispositifs électroniques de vapotage à usage unique, autrement dit des puffs. Ces cigarettes électroniques jetables sont très appréciées des plus jeunes. De ce fait, les bureaux de tabac et autres boutiques physiques ou en ligne, qui proposaient des puffs, ne sont plus autorisés à en détenir comme à en vendre. 

Cependant, malgré la loi, on peut facilement trouver des puffs en vente libre en ligne, mais également dans certaines boutiques, dont chez des buralistes, qui ne tiennent pas compte des possibles sanctions à ce manquement (amende de 100 000 € maximum et 200 000 € en cas de récidive). « Faire des lois, ce n’est pas compliqué. Les faire appliquer, c’est plus problématique », déplore le docteur Philippe Arvers, médecin addictologue et tabacologue, administrateur de la Fédération française d’addictologie.

Des nouvelles versions de puffs qui échappent à la législation

Le manque à gagner expliquerait la prise de risque et la négligence de ces commerçants et sites marchands. « Certains vont se justifier en disant qu’ils doivent écouler leurs stocks. C’est regrettable car cela nuit à la santé d’autrui », observe le docteur Philippe Arvers. 

Des produits de substitution rechargeables ont même pris le relais des puffs à usage unique. En effet, certains points de vente en proposent équipées d’une batterie pour pouvoir vapoter plus d’une fois. « De ce fait, ces nouvelles versions de puffs réutilisables échappent à l’interdiction », indique le docteur Philippe Arvers. 

L’addictologue pense que seule des sanctions exemplaires pourrait dissuader ce commerce illicite. « Mais encore faut-il contrôler ? Et qui va le faire ? Il serait pertinent de faire constater par huissier les infractions mais cela à un coût que portent trop souvent les associations. Les gens dénoncent facilement sur les réseaux sociaux les notes de restaurants salées. Ils se font malheureusement peu le relais des problèmes de santé publique. »

La puff a été d’emblée vendue aux mineurs alors que c’était prohibé 

D’expérience, le médecin sait qu’interdire un produit, aussi nocif soit-il, provoque par ricochet une vague d’achats sur le net. « Les usagers vont se servir en ligne où il est très facile en deux clics d’avoir ce que l’on veut. La provenance et le contenu de ce qui est vendu ne sont pourtant pas sûrs. « On se retrouve souvent face à des dispositifs qui ne contiennent pas de nicotine, mais des cannabinoïdes de synthèse eux aussi très puissants et nocifs ». 

Braver l’interdit est une pratique face à laquelle le médecin se sent impuissant. « La loi impose de ne pas allumer de cigarette dans certains lieux publics, comme les abris de bus, et pourtant, on y voit toujours des fumeurs. » La puff n’a pas échappé à cette règle. 

Dès sa commercialisation, et malgré son interdiction de vente aux mineurs, elle a fait un véritable tabac auprès des plus jeunes. Les réseaux sociaux (comme Tik Tok ou Snapchat) et les influenceurs ne sont pas étrangers à son succès, ainsi que son prix « attractif » (entre 6 et 10 €). 

Une porte d’entrée vers le tabac et d’autres produits de synthèses

La puff viendrait d’Extrême Orient. Entrée aux États-Unis en 2019 avant de gagner l’Europe, elle est produite par l’industrie du tabac. La cigarette électronique jetable offre entre 600 et 9 000 bouffées à son utilisateur selon le modèle. Certaines sont sans nicotine, d’autres contiennent jusqu’à 2,5 % de sels de nicotine (soit 25 mg/ml). Or ce produit de synthèse chimique est considéré comme très addictif

La puff a aussi été largement critiquée en raison de son impact négatif sur le plan écologique. En effet, c’est un déchet supplémentaire qui s'additionne aux 4 500 milliards de mégots jetés dans l'environnement chaque année. « Mégots dont la décomposition prend plus de dix ans », observe l’addictologue. 

La cigarette électronique jetable se compose d’une pile en plastique impossible à recycler qui renferme environ 0,15 g de lithium et des métaux lourds. Il est précisé sur les emballages que cette pile doit être jetée, une fois vidée de sa substance, à la déchetterie ou dans des conteneurs pour piles usagées. Chacun étant libre de suivre ou non cette indication. 

Le tabagisme tue 75 000 personnes en France chaque année 

Selon Alliance contre le tabac, en 2024, 15 % des adolescents avaient déjà utilisé le dispositif électronique de vapotage à usage unique et, parmi eux, 47 % ont commencé ainsi leur initiation à la nicotine. « Toutefois, des études au long cours démontrent que la vape ne va pas forcément toujours conduire les jeunes au tabac », précise le docteur Philippe Arvers. 

Ces derniers auront plutôt tendance à se tourner vers d’autres produits de synthèse comme les cannabinoïdes synthétiques. « Leur pouvoir addictif est très puissant. Et leurs effets sur l’organisme sont bien plus néfastes que ceux du cannabis. »

Pour le médecin, l’industrie du tabac fera toujours preuve d’inventivité pour attirer de nouveaux consommateurs. « Le tabagisme tue 75 000 personnes par an en France », rappelle-t-il. Il s’inquiète aussi de la prolifération de ces produits de synthèse. « Je pense à ceux à base de 6-méthyl-nicotine (métatine), analogue de la nicotine, que l’on trouve notamment au Canada. C’est une dérive perpétuelle. »

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