Nicotine : l’interdiction des pouches est suspendue
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Les pouches sont de petits pochons, contenant de la nicotine et des arômes, qui se placent entre la gencive et la lèvre afin d’être absorbés sans combustion ni production de fumée. Leur mise sur le marché devait cesser à partir d’avril 2026. Cette décision s’inscrivait dans le cadre de la lutte contre le tabagisme et la dépendance des jeunes, ces produits étant très prisés des adolescents et des jeunes adultes.
L’interdiction, prévue par un décret du 6 septembre 2025, visait non seulement les sachets de pouches, mais aussi les billes et autres produits oraux contenant de la nicotine. Cependant, le 22 décembre, le Conseil d’État a décidé de suspendre temporairement ce décret. Il a estimé que les fabricants n’avaient pas suffisamment de temps pour s’adapter à cette mesure.
Un verdict définitif sur l’interdiction attendu d’ici juin 2026
Cette suspension signifie que l’interdiction n’entrera pas en vigueur aux dates initialement prévues. Un verdict définitif sur la légalité du décret est attendu d’ici juin 2026. Cette décision ne change pas immédiatement la situation actuelle. En effet, la vente de sachets de nicotine est déjà limitée en France dans le cadre de la législation existante sur les produits à base de nicotine.
Leur commercialisation est déjà fortement encadrée par le Code de la santé publique, notamment parce qu’ils contiennent de la nicotine, une substance réglementée en raison de son caractère addictif. À ce titre, leur mise sur le marché est soumise à des exigences strictes en matière de composition, d’information du consommateur et de conditions de distribution.
Les autorités sanitaires considèrent que tout produit délivrant de la nicotine doit relever d’un cadre juridique précis, ce qui limite en principe fortement les possibilités de commercialisation en dehors des catégories expressément prévues par la loi. En pratique, seuls les produits nicotiniques ayant un statut de médicament (comme certains substituts vendus en pharmacie) sont clairement autorisés.
Des risques potentiels pour le cœur et le développement du cerveau
Les sachets de pouches sont arrivés en Europe en 2018, principalement proposés par l’industrie du tabac et des produits nicotiniques. Leur format compact, l’absence d’odeur persistante et la variété des goûts proposés contribuent à leur attractivité, notamment auprès d’un public jeune.
Outre la dépendance que ces produits peuvent entraîner, ils présentent des risques cardiovasculaires liés à la nicotine (augmentation de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque) et interfèrent dans la maturation cérébrale des adolescents.
« Les pouches ont l’avantage de se dissimuler totalement dans la bouche », précise le professeur Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme (CNCT). Les gencives sont très vascularisées. Ce qui signifie que la nicotine passe rapidement dans le sang. « Ça fait comme l’effet d’un shoot », souligne le médecin, en insistant sur la rapidité et l’intensité de l’effet ressenti.
Les pouches contiennent au moins six fois plus d’arsenic qu’une cigarette
Selon une étude de 2024 de 60 Millions de consommateurs, en partenariat avec le CNTC, les pouches contiennent de l’arsenic, jusqu’à six fois plus que dans une cigarette classique. Les analyses ont également révélé la présence d’autres substances chimiques toxiques, telles que le plomb, l’antimoine ou encore le formaldéhyde, toutes connues pour leurs effets nocifs sur la santé à long terme.
D’après un sondage réalisé entre fin 2024 par Alliance contre le tabac, 47 % des 13-16 ans interrogés ont commencé leur initiation à la nicotine via les pouches ou les perles.
La moitié d’entre eux se sont ensuite tournés vers d’autres produits contenant de la nicotine ou du tabac. « C’est une porte d’entrée royale vers la cigarette », alertent les acteurs de la lutte antitabac, qui redoutent un effet passerelle favorisant l’installation durable d’une dépendance.
Le sel de nicotine contenu dans les pouches plus addictif que la nicotine
« La nicotine est une drogue triste et surtout dure, comme l’héroïne », commente le professeur Yves Martinet. Il souligne ainsi la puissance addictive de cette substance, souvent banalisée en raison de son caractère légal. Les sachets et les perles contiennent entre 2 et 20 mg de nicotine, des dosages variables qui peuvent représenter, selon la concentration et la fréquence d’usage, un apport important pour l’organisme.
« Cependant, il ne faut pas se fier à ce qui est marqué sur les boîtes. Ce n’est pas forcément exact », avertit le pneumologue. Les contrôles restent limités et les teneurs réelles peuvent différer des indications affichées. Ces produits sont par ailleurs majoritairement composés de sels de nicotine, réputés plus addictifs que la nicotine de base. Cette formulation favorise une montée rapide des effets, renforçant le potentiel de dépendance.
« On en met en quantité suffisante pour bien accrocher les consommateurs à l’hameçon. La nicotine a un effet actif d’environ deux heures. » Au bout d’une heure en moyenne, l’usager est déjà en manque. « Et donc il reprend un sachet ou une perle pour satisfaire cette dépendance qui va varier d’un profil à l’autre », déplore le pneumologue.
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