Qu’est-ce que le névrome de Morton ?

Publié le

Natacha Czerwinski

Temps de lecture estimé 6 minute(s)

Qu’est-ce que le névrome de Morton ?
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Le névrome (ou syndrome) de Morton est une pathologie fréquente du pied, due à la compression d’un nerf. Elle cause des douleurs assez intenses sous la base du pied et entre les orteils. Plusieurs types de prises en charge sont possibles.

Qu’appelle-t-on le névrome (ou syndrome) de Morton ?

Le squelette de l’avant-pied est constitué de cinq os longs et parallèles, les métatarsiens. A leur extrémité, ceux-ci s’élargissent et forment comme des boules, appelées têtes métatarsiennes. « Entre ces têtes métatarsiennes passe un paquet vasculo-nerveux qui assure la sensibilité des orteils, explique Muriel Montenvert, podologue-pédicure et présidente de l’Union française pour la santé du pied (UFSP). Lorsque, pour différentes raisons, cette zone est sursollicitée, les deux têtes métatarsiennes présentes de chaque côté vont serrer ce paquet vasculo-nerveux, ce qui va générer une inflammation. » On parle de syndrome de Morton au stade précoce de la maladie et de névrome lorsque le nerf est très abîmé. 

« C’est un cercle vicieux : à force d’être irrité, le nerf s’épaissit. Et plus il est gros, plus il est comprimé », ajoute le Dr Julien Lopez, chirurgien orthopédiste et membre de l’Association française de chirurgie du pied (Afcp).

Quels sont les symptômes de cette maladie ?

Le syndrome de Morton se manifeste par une douleur vive à l’avant du pied, augmentée par la marche, la station debout prolongée et le port de chaussures serrées. « Les patients décrivent souvent une sensation de décharge électrique foudroyante au niveau de la base des orteils, indique Muriel Montenvert. Ils peuvent aussi ressentir des fourmillements et un engourdissement des orteils. En cas de crise, ils éprouvent souvent le besoin de se déchausser et de se masser le pied. » 

« Beaucoup de personnes disent aussi qu’elles ont l’impression de marcher avec un caillou dans la chaussure, renchérit Julien Lopez. Ce n’est pas totalement faux, sauf qu’il s’agit d’un caillou interne. Chez certains patients, le nerf est tellement abîmé qu’il entraîne une anesthésie, autrement dit une perte de sensibilité au niveau des orteils. »

N’hésitez pas à consulter dès l’apparition de symptômes inquiétants, conseille la présidente de l’UFSP.

Comment l’identifier ?

Le diagnostic du névrome de Morton repose sur un examen clinique. Outre l’interrogatoire du patient, le professionnel de santé analysera la sensibilité des orteils et cherchera à localiser la douleur. « Le test de compression de Mulder permet de mettre en évidence l’épaississement du nerf », décrit Julien Lopez. Une échographie ou une IRM permettent de confirmer le diagnostic.

A quoi cette pathologie est-elle due ?

« Le névrome de Morton est surtout favorisé par une mauvaise chaussure, souligne la podologue-pédicure Muriel Montenvert. Si celle-ci est trop serrée, elle va comprimer l'avant-pied et donc resserrer les têtes métatarsiennes. À l’inverse, si elle est trop lâche (comme une ballerine qui, au fil du temps, a tendance à se détacher), à chaque pas vous allez contracter les orteils et sursolliciter l’avant-pied. » Attention également aux talons hauts, qui font basculer le poids sur l’avant du pied et, de ce fait, génèrent une pression accrue sur cette zone.

D’autres facteurs peuvent également contribuer à l’apparition de cette maladie. « Il peut s’agir d’un problème de posture ou d’asymétrie, dit la pédicure-podologue. Par exemple, lorsqu’on a une jambe plus courte que l'autre, un pied va être davantage sollicité que l’autre. » Certaines déformations qui élargissent le pied et le compressent dans la chaussure (telles que l’hallux valgus) sont également susceptibles de causer un syndrome de Morton.

Certaines personnes sont-elles particulièrement à risque ?

Les femmes, notamment du fait du port de chaussures parfois plus esthétiques que confortables, sont plus sujettes au névrome de Morton. La période de la ménopause peut être particulièrement critique. « Pour peu que nos pieds aient gonflé, qu’on ait pris du poids et qu’on continue à avoir le même rythme de vie et les mêmes chaussures, on va se retrouver à surcharger l’avant du pied », relève la présidente de l’UFSP.

Même si le syndrome de Morton n’est pas une pathologie du sportif, certaines activités entraînant une pression sur l’avant-pied (telles que l’escalade ou la danse de salon, par exemple) peuvent constituer un terreau favorable à l’apparition de cette maladie.

Quels sont les traitements possibles du syndrome de Morton ?

Lorsque les premiers symptômes apparaissent, certaines mesures simples permettent déjà de se sentir mieux. « La première étape, c'est de changer de chaussures, liste Muriel Montenvert. Misez sur celles qui maintiennent bien le pied et qui disposent d’un bout suffisamment large pour que tous les orteils soient à l’aise. La deuxième, c'est de consulter un pédicure-podologue qui pourra vous prescrire et vous réaliser des semelles orthopédiques qui vont à la fois traiter l’asymétrie et soulager les douleurs. Des séances de kinésithérapie notamment peuvent aussi procurer un certain soulagement, tout comme des petits exercices à la maison. Par exemple, faire rouler une balle sous l’avant du pied permet de mobiliser la zone articulaire et de décoincer le nerf. » 

Si, malgré ces approches thérapeutiques, la situation ne s’améliore pas, c’est sans doute que le nerf est trop abîmé et qu’il est au stade de névrome. D’autres interventions sont alors nécessaires. Des infiltrations par corticoïdes, destinées à limiter l’inflammation, peuvent ainsi être envisagées. Mais leur efficacité s’avère souvent de courte durée.

En dernier recours, une intervention chirurgicale peut être proposée. « Il en existe deux types, détaille le Dr Lopez, chirurgien orthopédiste. La neurolyse – qui ne concerne que les névromes de petite taille – consiste à libérer le nerf comprimé. Cette technique a l’avantage d’être peu invasive mais le taux d’échec est important. Beaucoup de patients continuent à souffrir et il faut souvent réopérer. L’autre acte chirurgical possible, appelé neurectomie, a pour but de retirer le nerf responsable des douleurs. Cette intervention entraîne fréquemment une perte de la sensibilité dans le territoire du nerf. Mais il n'y a aucune conséquence motrice ou fonctionnelle. Qui plus est, ce déficit tend souvent à s’estomper avec le temps. » 

L’opération du névrome de Morton ne nécessite pas d’immobilisation. « L’appui est autorisé immédiatement, signale le Dr Lopez. Une chaussure thérapeutique permettant de marcher le pied à plat peut néanmoins être prescrite pour gagner en confort et laisser la zone opérée au repos. » Afin d’accélérer la récupération fonctionnelle, des exercices d’auto-rééducation (notamment la mobilisation des orteils en flexion et en extension) sont toutefois indispensables.

A noter que quelques centres spécialisés ont développé une approche alternative par cryochirurgie. Celle-ci consiste à détruire le névrome par le froid afin de libérer le nerf.

Peut-on agir en prévention pour éviter de développer un syndrome de Morton ?

Même si cette pathologie est multifactorielle, la façon de se chausser reste un enjeu de premier plan. « On ne choisit pas des chaussures avec ses yeux mais avec ses pieds, résume Muriel Montenvert. Il faut être bien dedans et les adapter à son activité. Si on marche beaucoup, on privilégie des baskets confortables et on évite de mettre des talons pour prendre le métro. De plus, il faut savoir qu’entre la fin de sa croissance et la fin de sa vie, on prend entre une et deux pointures. Il est donc important de toujours bien vérifier ses chaussures et de se dire que celles que nous avions achetées à 20 ans n’ont pas vocation à être portées pour toujours. »

Rédigé par

  • Natacha Czerwinski

    Journaliste spécialisée dans les sujets de société (éducation, famille, environnement, initiatives positives...)

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