Comment repérer les troubles psychiques et qui consulter ?

Publié le

Cécile Fratellini

Temps de lecture estimé 4 minute(s)

Comment repérer les troubles psychiques et qui consulter ?
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Les troubles psychiques concernent une personne sur cinq en France (1). Face à cette souffrance, les familles se retrouvent souvent démunies. Comment repérer les premiers signes et vers qui se tourner ?

Le Dr Hugo Baup, psychiatre au centre hospitalier de Périgueux, et auteur du livre Comment ça va, toi ? Le guide pratique de la santé mentale (2) nous livre quelques conseils pour accompagner un proche souffrant de troubles psychiques.

Schizophrénie, bipolarité, dépression… Les maladies psychiques sont parfois difficiles à comprendre.

Dr Hugo Baup : Les maladies psychiques ne concernent pas tout le monde. On ne souffre pas tous de dépression ou de troubles bipolaires ! Pour parler de troubles psychiques, il faut qu’il y ait un retentissement sur le fonctionnement de la personne, qu’il y ait une rupture avec l’état antérieur. Par exemple, elle n’arrive plus à s'occuper de ses enfants, elle a une tristesse intense pendant plusieurs semaines, plus d’appétit, des insomnies, des hallucinations… Les symptômes doivent s’installer dans la durée et être intenses.

Les diagnostics psy prennent du temps. Ils sont posés par des médecins, il n’y a pas d’examen biologique à l’heure actuelle qui permette de poser un diagnostic psy. Une prise de sang ne va pas dire que vous souffrez d’un trouble bipolaire. Nous sommes toujours dans des hypothèses qu’il faut savoir réévaluer régulièrement.

Comment l’entourage peut-il repérer les signes. Quand doit-il s’inquiéter ?

Dr H. B. : Il y a des signes qui doivent alerter : quand votre proche devient plus irritable et commence à avoir une routine qui se dégrade avec un sommeil agité, une alimentation anarchique, une rupture de ses relations sociales… L’entrée dans une maladie psychique est souvent progressive, c’est rarement brutal, du jour au lendemain.

La personne a tendance à se couper de son cercle social. La relation sociale devient trop énergivore pour elle ou alors elle se sent persécutée par les autres, c’est parfois le cas pour la schizophrénie. 60 % des troubles psychiques débutent avant 15 ans, c’est vraiment une période charnière pour les détecter.

La schizophrénie a une forte composante génétique, si on a quelqu’un dans la famille qui souffre de schizophrénie, on a plus de risques de l’être soi-même. Les traumatismes et les événements de vie stressante sont aussi des facteurs de risque. Le milieu urbain est aggravant, on ne sait pas encore trop pourquoi, peut-être qu’il y a plus de stress et un accès facilité à des substances.

Comment faire comprendre à l’autre qu’il doit se faire soigner ?

Dr H.B. : La personne est parfois convaincue qu’elle n’est pas malade, il peut y avoir ce qu’on appelle un déni des troubles. Elle peut aussi être convaincue que personne ne peut l’aider. Ce n’est pas facile car ça touche à l'identité, à la mémoire, à la personnalité, à la concentration donc à sa manière d’être au monde. Le refus du traitement est fréquent, il faut du temps pour comprendre qu’on est malade, qu’on a besoin d’aide. Il faut donc aider son proche à se rendre compte que ça ne va pas, à accéder à des soins. Mais lesquels ? Les gens sont parfois perdus.

Vers qui se tourner pour les soins ?

Dr H.B. : La santé mentale et les troubles psychiques, c’est un parcours du combattant aujourd’hui. Pourtant, on peut vraiment aider les gens et en quelques semaines ou quelques mois, leur vie est transformée. Donc dans un premier temps, je conseille de se tourner vers son médecin traitant, c’est lui qui coordonne les soins. Parfois, pour certains c’est compliqué si c’est le médecin de famille, on a parfois envie de cloisonner les endroits dans lesquels on dépose nos problèmes psy. Dans ce cas, je conseille de consulter un psychiatre en passant par exemple par un centre médico-psychologique.

La téléconsultation peut aussi être une solution en cas de phobie sociale ou de problème de mobilité, selon les préférences de chacun. Enfin, il y a aussi des équipes mobiles qui se déplacent à domicile pour prendre en charge la famille, répondre à leurs questions et convaincre la personne d’aller vers le soin, qu’elle peut aller mieux. C’est le cas à Bordeaux par exemple avec EPIC (équipe psychiatrique d’intervention et de crise).

Il est aussi possible de se tourner vers des associations comme l’Unafam qui viennent en aide aux familles concernées par les troubles psychiques. Car les proches et aidants s’épuisent aussi fréquemment. Enfin, des thérapies familiales systémiques permettent aussi parfois de « soigner » certaines dynamiques familiales dysfonctionnelles.

(1) Source : Assurance maladie
(2) Comment ça va, toi ? le guide pratique de la santé mentale, Larousse, février 2025.
 

Rédigé par

  • Cécile Fratellini

    Rédactrice en chef adjointe d’Harmonie Santé, spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (handicap, prévention, maladies…)

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