Comment éviter une fake news en santé ?
Publié le
Angélique Pineau-Hamaguchi, en partenariat avec l’Inserm
Temps de lecture estimé 10 minute(s)
Rumeurs, canulars, fake news, infox, théories du complot… peu importe comment on les appelle. Les fausses informations (fondées sur des croyances ou de la manipulation, et non sur des faits avérés) font désormais partie de notre quotidien. Et elles circulent beaucoup plus vite avec internet et les réseaux sociaux, qui ont propulsé le bon vieux bouche-à-oreille dans une autre dimension.
Si bien qu’on est face aujourd’hui à une véritable crise de l’information : une « infodémie », pour reprendre un terme utilisé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ainsi, parfois on ne parvient plus à distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux et on ne sait plus qui croire.
Or, lorsqu’elle touche à la santé, la désinformation peut nous conduire à faire de mauvais choix pour nous-mêmes (au point de mettre notre vie en danger) et en termes de santé publique. Alors comment réactiver notre esprit critique ? Quels sont les bons réflexes à adopter ? Voici 10 conseils pour éviter une fake news en santé et ne pas se faire avoir (par des lobbys, des charlatans, des complotistes ainsi que par les algorithmes), et ne pas contribuer à propager des nouvelles mensongères. À vous de jouer !
1. Être conscient que l’on peut tous se faire avoir
Il est illusoire de penser que vous ne tomberez jamais dans le panneau. Tout le monde peut se faire avoir et croire, à un moment donné, à de fausses informations. Nous sommes tous influencés par nos propres croyances, nos préjugés. Si vous en avez conscience, vous serez ainsi plus vigilant(e).
Il faut également comprendre que les algorithmes sur internet sont programmés pour faire remonter des sujets ou des sites, des comptes de réseaux sociaux, que vous avez déjà consultés. Ils vous montrent ce que vous avez envie de voir en quelque sorte. Si vous êtes déjà allé(e) sur un site douteux ou si vous avez déjà lu une fake news sur le Covid par exemple, ils vont avoir tendance à vous reproposer ce même type de contenus à l’avenir. Et c’est le cercle vicieux, car cela ne fera que conforter votre première impression.
2. S’informer auprès de sources référentes sur la santé
Auprès de votre entourage, sur des sites internet, sur les réseaux sociaux, via les médias traditionnels (presse écrite, radio ou télévision), sur des forums, des outils d'intelligence artificielle… Il existe de nombreuses façons de s’informer. Mais pour ce qui est de la santé, encore plus que pour les autres sujets, mieux vaut faire confiance aux experts. En premier lieu : votre médecin traitant et le spécialiste qui vous suit pour une pathologie. Si vous avez des questions ou si vous avez vu, lu ou entendu quelque chose qui pourrait vous amener à changer de comportement ou de traitement, il est préférable de leur demander leur avis avant (plutôt qu’après !). Car cela pourrait avoir un impact sur votre santé.
Le site internet du ministère de la Santé ou celui de l’Assurance maladie sont aussi des sources fiables pour trouver de l’information sur une maladie ou un vaccin par exemple, car ils reposent sur des données scientifiques.
D’autres institutions reconnues comme Santé Publique France (l’agence nationale de santé publique) ou l’Inserm (l’Institut national de la santé et de la recherche médicale) proposent également des dossiers thématiques sur leur site. Au sein de la rédaction d’Harmonie santé, ce sont des sources sur lesquelles nous nous appuyons.
3. Se méfier des nouvelles « incroyables »
En surfant sur le web, vous êtes régulièrement confronté(e) à des allégations qui paraissent sensationnelles (un traitement « révolutionnaire », un remède « miracle », un régime « secret »). Toutefois, si aucun média sérieux ni aucune institution ne les relaient, il y a des chances qu’elles soient douteuses.
Méfiez-vous des sites sur lesquels la publicité est très présente, où les titres finissent souvent par un point d’exclamation (incroyable !). Ce sont de vrais pièges à clics. Ils ont pour seul but de générer un maximum de vues ou de partages afin d’en tirer des revenus publicitaires, de vendre des produits ou de faire de la propagande. Autre indice : ce genre de sites est parfois truffé de fautes d’orthographe (un peu comme les emails frauduleux qui essaient de vous extorquer de l’argent).
4. Ne pas confondre popularité et fiabilité
« Ce n’est pas parce qu’un million de personnes ont vu une vidéo ou aimé un post sur les réseaux sociaux que leur contenu repose sur des faits avérés », rappelle Virginie Sassoon, docteure en sciences de l'information et de la communication et directrice adjointe du Clémi* (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information). C’est la même chose avec l’audience à la télévision : une émission très regardée peut très bien véhiculer un grand nombre d’idées reçues, de fake news.
Infographie
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Fake news : Comment éviter une fake news en santé.pdf
5. Se demander qui est l’auteur
Autre question essentielle à vous poser : qui est à l’origine de cette nouvelle et quelle est sa motivation ? Cette personne a-t-elle un intérêt (commercial, idéologique, politique…) à la communiquer voire à l’inventer ? Sur les réseaux sociaux, regardez la description du compte : est-elle claire et permet-elle d’identifier celui ou celle qui le détient ? Si oui, de qui s’agit-il : un particulier, une entreprise, une institution ? Effectuez une recherche rapide sur internet pour tenter de le découvrir.
Sur les sites, consultez les pages « À propos » ou « Qui sommes-nous ? » ou encore les « Mentions légales ». Parfois, certains sont des sites parodiques qui inventent des fausses nouvelles dans le seul but de faire rire (c’est alors mentionné dans ce type de pages en général).
Pour un texte ou un article, pensez à vérifier s’il est signé et daté. Si l’information n’est pas récente, elle a pu être démentie depuis (exemple : une étude semblait montrer tel effet à un moment donné mais elle a été contredite par d’autres plus sérieuses par la suite). Si la signature et la date ne sont pas précisées, ce sont des signes qui doivent alerter.
6. S’interroger sur la légitimité de la source
Lorsqu’il s’agit de santé, il est important également de se demander si la personne qui s’exprime est compétente pour le faire : est-elle spécialiste de la question, est-ce un professionnel de santé ? « Si le métier de votre influenceur préféré est de vous amuser, est-il le plus légitime pour vous conseiller sur les vaccins ? », questionne Virginie Sassoon du Clémi.
7. Aller au-delà du titre ou de l’image
Le titre et le visuel d’un post sur les réseaux sociaux peuvent être très accrocheurs ou totalement « survendus ». Ils ne reflètent pas toujours la teneur du contenu ou l’ensemble des nuances et des arguments développés dans un article, un témoignage, une vidéo… Il est donc primordial de ne pas vous contenter de cette première impression pour vous faire une idée sur un sujet. Lisez plutôt tout le texte ou regardez la vidéo en entier, car bien s’informer nécessite de prendre le temps.
8. Recouper les informations
Ne vous contentez pas d’un seul son de cloche mais vérifiez auprès de plusieurs sources référentes en matière de santé si elles disent la même chose sur ce sujet. Si aucune ne semble confirmer l’information dont on vous a parlé ou que vous avez vue sur les réseaux sociaux, c’est sans doute qu’elle n’est pas avérée ou qu’il ne s’agit pour le moment que d’une hypothèse sur laquelle il n’y a pas encore de consensus scientifique.
« En clair, cela signifie qu’elle n’a pas été validée par plusieurs études, menées par différentes équipes de chercheurs, originaires de divers pays, rappelle Sandrine Sarrazin, chercheuse à l’Inserm et immunologiste au Centre d'Immunologie de Marseille-Luminy (CIML). La démonstration scientifique se fait sur un temps long. Or, le problème, c’est que la société actuelle veut avoir des réponses rapides. Et c’est ce que permettent les fake news. »
La chercheuse se rend régulièrement dans les établissements scolaires de son département pour réexpliquer ce qu’est la démarche scientifique (basée sur la formulation d’hypothèses qui sont ensuite testées pour être infirmées ou confirmées) et répondre aux interrogations des élèves. Depuis la pandémie de Covid, Sandrine Sarrazin est par ailleurs souvent sollicitée par des journalistes pour vérifier si certaines rumeurs, vues ou lues sur internet, sont partiellement voire totalement trompeuses ou bien si elles reposent sur de vraies informations.
9. Se faire aider dans sa quête de la vérité
Pour débusquer les « infox », plusieurs médias traditionnels ont développé des cellules de « fact checking » (vérification des faits, en français). C’est le cas notamment de l’Agence France Presse (AFP Factuel), de France Info (Vrai ou faux), du Monde (Les Décodeurs), de Libération (CheckNews) ou encore de France 24 (Les Observateurs).
La science contribue aussi à la lutte contre la désinformation. À l’exemple de l’Inserm, qui a créé la série Canal Détox pour rétablir un certain nombre de contre-vérités sur la santé. Celle-ci revient sur des fake news qui circulent sur le web afin de redonner les faits scientifiques.
10. Bien réfléchir avant de partager une information sur la santé
Si certains propagent volontairement des nouvelles trompeuses, dans le but de nuire ou pour servir leurs intérêts, la plupart d’entre nous le faisons de bonne foi. Pour alerter nos proches par exemple. Aussi, même si une information choquante vous semble fiable à première vue, elle n’est peut-être pas vraie.
Prenez de la distance avec vos émotions et mettez en pratique tous ces bons réflexes avant de l’envoyer à votre famille ou à vos amis ou de partager le post à tout votre réseau professionnel. Car il s’agit peut-être d’une infox et vous participeriez alors à sa diffusion. Et si un contenu vous paraît suspect, vous avez également la possibilité de le signaler sur la plupart des réseaux sociaux désormais.
* Le Clémi est chargé de l'éducation aux médias et à l'information (ÉMI) dans le système éducatif français. Il propose des ressources pédagogiques pour les enseignants et les élèves mais aussi pour les familles.
Des ressources pour aller plus loin
Des livres :
• « Fake news santé » de l’Inserm, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (éditions Le cherche midi, 2021).
• « Anti fake news. Le livre indispensable pour démêler le vrai du faux » des journalistes Thomas Huchon et Jean-Bernard Schmidt (First éditions, 2022).
Des sondages :
• « Information et santé. Analyse des croyances et comportements d’information des Français liés à leur niveau de connaissances en santé, au refus vaccinal et au renoncement médical », étude réalisée par la Fondation Descartes (2023) auprès de 4 000 Français.
• « Les fake news dans le domaine de la santé », sondage réalisé fin 2024 par l'institut Verian pour Harmonie Santé.
Un numéro :
• Une ONG française, LaReponse.tech, a développé Vera, une intelligence artificielle pour vérifier les faits en temps réel. Il s’agit d’un numéro de téléphone (le 09 74 99 12 95) que l’on peut appeler directement pour poser une question ou à qui on peut écrire depuis WhatsApp pour demander si telle rumeur est vraie ou bien s’il s’agit d’une fake news. Pour répondre, elle s’appuie sur « plus de 300 sources fiables, incluant des sites de fact-checking spécialisés et des médias reconnus », précise le site www.askvera.org. Le service est gratuit.
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