Vrai/faux sur la fertilité

Publié le

Agnès Morel

Temps de lecture estimé 8 minute(s)

Vrai/faux sur la fertilité
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Age limite pour avoir un enfant, accès à la procréation médicalement assisté, causes de l’infertilité… Il existe encore de nombreuses idées reçues sur la fertilité. On fait le point.

Un bébé sous contraception ? Impossible.

FAUX. Préservatif, pilule, implant, stérilet… Malgré une contraception, des couples très fertiles peuvent être confrontés à une grossesse non désirée, notamment lorsqu’ils sont jeunes : à 25 ans, la fertilité est à son maximum et les moyens de contraception jamais fiables à 100 %. Des grossesses non désirées qui peuvent aboutir à une IVG (interruption volontaire de grossesse). Selon la DREES, 234 300 IVG ont été enregistrées en France en 2022.

Un bébé si je veux, quand je veux, même passé 40 ans ? 

FAUX. Ce slogan, emblématique de la lutte des femmes pour le droit à l'avortement et à l'accès aux moyens de contraception n’est plus vrai aujourd’hui. Car malgré le développement de nouvelles techniques (congélation des ovocytes, diagnostic préimplantatoire…), les couples, même s’ils se sentent encore jeunes, sont pressés par le temps : c’est la fameuse horloge biologique. Les femmes disposent d’un stock d’ovules qui diminue constamment, au rythme d’un par mois, depuis la puberté jusqu’à la ménopause. Or, en 2023, les femmes ont leur premier enfant à 31 ans - et plus tardivement encore dans les grandes villes - contre 24 ans en 1975. 

« Beaucoup de femmes ignorent que l'âge optimal pour concevoir est à 25 ans, et qu'ensuite leur fertilité décline. Après 30 ans, leur réserve ovarienne commence à diminuer et, après 35 ans, elle chute brutalement », prévient le professeur Samir Hamamah, chef du service de biologie de la reproduction du CHU de Montpellier, auteur du rapport de 2022 sur les causes de l’infertilité, commandé dans le cadre des lois de bioéthique de 2021. 

Les chiffres indiquent que lorsque leur projet parental commence à 30 ans, 91 % des femmes ont un enfant sans recourir à l’assistance médicale à la procréation (AMP). Cinq années plus tard, à 35 ans, c’est 82 %, puis à 57 % quand elles ont 40 ans. L’appareil reproducteur des hommes vieillit lui aussi, ce qui aggrave le risque de fausse couche ou, chez l’enfant à naître, les risques de malformation.

Lorsqu’on essaie d’avoir un enfant, cela fonctionne tout de suite.

FAUX. Certains couples réussissent tout de suite, d’autres non. Inutile de s’inquiéter trop tôt : un couple, quand tout va bien, a 25 % de chance de concevoir un enfant à chaque cycle menstruel, et ce n’est qu’au bout d’un an d’essais que l’on peut consulter - surtout si l’on a dépassé 30 ans, l’âge auquel la fertilité commence à baisser.

Comment favoriser sa fertilité ? Si possible en adoptant un rythme de vie équilibré (alimentation, sommeil, activité physique…) et en évitant les sources de fatigue et de stress ainsi que toutes les substances psychoactives (alcool, tabac…). « La santé reproductive d’un couple est le reflet de son état nutritionnel et de sa santé générale », explique le Docteur Rachel Levy, cheffe du service de biologie de la reproduction - Cecos de l’hôpital Tenon. 

« Lorsqu’on essaie de faire un bébé, c’est le moment de retourner faire son marché en misant sur les fruits et les légumes, notamment ceux qui sont verts ou rouges, car ils sont riches d’éléments nécessaires à la formation des cellules reproductives. » Elle recommande aussi de privilégier les céréales complètes, les légumes secs, les graines, les poissons gras et les viandes maigres – type volaille.

Si vos parents n’ont jamais eu de souci de conception, vous n’en aurez pas non plus. 

FAUX. D’après le professeur Samir Hamamah, auteur du rapport sur les causes de l’infertilité remis en février 2022, celle-ci croît chaque année de 0,3 ou 0,4 % et concerne en France 3,5 millions de personnes. Soit un couple sur quatre qui ne parvient pas à obtenir une grossesse après 12 mois d’essais, selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). 

Les causes en sont multiples. Elles sont à la fois médicales (l'endométriose, le syndrome des ovaires polykystiques, etc.) mais aussi environnementales avec l'exposition à la pollution atmosphérique, aux métaux lourds (plomb) et aux perturbateurs endocriniens, que l’on retrouve dans l’alimentation, comme dans de nombreux produits de la vie courante (plastiques, maquillage, etc.).

Il y a aussi des causes liées au mode de vie : consommation de café, tabac, alcool, drogue, qualité du sommeil, manque d’activité physique, obésité ou maigreur… Ainsi que des causes sociétales avec un âge moyen au premier enfant qui s'élève désormais à 31,2 ans.

Résultat : les couples sont de plus en plus infertiles. Une analyse publiée en 2017 par l’épidémiologiste Shanna Swan révèle que la concentration de spermatozoïdes a diminué de 50 % en moins de quarante ans chez les hommes d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Australie.


Même à 40 ans, on peut bénéficier de la PMA (procréation médicalement assistée). 

VRAI et FAUX. Si les centres français de PMA acceptent en théorie les couples hétérosexuels mais aussi les couples de femmes et les femmes célibataires (lois de bioéthique de 2021), ils restent saturés, notamment en Île-de-France. L’hôpital Antoine-Béclère à Clamart (92) affiche ainsi un délai d’attente de 6 à 12 mois, avant d’obtenir un rendez-vous en AMP, ce qui retarde le processus. 

Or, le temps est compté, notamment pour les couples qui démarrent leur projet après 30 ans. Car il faut avoir en tête que la PMA est un parcours long et éprouvant. Une étude de l’Institut national d’études démographiques (INED) de 2016 portant sur plus de 6 500 couples ayant commencé un parcours de fécondation in vitro (FIV) montrait que 48 % seulement étaient, huit ans plus tard, devenus parents grâce à un traitement de l’infertilité. Une réussite très modeste…

Résultat : si la limite d’âge est fixée en théorie à 43 ans par la Sécurité sociale (et 49 ans avec don d’ovocyte), sur le terrain, certains centres sélectionnent les admissions, détaille le Rapport sur les causes de l’infertilité : pas de femmes âgées de plus de 40 ans, qui ont déjà connu plusieurs échecs, avec un indice de masse corporelle supérieur à 30. 

Objectif : atteindre un taux de succès plus élevé que la moyenne – laquelle est de 27 % par cycle de FIV, selon l’Agence de biomédecine. C’est le taux d’accouchements issus de transferts d’embryons frais ou congelés rapportés au nombre de ponctions d’ovocytes. Une proportion très faible… 
« Malgré les traitements, le risque de rester sans enfant est multiplié par 2 à 35 ans et par 6 à 40 ans », note le rapport sur les causes de l’infertilité.

Il est possible d’aller facilement à l’étranger.  

VRAI. Si l’infertilité d’une femme est liée au vieillissement de ses ovocytes, les chances de succès d’une FIV (fécondation in vitro) sont faibles : il peut alors être nécessaire d’avoir recours à un don d’ovocyte, un don de sperme, ou bien les deux. 
Si avec la promulgation de la loi de bioéthique en 2021, la PMA est désormais accessible en France à toutes les femmes, dont les femmes seules ou homosexuelles qui se rendaient à l’étranger autrefois, le phénomène se poursuit : partir en Belgique, en Espagne… permet de bénéficier de délais plus rapides, avec un remboursement, sous certaines conditions, par le Centre national des soins à l’étranger. 
C’est aussi une possibilité pour les patientes refusées par les centres de PMA en France (pour des questions d’âge notamment).

Attention : « tous les pays n’imposent pas les mêmes règles et standards aux pratiques liées à l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP), ce qui peut avoir des conséquences sur la qualité et la sécurité des soins », écrit l’Agence de la Biomédecine.

En France, on rembourse 4 essais de FIV. 

VRAI. Fécondation in vitro, insémination artificielle intra-utérine avec sperme du conjoint, stimulation ovarienne… En France, 4 essais de FIV et 6 essais d’insémination artificielle peuvent être remboursés, jusqu’à l’âge de 43 ans, à 100 % par la Sécurité sociale - ce qui n’est pas le cas ailleurs. 
Avec environ une chance sur quatre en moyenne d’aboutir à une naissance grâce à une aide à la procréation, il faut souvent plusieurs tentatives pour faire un enfant. Peu de couples en réalité le font : un couple sur quatre arrête après le premier échec de FIV, selon une étude de l’Institut national d’études démographiques (INED) de 2016. 

À noter : il faudra parfois envisager des dépassements d’honoraires dans les centres privés de PMA.

La PMA, c’est une grossesse ultra-médicalisée.

VRAI et FAUX. Les grossesses consécutives à une AMP sont davantage médicalisées quand s’il s’agit d’une grossesse multiple Au vu des faibles résultats des fécondations in vitro, les centres de PMA transfèrent, depuis les années 1990, 1, 2, 3 ou 4 embryons, aboutissant parfois à des « grossesses multiples » qui doivent être davantage suivies. Malgré une tendance à la baisse, elles représentent encore 40 % des grossesses obtenues via une FIV en 2019.

C’est ce qui explique les résultats d’une enquête parue en février 2022 dans le Journal of the American Heart Association qui a estimé qu’il y avait 26 % de risques en plus d’avoir une naissance prématurée après une conception par PMA. Les femmes sont en effet plus âgées et présentent plus de comorbidités (endométriose, fibromes…) ayant fragilisé l’utérus.

« Il est important que les femmes sachent que le traitement de la fertilité comporte un risque plus élevé de complications pendant la grossesse, qui nécessitent une surveillance étroite, en particulier pendant l’accouchement », écrit l’autrice principale de l’étude Docteur Pensee Wu.

Il n’y a aucune chance d’avoir un enfant naturellement, après un premier enfant conçu par PMA. 

FAUX. C’est au cas par cas. Tout dépend des causes de l’infertilité, de l’âge du couple parental, de leur histoire et de leur santé. On ne l’explique pas, mais certains couples arrivent à concevoir naturellement une nouvelle grossesse après avoir été accompagnés en PMA pour la précédente. 

Mais beaucoup de couples n’en sortent pas indemnes : le parcours pouvant générer angoisse, perte d’estime de soi, dépression… Ce qui mène, parfois, à la séparation. D’où la nécessité de se faire aider aussi par un psychologue ou un psychiatre. 
 

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