Asthme : quels signes d’alerte et quelle prise en charge ?

Publié le

Émilie Gilmer

Temps de lecture estimé 8 minute(s)

Asthme : quels signes d’alerte et quelle prise en charge ?
© Getty Images

Sommaire

L’asthme concerne près de 4 millions de personnes en France. Favorisée par la pollution et les allergies, cette maladie inflammatoire chronique peut toutefois être maîtrisée lorsqu’on en connaît les symptômes et que l’on sait les traiter.

Quels sont les symptômes de l’asthme ?

L'asthme se traduit par une irritation chronique des bronches et un rétrécissement des voies respiratoires. « Les quatre principaux symptômes sont une toux sèche, des sifflements, des épisodes de gêne respiratoire (appelée dyspnée) et une sensation d'oppression thoracique, explique la Pr Stéphanie Lejeune, pneumo-pédiatre et allergologue. Ces symptômes peuvent être chroniques et légers mais s’aggraver progressivement ou brutalement en cas de crise d’asthme (aussi appelée exacerbation). »

Les manifestations de l’asthme sont très variables d’un individu à l’autre. Toutefois, selon le professeur Gilles Garcia, pneumologue et président de l'association Asthme & Allergies, il existe un symptôme largement partagé : la fatigue. « Lorsqu’il n’est pas correctement pris en charge, l’asthme implique une telle modification de la mécanique respiratoire que les patients sont souvent épuisés. »

Bon à savoir : « Contrairement aux idées reçues, l’asthme n’est pas seulement une maladie de l’enfance, souligne le Pr Gilles Garcia. Environ 50 % des asthmatiques voient leur asthme débuter après l'âge de 20 ans. La plupart du temps, les symptômes s’installent progressivement, mais il arrive aussi que l’asthme survienne brutalement et soit d’emblée sévère, nécessitant des traitements puissants. Inversement, on peut avoir été asthmatique enfant et vivre avec un asthme très bien maîtrisé à l’âge adulte. »

Quels sont les facteurs déclenchants de l’asthme ?

Parmi les grands facteurs d’aggravation de l’asthme, on compte les allergènes, les infections virales, l’activité physique et l’exposition à un certain nombre de « stimuli » (acariens, pollens, poils d’animaux, moisissures, tabac, pollution).

« L'environnement est un élément absolument majeur dans la vie d'un patient asthmatique car les voies aériennes supérieures (les sinus) et les voies aériennes inférieures (les bronches) sont en contact avec l'extérieur », explique le professeur Gilles Garcia, pneumologue.

Bon à savoir : « Une des caractéristiques de l’asthme est que l’apparition des symptômes est souvent saisonnière, observe la Pr Stéphanie Lejeune. Le plus souvent, les enfants asthmatiques vont mieux l'été et moins bien l'hiver. C’est lié à la présence plus importante de virus mais aussi aux pics d’humidité qui peuvent contribuer à une hyperréactivité des bronches. Par ailleurs, en hiver, on vit davantage à l’intérieur et on est donc davantage soumis aux allergènes présents dans les maisons, comme la poussière ou les moisissures. Si on est allergique aux pollens, on peut en revanche subir une recrudescence des symptômes au printemps. »

Pourquoi le nombre d’asthmatiques a-t-il bondi depuis les années 60 ?

Il n’y avait que 2 à 3 % d'asthmatiques dans les années 60 et cette proportion a explosé au fil des décennies dans tous les pays occidentaux.

Selon la Fondation pour la recherche médicale, 10 à 16 % des enfants sont concernés par l’asthme en France, et 6 % des adultes.

« Il y a deux grandes hypothèses pour expliquer cette situation, toutes deux en lien avec l’évolution de nos modes de vie, remarque la Pr Stéphanie Lejeune. La première met en cause l’exposome, c’est-à-dire l’ensemble des expositions environnementales auxquelles nous sommes soumis depuis notre conception jusqu’à la fin de nos jours. Associées à une prédisposition génétique, ces agressions favoriseraient l’apparition de maladies chroniques telle que l’asthme. La deuxième hypothèse, dite "hygiéniste", suggère que le fait de vivre dans un environnement aseptisé, d’être peu exposé aux microbes, fait dysfonctionner notre système immunitaire qui, en réponse, développe des maladies inflammatoires comme l’asthme. »

Bon à savoir : Dans certains départements, un médecin peut proposer à un patient asthmatique l’intervention à son domicile d’un conseiller médical en environnement intérieur (CMEI). « Il a pour mission d’aider le patient à identifier les polluants et allergènes susceptibles d’aggraver ou de déclencher des crises d’asthme », explique la Pr Stéphanie Lejeune. Le CMEI délivre également des conseils pour assainir son environnement, notamment pour protéger les enfants sujets à l’asthme :

  • aérer son intérieur chaque jour, pendant au moins trente minutes ;
  • se doter d’un système de ventilation efficace pour éviter la prolifération des moisissures ;
  • aspirer régulièrement tapis, rideaux et moquettes ;
  • protéger les matelas et les oreillers à l'aide de housses antiacariennes ;
  • ne pas fumer à l’intérieur de la maison ;
  • limiter l'exposition aux animaux domestiques ;
  • éviter les environnements confinés.

Comment le diagnostic est-il posé ?

« L'asthme peut se détecter dès le plus jeune âge, remarque la Pr Stéphanie Lejeune, pneumo-pédiatre et allergologue. Le diagnostic est posé quand un enfant, quel que soit son âge, a connu plusieurs épisodes de sifflements, chaque fois qu’il a été atteint d’un virus par exemple. »

D’autres arguments peuvent appuyer ce diagnostic : la présence d’un terrain allergique et le fait d’avoir écarté tout autre diagnostic. « L’une des recommandations est de réaliser une radiographie du thorax afin d’éliminer d’autres causes », ajoute l’experte.

Chez l’enfant plus grand comme chez l'adulte, le diagnostic est complété par un test de souffle (spirométrie). « On peut réaliser cet examen à partir de 3-4 ans et une mesure de tous les volumes pulmonaires (EFR(1)) à partir de 6-7 ans, précise la Pr Stéphanie Lejeune. On recherche une obstruction bronchique. Attention néanmoins, on peut avoir de l’asthme, voire un asthme sévère, avec une fonction respiratoire normale. »
 

Bon à savoir : « Un enfant asthmatique peut faire du sport, c'est même recommandé, remarque la pneumo-pédiatre Stéphanie Lejeune. Cependant, les encadrants doivent être informés du terrain asthmatique de l’enfant et de la marche à suivre en cas de crise. À l’école, un Projet d’accueil individualisé (PAI(2)) doit être établi. »

Comment l’asthme est-il pris en charge ?

« La prise en charge d’un asthmatique repose sur deux volets : le traitement de fond, qui est un traitement préventif des symptômes de l’asthme, et le traitement d’urgence (lire l’encadré), explique le Pr Gilles Garcia, pneumologue et président de l'association Asthme & Allergies. Le traitement de fond, à base de corticoïdes inhalés, vise à réduire les symptômes au maximum. Il est important de le suivre, même si l’on se sent bien ou mieux, car c’est lui qui diminue l'inflammation et donc les poussées d'asthme. »

Les corticoïdes inhalés sont beaucoup plus faiblement dosés que les corticoïdes oraux et, très bien tolérés, même sur le long terme.

Bon à savoir : Depuis une vingtaine d'années, de nouveaux médicaments ont été développés en direction des asthmatiques les plus sévères, qui constituent une faible proportion des asthmatiques (moins de 5 %), soit entre 130 000 et 150 000 patients en France. « Il s’agit de biothérapies, sous forme d’injections sous-cutanées, qui permettent une diminution spectaculaire des symptômes et des crises », précise le Pr Gilles Garcia

(1)    Exploration fonctionnelle respiratoire.
(2)    Il s’agit d’un document écrit qui précise les adaptations à apporter à la scolarité et/ou les traitements médicaux pour un enfant atteint d’un trouble de la santé. Selon le site du ministère de l’Éducation nationale, l'asthme et l'allergie sont à l'origine de 63 % des PAI demandés.

Que faire quand l’asthme s’aggrave ?

L’asthme demeure encore aujourd’hui une maladie mortelle. On dénombre en France près de 900 morts chaque année. « Quand on meurt d’un asthme, c’est que la gravité de la situation a été mal identifiée, par le patient ou par le médecin, souligne le Pr Gilles Garcia. C’est pourquoi, il est primordial que chaque patient apprenne à reconnaître les signes de gravité (par exemple, une toux sèche qui dure, s’amplifie et provoque des réveils nocturnes, une oppression dans la poitrine de plus en plus marquée) afin de prendre les bonnes décisions.

« Plus le patient est compétent, plus il est autonome pour agir et éviter les consultations d’urgence ou les hospitalisations. Il est donc impératif que chaque personne asthmatique possède un plan d'action individualisé. » Les mesures d’urgence comprennent deux volets :

  • Un traitement anti-inflammatoire (cortisone). « Il est indispensable lorsque l’asthme se complique, observe l’expert. On prescrit en général cinq à sept jours de cortisone sous forme de comprimés. »
  • Un traitement bronchodilatateur. C’est lui qui va permettre de rouvrir les bronches. « Quand l'asthme s’aggrave, on peut l’utiliser sans danger plusieurs fois par jour, précise le Pr Gilles Garcia. Ce n’est pas le bronchodilatateur qui est dangereux, c’est l’asthme ! » En revanche, il faut avoir à l’esprit qu’il s’agit d’une solution transitoire, qui ne doit pas être utilisée quotidiennement sur une longue durée.

Rédigé par

  • Émilie Gilmer

    Journaliste spécialisée sur les questions de santé, éducation et société.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.
Tous les champs sont obligatoires.

Ce site utilise un système anti- spams pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

A lire aussi

  • De nouveaux traitements contre l’asthme sévère

    Maladies et traitements

    Difficile à contrôler, l’asthme sévère concerne 6 % des asthmatiques et perturbe considérablement leur qualité de vie. Mais de nouveaux traitements comme les biothérapies permettent à ces malades d’entrevoir le bout du tunnel, comme l’explique...

    De nouveaux traitements contre l’asthme sévère
  • Asthme : peut-on faire du sport malgré tout ?

    Activité physique

    Contrairement à un préjugé tenace, on peut tout à fait pratiquer un sport lorsque l’on est asthmatique. C’est même vivement conseillé, à condition de prendre quelques précautions. En voici quelques-unes afin de profiter des bienfaits de l’activité...

    Asthme : peut-on faire du sport malgré tout ?
  • De la toux aiguë à la toux chronique : ce qu’il faut savoir

    Maladies et traitements

    La toux est un mécanisme naturel de protection des voies respiratoires. Aiguë, elle disparaît en quelques semaines. Chronique, elle peut être due notamment à de l’asthme ou à une rhino-sinusite chronique. Mais parfois, il s’agit d’une maladie...

    De la toux aiguë à la toux chronique : ce qu’il faut savoir