Changement d’heure : mieux s’y préparer pour en réduire les effets
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Le changement d’heure dérègle notre horloge biologique
Vrai. « Chacun d’entre nous possède une horloge interne située dans le cerveau, qui programme, contrôle et coordonne les besoins quotidiens de l’organisme (se lever, se coucher, déjeuner, dîner…) sur un cycle de 24 heures, explique Sylvie Royant-Parola, psychiatre et présidente d’honneur du Réseau Morphée (1). Or, avec le changement d’heure, on perturbe cette organisation et on impose à notre horloge interne de se recaler. »
Si l’on a longtemps considéré qu’une seule heure de décalage n’avait pas de réelles conséquences sur l’organisme, différentes études montrent désormais qu’au contraire, ce dérèglement fragilise son fonctionnement. Comme le rappelle l’Inserm, « le changement d’heure peut induire des effets néfastes sur notre santé : troubles du sommeil, de la vigilance, accidents du travail et de la route, irritabilité, troubles de l’attention, difficultés de mémorisation et déshydratation, troubles digestifs… ».
Le passage à l’heure d’été est plus néfaste que le passage à l’heure d’hiver
Vrai. Le passage à l’heure d’été (le dernier dimanche du mois de mars) est plus difficile à supporter pour notre organisme. La première explication est qu’en avançant notre montre d’une heure, nous « perdons » une heure de sommeil, ce qui crée, chez la plupart d’entre nous, une dette de sommeil. « La seule exception est celle des "couche-tôt/lève-tôt", dont l’horloge biologique est plus rapide que la moyenne et qui s’adaptent donc plus facilement à ce changement », indique Claude Gronfier, chronobiologiste à l’Inserm et président de la Société française de chronobiologie.
La deuxième explication est qu’avec le passage à l’heure d’été, nous nous décalons encore davantage par rapport à l’heure du soleil. « L’heure d’hiver est déjà décalée d’une heure, rappelle l’expert. Avec l’heure d’été, cet écart passe à deux heures, ce qui accentue la désynchronisation de notre horloge biologique. » Par exemple, la luminosité du soir (induite par le changement d’heure) empêche l’installation de la somnolence et repousse notre envie d’aller nous coucher. « La conséquence est que nous nous endormons trop tard par rapport à ce qui serait souhaitable pour notre organisme », précise Claude Gronfier.
Les Français ne dorment pas assez
L’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV) observe une dégradation continue du sommeil des Français, liée notamment à la surexposition aux écrans en soirée. « La recommandation internationale chez l'adulte, y compris chez l'adulte âgé, se situe entre 7 à 9 heures de sommeil par nuit, indique Claude Gronfier, chronobiologiste. On considère même, qu'en grande majorité, les êtres humains ont besoin de plus de 8 heures de sommeil par nuit. »
Or, selon la dernière enquête annuelle sur le sommeil (1), révélée en mars 2025, les Français dorment en moyenne 7 h 04 en semaine et 7 h 38 le week-end. Par ailleurs, un quart d’entre eux n’atteignent pas les 6 heures.
(1) Enquête Opinionway 2025 pour l’INSV/Fondation VINCI Autoroutes.
Le nombre d’infarctus et d’AVC augmente dans les jours qui suivent le passage à l’heure d’été
Vrai. Plusieurs études ont démontré une augmentation des cas d’infarctus du myocarde et d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) dans les jours suivant le changement d’heure.
« Même si les mécanismes ne sont pas encore connus avec précision, le phénomène commence à s’expliquer, indique Claude Gronfier, chronobiologiste. On sait notamment que le sommeil est très impliqué dans la régulation du système cardio-vasculaire, tout comme l’horloge biologique qui en contrôle différents aspects (la contraction du muscle cardiaque par exemple). Or, la combinaison d’un manque de sommeil et d’un dérèglement de l’horloge interne pourrait favoriser ce genre d’accidents. »
Il existe un consensus scientifique autour de la nécessité de stopper le changement d’heure
Vrai. « Toutes les sociétés de chronobiologie et de médecine du sommeil s’accordent sur ce point et appellent les pouvoirs publics à une prise de conscience », note le chronobiologiste Claude Gronfier. Au niveau européen, une directive avait d’ailleurs été adoptée en 2019, prévoyant que les États membres suppriment le changement d’heure à l’horizon 2021. Pourtant, depuis, les discussions semblent bloquées et la proposition n’est jamais réapparue dans les débats.
Ce statu quo provoque la colère des spécialistes, d’autant plus que l’argument économique à l’origine du changement d’heure est aujourd’hui largement contesté. Pour rappel, il avait été instauré en septembre 1975 (à la suite du choc pétrolier de 1973) dans le but de réaliser des économies d’énergie, puisqu’il réduit les besoins d’éclairage en soirée. « Les études démontrent que l’impact sur la consommation est en réalité négligeable », remarque Sylvie Royant-Parola, psychiatre et spécialiste du sommeil.
« Par ailleurs, si on met en balance les "économies" réalisées et les coûts sanitaires à l’échelle individuelle et collective (c’est-à-dire la prise en charge des pathologies par la Sécurité sociale), le choix de stopper le changement d’heure apparaît évident, ajoute Claude Gronfier. Encore faut-il informer les décideurs et le grand public en leur posant la bonne question. Souvent, quand on demande aux gens leur "préférence", ils privilégient l’heure d’été, mais il y a une confusion : c’est en réalité une préférence pour l’été (et non pour l’heure d’été). Surtout quand on sait qu’en France on aura toujours 8 heures de soleil par jour en plus en été qu’en hiver, que l’on change d’heure ou non. »
Les enfants et les personnes âgées sont les plus touchés par le changement d’heure
Vrai et faux. « En période scolaire, les enfants ont de nombreux impératifs horaires à respecter, ce qui les rend vulnérables au moment du changement d’heure, indique Sylvie Royant-Parola. Par ailleurs, ils sont très sensibles à la lumière et éprouvent de grandes difficultés à trouver le sommeil lorsque la luminosité se prolonge. En général, ils ont besoin de 8 à 15 jours pour s’adapter au changement d’heure. » Même chose chez les personnes âgées, dont les rythmes quotidiens sont souvent très réguliers (voire rigides), et dont l’horloge interne aura plus de difficultés à se synchroniser.
Une autre population est largement touchée par le changement d’heure : les adolescents. « C’est une période de la vie où l’on a tendance à s’endormir plus tard et à se réveiller plus tard, et donc à prendre du retard sur son horloge naturelle, analyse Sylvie Royant-Parola. Devoir avancer son horloge et se lever une heure plus tôt le matin est très compliqué. ».
Les travailleurs de nuit et/ou « postés » sont aussi très impactés, ainsi que toutes celles et ceux qui souffrent de troubles du sommeil.
Le passage à l’heure d’hiver favorise les accidents de la route
Vrai. La Sécurité routière observe chaque année une augmentation de plus de 40 % des accidents pour les piétons en fin de journée (sur la tranche 17 heures-19 heures), les jours suivant le changement d’heure. Une hausse qui serait due à des conditions de visibilité soudainement réduites puisque la nuit tombe plus tôt, au moment des trajets professionnels et des sorties d’école, mais aussi à la dette de sommeil. De quoi appeler chacun à la plus grande vigilance…
(1) Le réseau Morphée est un réseau de santé consacré à la prise en charge des troubles chroniques du sommeil. Sylvie Royant-Parola est aussi l’autrice de « Notre sommeil, une urgence absolue » (éditions Odile Jacob).
Les conseils pour vivre au mieux le changement d’heure
Passage à l’heure d’été :
▪ Éviter les « solutions » compliquées. « On lit souvent que l’on peut s'y préparer en se couchant un quart d’heure plus tôt chaque jour durant les quatre jours qui précèdent. En vérité, les solutions trop rigides ne fonctionnent pas, indique le chronobiologiste Claude Gronfier. Prendre garde à son horaire de coucher les jours qui précèdent le changement d’heure, en favorisant une durée de sommeil suffisante (7-9 heures sont recommandées chez l’adulte), est l’option à privilégier. Car plus on aura réduit notre dette de sommeil et plus on sera à satiété de sommeil, moins le passage à l’heure d’été sera douloureux. »
▪ Instaurer un couvre-feu digital. Dans la dernière heure avant le coucher (ou au minimum la dernière demi-heure), il est nécessaire de stopper sa consommation d’écrans. « En parallèle, mon conseil est de créer un environnement lumineux propice à la somnolence, ajoute Claude Gronfier. On peut allumer les lampes de chevet, les lumières jaune orangé dont on dispose, et surtout, éteindre toutes les lampes riches en lumière bleue (LED en particulier). Toutes les études démontrent que la mise en place de ce couvre-feu digital augmente la durée de sommeil. »
▪ Veiller à son hygiène alimentaire. Il est notamment recommandé de modérer sa consommation d’excitants tels que le café, le thé et les boissons énergisantes et de ne plus en consommer après 14 heures « C’est l’un des conseils délivrés par l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV) dans le but d’améliorer l’hygiène de sommeil, précise Claude Gronfier. Cela contribue, là encore, à réduire notre dette de sommeil et à mieux vivre le passage à l’heure d’été. »
Passage à l’heure d’hiver :
▪ Faire du sport en soirée quand on est un couche-tôt. Le passage à l’heure d’hiver qui consiste à reculer notre horloge (à 3 heures, il sera 2 heures) pénalise surtout les couche-tôt qui vont avoir du mal à rester éveillés le soir et à dormir un peu plus le matin. « Pratiquer une activité physique en soirée est une des solutions pour repousser l’endormissement », indique la psychiatre Sylvie Royant-Parola.
▪ Ne pas changer ses habitudes quand on est un couche-tard. « L’erreur serait de se coucher une heure plus tard que son horaire habituel (en pensant que l’on va dormir une heure de plus le matin), note Claude Gronfier. Car durant les premiers jours, notre horloge interne risque de nous réveiller une heure plus tôt que nécessaire. »
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