Pour le meilleur : Philippe Croizon, l’histoire d’une renaissance
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« Une leçon de vie ». Ce sont les mots qui ressortent de la bouche des spectateurs qui ont assisté à l'avant-première de Pour le meilleur, le film retraçant une partie de la vie de Philippe Croizon1.
Cet ancien ouvrier métallurgiste voit sa vie basculer en mars 1994. Il avait 26 ans. Alors qu'il installe son antenne de télévision sur le toit de sa maison, il est électrocuté. Il est amputé des 4 membres. Sa rééducation dure deux ans et sur son lit d’hôpital, il voit Marion Hans devenir la première française à traverser la Manche à la nage, à 18 ans.
Il se dit alors qu’il le fera un jour. Il ne sait pourtant pas nager… C’est ce long chemin de reconstruction qu’il mène avec sa femme Suzana que l’on retrouve dans Pour le meilleur réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar, en salle depuis le 22 avril. Rencontre avec Philippe Croizon.
« Il ne pouvait pas y avoir de film sans Suzana »
Comment est venue l’idée du film ?
Philippe Croizon : Marie-Castille Mention-Schaar m’a vu dans un reportage à la télévision. Elle m’a appelé pour me rencontrer et faire un film sur ma traversée de la Manche. C’était un de mes rêves. J’avais déjà vu ses films et l’un d’eux m'avait marqué : Le ciel t’attendra. Elle est venue à la maison, elle nous a parlé du projet, elle a vu comment on vivait puis elle m’a dit « Vous, c’est bien, mais Suzana, c’est encore mieux ». J’ai validé à 1 000 %. Il ne pouvait pas y avoir de film sans Suzana, il n’y a pas d'histoire sans Suzana. Les deux font un. Marie-Castille nous a envoyé son scénario et on y a été associé avec beaucoup de bienveillance. Avant le tournage, les deux acteurs principaux sont venus en vacances une semaine à la maison pour que tout le monde s’imprègne de tout le monde. On a chanté, on a nagé… À l’origine, Pierre Rabine qui joue mon rôle n’est pas un acteur. Marie-Castille a contacté ce nageur quadri-amputé via les réseaux sociaux. Il a eu un coach pour se préparer. Et le tournage s’est déroulé dans une maison proche de la nôtre. Le premier jour, quand on a vu Lilly-Fleur Pointeaux jouer, je me suis retournée vers Suzana et je lui ai dit mais c’est toi. Ça l’a rassurée, car ce n’est pas facile de jouer un personnage vivant qui en plus te regarde. On était présent les 12 premiers jours. Parfois, je rajoutais une petite pointe d'humour au scénario initial.
« On a pleuré du début à la fin »
Qu’avez-vous ressenti en découvrant Pour le meilleur pour la première fois ?
P.C. : La première fois que l’on a vu le film, c’était un prémontage, on a pleuré du début à la fin, je me suis reconnu, Suzana aussi. Et à la fin, on pleurait à grosses larmes, en ayant même du mal à reprendre notre respiration. J’ai dit à la réalisatrice : « Tu sais, la traversée de la Manche, je l’ai vécue, mais je ne l’avais pas vue avant ce film ».
Quel moment du film vous a le plus touché ?
P.C. : On a beau lire le scénario, c’est différent quand on voit les images. Le moment le plus touchant pour moi est quand Suzana me prend le bras le plus meurtri et qu’elle me fait un bisou. Dans la vraie vie, j’ai fondu en larmes car j’avais ressenti mon bras. Il était en vie. L’amour était d’une puissance incroyable.
Au tout début du film, quand l’un de vos amis vient vous voir à l’hôpital et vous dit que vos enfants ont besoin d’un papa, ça a été un déclic pour vous ?
P.C. : C’était le premier déclic car avant il y avait eu mon père, ma mère, ma grand-mère qui avaient tenté leur chance. Mais c’est lui qui a eu cette petite phrase, ce petit déclic qui va me ramener à la vie : « tes deux garçons, ils vont avoir besoin de toi ». Et depuis, mes deux garçons et les trois filles de Suzana, c’est la tribu. D’ailleurs, une de nos petites-filles, Olivia, joue dans le film le rôle de Delphine, la plus jeune fille de Suzana.
« Le message le plus important pour moi, c’est "Ose" »
Est-ce que revivre votre histoire à travers un film a été difficile émotionnellement ?
P.C. : Ça a été dur et ça l’est encore, je l’ai vu deux fois, en prémontage puis terminé. Mais maintenant, je ne le regarde plus. Pour pouvoir répondre aux questions des spectateurs, je reste en coulisses, sinon je suis trop ému. L’accueil du film est incroyable, nous avons eu des standing ovations. Notre record ? Un débat d’1 h 30 à Orléans où les gens nous attendaient même dehors après. C’est une expérience incroyable qu’on est en train de vivre. Au départ, Suzana ne voulait faire qu’une ou deux avant-premières, elle les a finalement toutes faites.
Qu’aimeriez-vous que les spectateurs comprennent de votre parcours après avoir vu le film ?
P.C. : Il y a 1 000 messages dans ce film, chacun prendra celui qui correspond à son parcours de vie. Le message le plus important pour moi, c’est « Ose ». J’ai attendu 7 ans dans mon canapé que les gens viennent vers moi, c'est la pire des bêtises car ils ne viennent pas. C’est moi qui me suis bougé et c’est là que ma vie a vraiment changé. J’aimerais que les gens sortent de la salle en se disant qu’ils n’ont pas envie de dire cette phrase : « Ah mince, si j’avais su ». La peur et le doute sont parfois trop puissants, il faut se lâcher, il faut oser. Je suis un distributeur d'énergie positive, je « kiffe » ma vie grâce à ça. D’ailleurs ma conférence je l’appelle désormais ma conférence spectacle hybride rechargeable, parce que je recharge les batteries des gens en face de moi et je vide la mienne.
(1) Le livre du film est sorti début avril À toute épreuve. Philippe Croizon y raconte son accident, sa reconstruction avec la traversée de la Manche. Préface de Suzana Sabino. 272 pages-Editions Athaud.
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