Voyager pour les personnes à mobilité réduite, c’est possible
Publié le , actualisé le
Temps de lecture estimé 7 minute(s)
« Mes parents m’ont transmis le goût du voyage. Aujourd’hui, ça fait partie de moi, de mon quotidien », nous confie Mélanie, 31 ans. Avec sa famille, elle a voyagé en France, à l’étranger, en avion ou en train. « Toujours en fauteuil », précise-t-elle. Aujourd’hui, la jeune femme en situation de handicap poursuit les explorations. Et pour que ses expériences de voyage servent à d’autres personnes à mobilité réduite, elle partage ses conseils et bons plans sur son blog « On the wheels » (Sur des roues peut-on traduire) et sur son compte Instagram travel.on.the.wheels. Mélanie veut surtout faire passer un message : « Voyager en fauteuil roulant, c’est possible ! ».
L’accessibilité : le premier critère à vérifier
« Les acteurs des loisirs et du tourisme ont pris conscience qu’il existait une clientèle potentielle avec le public des personnes en situation de handicap et, de manière générale, avec les personnes aux besoins spécifiques comme les seniors ou les familles, explique Annette Masson, présidente de l’association Tourisme et Handicaps. Les Jeux olympiques et paralympiques ont donné un coup de booster, mais on est encore loin d’une France accessible d’un point de vue touristique. »
Selon les chiffres communiqués juste avant la tenue des Jeux de Paris 2024 par le cabinet de la ministre aux Personnes handicapées, aujourd’hui 900 000 établissements recevant du public (ERP) sur 1,8 million sont conformes à l’obligation d’accessibilité, stipulée par la loi dite handicap de 2005. En 2017, selon la Délégation ministérielle à l’accessibilité, ce chiffre était à moins de 400 000 (musées, administrations publiques, restaurants, commerces, hôtels, gares). L’accessibilité progresse, certes, mais lentement quand on sait que la loi a fêté ses 20 ans en février 2025.
De plus, si certains établissements se déclarent accessibles, la réalité peut s’avérer tout autre. Une chambre d’hôtel peut l’être mais pas sa salle de bain. Une base de loisirs est aménagée pour accueillir tous les publics, toutefois les transports adaptés pour s’y rendre sont inexistants. Ou encore l’entrée dans un musée peut être accessible mais pas ses expositions. Pour les touristes en situation de handicap, la plus grande préoccupation est donc de « s’assurer que le lieu où ils se rendent est véritablement accessible, les informations ne sont pas toujours complètes », précise Annette Masson.
Recherches d’un lieu et prises de contact
La préparation de son séjour est donc indispensable, pour éviter les mauvaises surprises, en sachant que les besoins sont différents d’une personne à l’autre.
Mélanie, l’autoproclamée « exploratrice à roulettes » a une organisation bien rodée. Que ce soit pour les transports, l’hébergement ou les activités sur place, elle vérifie tout avant son départ. Elle consulte les sites Internet de chaque lieu auquel elle souhaite se rendre, en se référant à la page dédiée aux personnes en situation de handicap ou à la FAQ (Foire aux questions). Elle conseille aussi de vérifier les tarifs, bien souvent des billets à prix réduits sont proposés aux personnes à mobilité réduite et à leurs accompagnants. « Si cela ne suffit pas, j’envoie des emails, je passe des coups de téléphone », précise-t-elle.
Pour les hébergements, elle vérifie chacune des photos pour s’assurer de l’accessibilité effective. Elle recoupe aussi ses informations avec d’autres sources, en particulier les blogs officiels et comptes Instagram de voyageurs en situation de handicap.
Pour ce qui est des transports, elle pense bien à réserver la prestation d’assistance pour les personnes à mobilité réduite en avance. Ce service est gratuit. « Mais ce n’est pas automatique avec la réservation d’un billet, souligne-t-elle. La démarche se fait à part. Elle diffère en fonction des compagnies de train, d’avion et même des aéroports », détaille-t-elle.
Selon ses estimations, son temps de préparation pour un voyage est le triple de celui d’une personne sans handicap. « Je veux que mes expériences servent à d’autres personnes. Je trouve injuste que des personnes à mobilité réduite s'empêchent de voyager parce qu’elles n’ont pas le temps, la connaissance ou peur de la complexité de cette organisation », souligne-t-elle.
Comme tous les blogueurs et instagrammers handitouristes, Mélanie fait part de ses bonnes adresses, de ses expériences sur place, tout en donnant un maximum de détails et de photos.
Labels, guides, blogs, sites, Instagram…
D’autres outils existent aussi. Le label d’État Tourisme & Handicap identifie des lieux comme véritablement accessibles sur au moins deux des quatre familles de handicap (handicap auditif, mental, moteur et visuel). « Ce label repose sur la vérification des informations et non sur du déclaratif », souligne la présidente de l’association. Fin 2024, un peu plus de 6 000 établissements sont labellisés en France métropolitaine et dans les DOM-TOM.
Lancé en 2013, le label Destination pour tous va plus loin encore. Il met à l’honneur les territoires où la mobilisation de tous les acteurs publics et privés locaux permet l’inclusion. Bordeaux, Amiens, Dunkerque, Toulouse, Nîmes et Balaruc-les-Bains sont les premières villes labellisées. Fin 2024, une dizaine de territoires sont labellisés. « Leur nombre a du mal à progresser, commente Annette Masson. Un territoire qui se lance dans le chantier nécessite deux ans de travail. »
Le label handiplage garantit quant à lui l’aménagement de plages françaises pour accueillir les différents publics.
Pour préparer son voyage, citons encore les guides touristiques dédiés, comme le Petit Futé « Handitourisme » qui offre conseils et bonnes adresses pour séjourner en France et à l’étranger ou encore le Michelin « Vacances accessibles en France », publié au printemps 2024. « Aujourd’hui, les éditeurs proposent des guides touristiques pour valides et d’autres spécifiques pour les personnes à mobilité réduite. Nous demandons des guides inclusifs pour tous. Pourquoi une personne en situation de handicap devrait-elle acheter deux guides ? », s'insurge-t-elle.
Il existe aussi des agences de voyages spécialisées pour l’organisation de voyages clé en main adaptés. Mais ces voyages organisés sur-mesure ne sont pas accessibles à toutes les bourses.
Appli accessibilité tout-en-un
Les outils numériques comme Jaccede peuvent être utiles pour faciliter les loisirs et les sorties au restaurant par exemple. Leur force : les avis et commentaires des utilisateurs et les outils de géolocalisation. La plateforme Toolib permet quant à elle de trouver un logement touristique adapté à son handicap, c’est une sorte de « Airbnb handi ». On peut aussi y réserver un véhicule ou du matériel adapté. « Là encore c’est du déclaratif, commente Annette Masson.
Cela dit, certains sont labellisés Tourisme et handicap. Et l’équipe Toolib travaille sur les vérifications. »
La dernière des applis consacrée à l’accessibilité se nomme « VIP », pour « very important parking ». Elle a été lancée début 2024 par Philippe Croizon - le célèbre athlète, aventurier, chroniqueur, amputé des quatre membres - et son ami Philippe Garot. VIP est au départ une application mobile collaborative pour faciliter la localisation des stationnements réservés aux personnes à mobilité réduite.
Depuis, le recensement de ses données a été élargi à tous les lieux accessibles : les commerces, les salles de sport, les plages, les lieux touristiques etc. En particulier, sur ce dernier point, l’appli est alimentée par la base de données Tourisme & Handicap et celle d’Handiplage. De plus, des contributeurs peuvent également déclarer un lieu accessible, simplement, depuis l’appli. « Cet outil tout-en-un répond à un besoin. Il recense de manière exhaustive tous les lieux selon leur accessibilité », affirme Thierry Garot. L’appli, gratuite pour les citoyens, enregistre 100 à 200 nouveaux utilisateurs par jour. Entre mars 2024 et fin novembre 2024, elle a été téléchargée 50 000 fois.
Mais il n’y a pas que le numérique qui apporte des solutions innovantes pour favoriser l’accessibilité. Il existe désormais de nouveaux guides audio avec boucle magnétique intégrée, pour l’accessibilité des personnes malentendantes. De son côté, l’impression 3D permet de fabriquer des objets tactiles utilisés dans les expositions des musées.
« Ces technologies font avancer l'accessibilité », observe Mélanie, la globe-trotteuse. Elle garde le Costa-Rica, comme un de ses plus beaux souvenirs de voyage. « J’ai fait de la tyrolienne, au milieu de la forêt tropicale. Jamais je n’aurais pensé pouvoir faire une telle activité en tant que personne à mobilité réduite. C’était dingue ! » Alors prêt à voyager ?
Commentaires