5 idées reçues sur l’illettrisme

Publié le

Émilie Gilmer

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5 idées reçues sur l’illettrisme
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Malgré les campagnes de sensibilisation, l’illettrisme fait encore souvent l’objet de stéréotypes et de fausses croyances. Une meilleure connaissance de ses origines et de ses ressorts est pourtant le premier levier d’un combat efficace.

En France, l’illettrisme est devenu marginal

Faux. Selon l’Observatoire national de l'illettrisme et de l'illectronisme(1), une personne sur dix (parmi les 18-64 ans qui ont suivi une scolarité en France) est en forte difficulté dans au moins une des compétences de base : identifier les mots, comprendre le texte, écrire et compter.

À noter aussi que les générations les plus âgées restent les plus en difficulté car elles ont généralement été scolarisées moins longtemps. Toutefois, les jeunes sont également concernés par l’illettrisme. Ainsi, parmi les personnes en forte difficulté, 25 % ont entre 18 et 29 ans(2).

Il est impossible de prévenir l’illettrisme

Faux. Installer des habitudes de lecture dès le plus jeune âge (via la lecture du soir, par exemple) constitue une parade efficace à l’illettrisme. Différents événements autour de la lecture existent sur le territoire, qui contribuent aussi à cette prévention.

L’opération Des Livres à soi, créée par le Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis, invite les parents en situation d'illettrisme ou d'analphabétisme à bénéficier d'ateliers et de sorties autour de la littérature jeunesse. L’idée est de leur donner la confiance nécessaire pour partager des livres avec leurs enfants âgés de 0 à 6 ans. En 2023, l’opération s’est déployée dans 138 villes de 18 régions.

Les personnes en difficulté vivent en majorité dans les grandes villes

Faux. Tous les territoires sont impactés. Toujours selon l’Observatoire national de l'illettrisme et de l'illectronisme, il est même à noter que 66 % des personnes en forte difficulté avec les compétences de base vivent en dehors des grandes villes : 32 % dans des villes moyennes et 34 % en zone rurale.

Lorsque l’écriture, la lecture et le calcul sont acquis, c’est pour la vie

Faux. « On sait que certaines personnes sortent du système scolaire avec des bases fragiles, explique Élise Bernert, responsable de l'Observatoire national de l'illettrisme et de l'illectronisme. Or, lorsque ces compétences sont insuffisamment mobilisées dans la vie de tous les jours, une érosion des compétences peut se produire avec le temps et les difficultés apparaissent. »

Des solutions existent néanmoins afin de maintenir un lien avec les savoirs de base. La démarche Facile à lire (FAL), déployée par de nombreuses bibliothèques sur le territoire, en fait partie. L’idée est de proposer un espace bien identifié qui met à disposition des livres sélectionnés pour leur facilité d’accès, de façon à entretenir la pratique de la lecture.

Seuls les « sans diplômes » sont concernés

Faux. Certes, les études démontrent que les personnes sans diplôme sont sur-représentées parmi les populations en forte difficulté avec les compétences de base. Toutefois, les enquêtes de l’Insee indiquent aussi que 18 % des personnes en situation d’illettrisme possèdent un bac général ou technologique, 11 % un bac professionnel et 41 % ont obtenu un CAP, BEP ou équivalent.

(1)    « Illettrisme et innumérisme, 1 adulte sur 10 en forte difficulté », Observatoire de l’illettrisme et de l’illectronisme (septembre 2024). Toutes les données de cette publication sont produites à partir du module « compétences » de l’enquête FLV (Formation tout au Long de la Vie), réalisé par l'Insee. L’enquête a été réalisée entre septembre 2022 et mars 2023 par le réseau d’enquêteurs Insee. 16 200 personnes ont été interrogées pour le volet « compétences » à l’échelle nationale.
(2)    « 1 jeune sur 10 est en forte difficulté avec les compétences de base », une photographie des jeunes de 16-29 ans, Observatoire de l’illettrisme et de l’illectronisme (septembre 2025).

Quels sont les signaux faibles ?

Les personnes en situation d’illettrisme ont tendance à dissimuler leurs difficultés à leur entourage, ce qui renforce leur sentiment de solitude.

« Il existe pourtant des indices qui révèlent qu’une personne a besoin d’aide, remarque Élise Bernert, responsable de l'Observatoire national de l'illettrisme et de l'illectronisme. Par exemple, un individu qui prétexte régulièrement avoir oublié ses lunettes pour éviter de lire un document ou qui demande souvent que l’on écrive à sa place parce qu’il se sent fatigué ou qu’il a des douleurs à la main. » Cela peut être aussi une personne qui évite systématiquement certaines situations : participer à une formation, se rendre dans un lieu nouveau ou accepter une proposition de sortie culturelle.

Rédigé par

  • Émilie Gilmer

    Journaliste spécialisée sur les questions de santé, éducation et société.

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