Activité physique adaptée : quels bénéfices contre le cancer ?
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On imagine rarement une personne malade d'un cancer pratiquer une activité physique régulière. D'ailleurs, plus de la moitié des patients qui reçoivent un diagnostic de cancer réduisent ou arrêtent leur pratique sportive, selon une enquête de la Haute autorité de santé (HAS). Pourtant la science prouve aujourd’hui les bienfaits thérapeutiques de l'activité physique adaptée, à tel point qu'elle est recommandée et même prescrite par des médecins.
« C’est une idée reçue qui a la vie dure, constate Jean-Marc Descotes, cofondateur de la CAMI sport & cancer et ex-sportif de haut niveau. Il existe aujourd’hui une vraie littérature scientifique qui montre que non seulement, l'activité physique n’est pas déconseillée mais elle est recommandée. Celle-ci est bonne pour le patient, et cela va bien au-delà de simplement "garder le moral" comme on l’entend encore. »
APA : une efficacité prouvée scientifiquement
L'activité physique a un véritable effet thérapeutique démontré, pendant et après les traitements classiques contre le cancer (chimiothérapie, radiothérapie). Une étude publiée en 2025 a ainsi montré une réduction de 28 % du risque de récidive et de 37 % du risque de décès chez les patients atteints de cancer du côlon de stade II ou III, grâce à un programme d'activité physique structuré.
Une autre étude démontre que le risque de mortalité diminue de 34 à 50 % chez les femmes atteintes d’un cancer du sein localisé pratiquant une activité physique suffisamment soutenue et régulière, d’au minimum 2 h 30 par semaine. Enfin, on observe une baisse significative du risque de récidive dans les cancers hormono-dépendants (sein, prostate, endomètre), selon l'étude de la Haute Autorité de santé.
Pourquoi l'activité physique est-elle bénéfique ?
« Les cellules cancéreuses se multiplient et induisent une augmentation de la taille de la tumeur notamment sous l’impulsion de différentes hormones comme les œstrogènes, l’insuline ou encore les adipokines, décrypte l'Inserm. Or ces hormones sont émises en partie par les tissus graisseux. En contribuant à faire diminuer la masse de graisse abdominale, l’activité physique peut donc entraîner une baisse du taux de ces hormones et freiner la croissance des cellules tumorales. »
Des études expérimentales ont également montré que les muscles sont capables de produire des substances appelées myokines ayant une activité anti-tumorale dans le cadre des cancers du côlon et du sein. Diminuer la masse graisseuse au profit de la masse musculaire en pratiquant une activité physique peut donc s’avérer bénéfique.
En outre, l'activité physique permet de réguler les cycles du sommeil, de diminuer le stress en libérant des endorphines (surnommées « les hormones du bien-être »), et de contrer la fatigue chronique liée aux traitements contre le cancer. On observe ainsi une diminution de près de 50 % de la fatigue et de 2 à 5 fois du risque de dépression.
La pratique régulière d'un sport diminue aussi le risque de récidive de 30 à 50 % selon les cancers. Les plus concernés par cette baisse des récidives sont les cancers du sein, du côlon et de la prostate. En effet, le sport régule le taux de sucre dans le sang et diminue l'inflammation chronique de l'organisme, tout en boostant le système immunitaire.
Quelle activité physique choisir ?
Pas la peine de se précipiter seul dans l'exercice intense d'un sport à l'annonce d'un cancer. Ces études traitent de l'activité physique adaptée (APA), une pratique encadrée par médecins et professionnels. L'APA ne se substitue évidemment pas « aux traitements classiques » contre le cancer (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie). Mais elle est maintenant reconnue par la Haute Autorité de santé (HAS) comme une thérapie complémentaire et prescrite sur ordonnance.
« On peut intégrer l’activité physique comme un traitement dans le parcours du patient, insiste Jean-Marc Descotes de l’association CAMI sport & cancer. Ainsi il peut y avoir, une fois le diagnostic de cancer posé, une consultation pour faire un bilan des capacités physiques. Ensuite, on peut prescrire l’activité à pratiquer auprès de professionnels du sport-santé ». Proposer de tels parcours coordonnés est d'ailleurs la mission de la Cami, association reconnue d’intérêt général.
Qu'est-ce que l’activité physique adaptée ?
L'activité physique adaptée (APA) est « destinée aux personnes qui ne se sentent pas capables de pratiquer une activité sportive en autonomie et qui nécessitent un accompagnement personnalisé et progressif dans un cadre sécurisé », selon l'Assurance maladie.
La Haute Autorité de santé (HAS, 2022) a publié un guide de prescription médicale d’activité physique adaptée (APA) pour les patients en oncologie. Elle considère l’activité physique (AP) comme un pilier des soins de support et explique que « les patients atteints d’un cancer peuvent bénéficier d’une consultation médicale d’AP avant de commencer un programme d’APA d’intensité au moins modérée ».
Ceux-ci peuvent faire un bilan complet auprès d’un médecin – généraliste ou oncologue- formé à ces problématiques avant de se tourner vers des organismes ou professionnels spécialisés dans le sport-santé (associations, éducateurs sportifs, ou masseur-kinésithérapeute, ergothérapeute et psychomotricien, qui sont des professionnels de santé ; soit un enseignant APA qui n’est pas un professionnel de santé, mais qui est titulaire au minimum d’une licence mention STAPS « activité physique adaptée et santé ». )
Quels sports pratiquer avec et après un cancer ?
Les sports qui allient un effort « cardio » modéré et du renforcement musculaire doux sont les plus adaptés : la marche régulière et dynamique, la gym douce, le yoga adapté, la natation ou l'aquagym… La musculation est possible et même conseillée durant une chimiothérapie, mais avec des charges adaptées et sans chercher la performance. L'objectif est de maintenir la masse musculaire pour « minimiser les effets indésirables liés à la toxicité de la chimiothérapie », précise Jean-Marc Descotes, cofondateur de la CAMI sport & cancer.
Attention à éviter les sports de contact en raison des risques de coup et de saignement, les activités à fort risque de chute ou les charges lourdes en cas de métastases osseuses.
Dans tous les cas, voyez avec un professionnel du sport-santé qui fera un plan personnalisé d'activité physique adaptée. Les besoins varient selon la zone touchée par le cancer et les chirurgies subies.
Comment se déroule un programme d'activité physique adaptée ?
Un programme d’APA à visée thérapeutique se compose de deux à trois séances d’activité physique par semaine, sur une période de trois mois, éventuellement renouvelable. Chaque séance d’APA dure entre 45 et 60 minutes et associe des activités d’endurance, d’aérobie et de renforcement musculaire. Il doit y avoir au moins un jour de repos entre les séances.
L'Assurance maladie ne le prend pas en charge mais certaines complémentaires santé proposent des forfaits. Certaines collectivités locales ou associations (comme la CAMI) proposent aussi des aides. Mais depuis mai 2026, précise la Cami, « un arrêté du ministère de la Santé officialise les modalités de prise en charge de séances d’activité physique adaptée (APA) pour les personnes traitées pour un cancer, dans le cadre d’une expérimentation nationale de deux ans. Déployé en Bretagne, en Nouvelle-Aquitaine et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, ce dispositif marque une étape majeure. Pour la première fois, l’activité physique adaptée entre, sous une forme financée, dans le parcours de soins des patients atteints de cancer. » La Cami espère que ces premiers dispositifs (…) préparent les conditions d’une généralisation nationale pérenne de la prise en charge de l'APA.
Où trouver un programme près de chez soi ?
Les Maisons Sport-Santé (MSS), présentes partout en France, sont constituées de professionnels de la santé et du sport. Elles ont pour but de prendre en charge et d’accompagner les publics vers une pratique d’activité physique durable, grâce à des programmes sport-santé personnalisés. Le site de la Cami propose aussi une carte des séances de sport santé par région.
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