5 questions pour mieux comprendre le nouveau Nutri-Score
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Qu’est-ce que le Nutri-Score ?
C’est un logo que l’on retrouve sur certains produits alimentaires, sur la face avant des emballages. Le Nutri-Score existe depuis octobre 2017 en France. Il a été mis en place par Santé publique France (1), à la demande du ministère de la Santé qui souhaitait créer un système d’étiquetage nutritionnel pour les consommateurs. Son mode de calcul se fonde sur les travaux de l’équipe de recherche du Pr Serge Hercberg (2) (lire aussi son point de vue) et sur l’expertise de l’ANSES et du Haut Conseil de santé publique (HCSP).
Il complète les autres informations présentes sur les emballages, comme la liste des ingrédients ou le tableau des valeurs nutritionnelles, mais il se veut plus simple à comprendre.
Le Nutri-Score est composé de 5 lettres (de A à E) et de 5 couleurs (du vert foncé à l’orange foncé). Les produits notés A (vert) ont une bien meilleure qualité nutritionnelle que ceux notés E (orange). « On peut tout à fait consommer ceux notés D ou E, mais de préférence en petite quantité ou moins fréquemment », précise Pauline Ducrot, chargée d'expertise à Santé publique France, au sein de l'unité Alimentation et activité physique.
Le Nutri-Score prend en compte, pour 100 g ou 100 ml de produit, des éléments dont la consommation est bénéfique sur le plan nutritionnel (comme les protéines, les fibres, la présence de fruits, de légumes ou de légumes secs) et des éléments moins favorables (comme les calories, les acides gras saturés, le sel et le sucre).
« En fonction de ces différentes informations, des points sont attribués et un score est calculé », indique Pauline Ducrot. Le résultat est traduit par une lettre associée à une couleur, afin d’être plus lisible par les consommateurs.
D’autres pays utilisent le Nutri-Score en Europe
La France a été le premier pays à proposer le Nutri-Score. Depuis, d’autres ont suivi : la Belgique, la Suisse, l’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas et le Luxembourg. Et une coordination, avec un comité scientifique, rassemble les 7 nations qui l’utilisent. D’autres pays (Autriche, Finlande, Estonie) sont également intéressés par la démarche et « participent activement à cette gouvernance en tant qu’observateurs », précise le site du ministère de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire.
À quoi sert ce logo ?
En complément des recommandations alimentaires de santé publique, le Nutri-Score vise à informer les consommateurs et à les guider vers des choix plus sains. C’est un repère pour pouvoir comparer les produits. Mais pas seulement. Cette notation étant visible sur les emballages, elle incite aussi les industriels à revoir leurs recettes pour améliorer leur qualité nutritionnelle et ainsi mieux se positionner vis-à-vis de leurs concurrents.
« Et cela pourrait permettre aux consommateurs qui ne tiennent pas compte du Nutri-Score de manger plus sainement, indique Pauline Ducrot de Santé publique France. Une étude américaine, réalisée en 2022, a en effet montré que les nouveaux produits lancés sur le marché en France sont globalement de meilleure qualité nutritionnelle qu'en Italie ou au Royaume-Uni, deux pays qui n’ont pas mis en place le Nutri-Score. »
Cet étiquetage a donc des effets positifs sur la santé, confirmés par d’autres études. Plusieurs d’entre elles ont démontré un lien entre la consommation d’aliments moins bien classés au Nutri-Score (soit avec une qualité nutritionnelle moindre) et le risque de développer des maladies chroniques (cancers, maladies cardiovasculaires, syndrome métabolique, surpoids…), rappelle Santé publique France sur son site. En 2024, l’OCDE (3) a par ailleurs estimé que si le Nutri-Score était généralisé au niveau européen (27 pays), tout en restant volontaire, cela permettrait d’éviter près de 2 millions de cas de maladies chroniques entre 2023 et 2050.
Pourquoi a-t-il changé en 2025 et quelles sont les nouveautés ?
En 2022, les 7 pays qui appliquent le Nutri-Score ont décidé de faire évoluer son mode de calcul. « L’objectif était de tenir compte des nouvelles connaissances scientifiques, de l'évolution de l'offre alimentaire et des enseignements suite à sa mise en place en conditions réelles », indique Pauline Ducrot, chargée d'expertise à Santé publique France.
Sans pour autant tout révolutionner, certaines données ont été intégrées pour que son algorithme reflète mieux les recommandations nutritionnelles actuelles. « Entre 30 et 40 % des produits voient ainsi leur score changer », précise Pauline Ducrot.
Les mieux notés avec la nouvelle version du Nutri-Score :
- Les poissons gras riches en oméga 3 (par exemple : sardine, maquereau, saumon) ;
- Les huiles riches en bonnes graisses (noix, colza ou olive) : elles sont désormais notées B au lieu de C ;
- Certains fromages à pâte dure avec une faible teneur en sel (comme l'emmental) ;
- Les fruits à coque non salés et non sucrés (noix, noisette, amande, pistache…) ;
- Certaines eaux aromatisées, à faible teneur en sucre.
Ceux qui sont désormais moins bien notés :
- La viande rouge ;
- Les produits salés (par exemple les biscuits apéritifs ou certaines soupes) ;
- Les produits sucrés (comme les céréales du petit-déjeuner, les bonbons, les barres chocolatées…) ;
- Les boissons contenant des édulcorants : elles ne seront plus notées B mais de C à E (l’eau est la seule boisson notée A) ;
- Les plats préparés, et notamment les pizzas industrielles ;
- Les produits laitiers sucrés (laits aromatisés, yaourts à boire, desserts lactés…) ;
- Les boissons sucrées à base de plantes (soja, amande, avoine, riz…) ;
- Les pains blancs et ceux à forte teneur en sel (les aliments à base de farines complètes, plus riches en fibres, sont au contraire mieux notés).
Après des débats notamment sur le score de certains produits dits « du terroir », l'algorithme actualisé est finalement entré en vigueur le 16 mars 2025 en France (voir l’arrêté sur le site de Legifrance).
Bon à savoir : Certains éléments ne sont toujours pas intégrés dans le nouveau mode du calcul du Nutri-Score, comme la présence d’additifs, le degré de transformation du produit ou encore le fait qu’il soit bio ou non. « Aujourd’hui, il n'y a pas assez d'informations ou de connaissances scientifiques pour avoir un score global qui les prenne en compte, explique Pauline Ducrot. On conseille donc aux consommateurs de s’appuyer non seulement sur le Nutri-Score, mais aussi de privilégier les labels (par exemple bios) et d'acheter des produits avec la liste d'ingrédients la moins longue et le moins d’additifs possible. »
Le nouveau Nutri-Score est-il visible sur les emballages ?
Les entreprises disposent d’un délai de deux ans pour appliquer cette nouvelle version du Nutri-Score sur les emballages, soit jusqu’au 15 mars 2027. C’est ce qui explique que tous n’aient pas encore été mis à jour. Les industriels ont la possibilité, s’ils le souhaitent, d’indiquer la mention « Nouveau calcul » juste en dessous des 5 lettres du logo, pour montrer que le changement est effectif.
Bon à savoir : Si le Nutri-Score n’est pas présent sur un produit, vous pouvez utiliser dans la plupart des cas l’application mobile gratuite Open Food Facts. Il suffit de scanner le code-barres et elle vous indiquera sa note (avec le nouveau mode de calcul).
Cet étiquetage nutritionnel est-il obligatoire ?
La mise en place de ce nouvel algorithme rebat les cartes et certains industriels peuvent être un peu réticents à conserver le logo sur les produits dont la note est dégradée. En effet, les entreprises ont la liberté d’utiliser ou non le Nutri-Score. La loi ne les y oblige pas. Cela reste un acte volontaire.
Dans le cadre des derniers débats parlementaires sur le budget de la Sécurité sociale à l’Assemblée nationale, la question a été posée de rendre le Nutri-Score obligatoire sur la plupart des aliments. Cette mesure, qui prévoyait également de pénaliser les entreprises qui auraient refusé d’afficher cette information (avec une taxe de 5 % sur leur chiffre d’affaires au bénéfice de l’Assurance maladie) a finalement été rejetée.
Pour aller plus loin :
- Consulter le site mangerbouger.fr, édité par Santé publique France, pour mieux connaître les recommandations nutritionnelles et s’informer sur le Nutri-Score.
- Lire notre dossier Mieux manger au quotidien.
(1) Santé publique France est l’agence nationale de santé publique, un établissement sous tutelle du ministère chargé de la Santé.
(2) L’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle est aujourd’hui dirigée par Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
(3) L’OCDE est l’Organisation de coopération et de développement économiques. Elle produit des analyses et des recommandations de bonnes pratiques dans le domaine des politiques publiques.
POINT DE VUE
« Il faudrait que le Nutri-Score soit présent sur tous les aliments »
Le Pr Serge Hercberg est médecin, chercheur en nutrition et professeur émérite à l’université Sorbonne-Paris-Nord. Au sein d’un collectif, composé notamment de scientifiques et de professionnels de santé (1), il milite pour que ce logo devienne obligatoire.
« Les études en faveur du Nutri-Score sont désormais nombreuses. Mais pour qu'il soit réellement optimal, il faudrait que cet étiquetage soit présent sur tous les aliments. Or aujourd'hui, environ 1 500 marques l'utilisent, ce qui représente un peu plus de 60 % du marché alimentaire. Par ailleurs, avec la nouvelle formule du Nutri-Score, certains industriels qui l'avaient adopté l’abandonnent pour des raisons marketing, car leurs produits sont moins bien notés. Il n’y a donc pas d’autre solution que de les contraindre à l’utiliser.
L'idéal serait de changer la réglementation européenne qui empêche aujourd'hui les États membres de le rendre obligatoire. C'était prévu d'ici fin 2022 pour tous les pays européens, mais les lobbies ont eu gain de cause. C'est pour cela qu’avec mes collègues nous militons pour que les pays qui ont adopté le Nutri-Score décident, malgré tout, de le rendre obligatoire au niveau national. C’est pour nous une urgence de santé publique. Nous avons d’ailleurs lancé une pétition citoyenne pour demander sa généralisation (2). »
(1) Ce collectif s’est constitué après la publication d’une tribune, en octobre 2024, dans le journal Le Monde « Monsieur le Premier Ministre, rendre le Nutri-Score obligatoire est une urgence de santé publique ! ».
(2) La pétition « Pour rendre obligatoire l'affichage du Nutri-Score sur les emballages des aliments en France ».
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Commentaires
ODILE
04 avril 2025 à 17h04