Probiotiques : faut-il en prendre pour renforcer notre microbiote ?

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Damienne Gallion

Temps de lecture estimé 5 minute(s)

Probiotiques : faut-il en prendre pour renforcer notre microbiote ?
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Les probiotiques sont des micro-organismes vivants qui sont bénéfiques pour l’équilibre de notre flore intestinale. Ils existent sous forme de compléments alimentaires, mais le mieux est d’en consommer « au naturel », via l’alimentation. Il en va de même pour les prébiotiques, leurs indispensables alliés. Explications.

Probiotiques et prébiotiques : de quoi s’agit-il ? 

L’Organisation mondiale de la santé et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture définissent les probiotiques comme des « micro-organismes vivants qui, administrés en quantités adéquates, confèrent un bienfait pour la santé de l’hôte ».

Ces probiotiques ont la particularité d’être à la fois populaires et méconnus. « Il s’agit essentiellement de bactéries (bifidobactéries, lactobacilles, lactocoques…), mais aussi de levures (saccharomycètes), précise l’Inserm dans un article consacré aux probiotiques et prébiotiques (1). Ils sont naturellement présents dans des aliments fermentés (yaourts, kéfir, choucroute…) ou absorbés sous forme de compléments alimentaires. Leur consommation peut contribuer à améliorer la composition de notre flore intestinale (encore appelée microbiote). »

Quant aux prébiotiques, ils sont les compléments indispensables des probiotiques. « Ce ne sont pas des organismes vivants, mais ils servent à nourrir les probiotiques, précise Julie Penin, diététicienne à l’Institut Pasteur de Lille. Il s’agit essentiellement de fibres qui arrivent intactes dans le côlon où elles sont fermentées par les bonnes bactéries, et qui permettent aux probiotiques de croître et d’être efficaces ».

Probiotiques et prébiotiques : dans quels aliments les trouve-t-on ?

« Pour améliorer la santé de leur microbiote, les patients ont tendance à penser davantage aux compléments alimentaires qu’à l’alimentation en elle-même, observe la diététicienne Julie Penin. Pourtant, grâce à l’alimentation, on peut réellement agir sur notre flore intestinale. Le bon équilibre de cette dernière dépend de notre santé globale et passe par d’autres facteurs : une activité physique régulière, la gestion du stress, un bon sommeil et la lutte contre la sédentarité. »

Les probiotiques font partie intégrante d’une alimentation équilibrée. On les trouve dans les aliments fermentés, tels que les yaourts nature, les fromages au lait cru (le Roquefort par exemple), le kéfir, la choucroute ou encore la levure de bière. Mais nul besoin de prendre de la levure ou de la choucroute tous les jours ! « La consommation régulière de yaourts ou de fromages au lait cru suffit à assurer la bonne dose de probiotiques », précise Julie Penin. 

En revanche, pour que les probiotiques soient efficaces, il est essentiel de consommer aussi des prébiotiques. Ces derniers sont présents dans les aliments suivants : oignon, ail, asperge, banane, artichaut, pomme, chicorée, flocons d’avoine et seigle. « Pour que les prébiotiques, qui sont des fibres, puissent pleinement jouer leur rôle, les fruits et légumes ne doivent pas être mixés, indique Julie Pénin. Il faut les consommer entiers ou coupés en morceaux assez gros ». 

Probiotiques et prébiotiques : faut-il en prendre sous forme de compléments alimentaires ? 

« Sauf cas particuliers, une alimentation variée apporte suffisamment de probiotiques et de prébiotiques sans nécessiter de compléments », affirme Julie Penin, diététicienne à l’Institut Pasteur de Lille. De son côté, l’Inserm souligne que « si agir sur le microbiote pour améliorer notre santé est bel et bien une piste prometteuse, il n’existe à ce jour que très peu de situations pour lesquelles l’apport de compléments alimentaires ou d’aliments enrichis en pro/prébiotiques présente un intérêt réel, scientifiquement validé » (2).

Ces situations particulières correspondent à des cas de dérèglements avérés du microbiote, qui peuvent intervenir après un traitement antibiotique ou dans certaines maladies. Dans tous les cas, un avis et un suivi médical sont nécessaires. « A titre personnel, en dehors de l’ultra-levure (un médicament antidiarrhéique d'origine microbienne), je ne prescris jamais de probiotiques, indique Laurent Chevallier, médecin nutritionniste, praticien en clinique et à l’hôpital du CHU de Montpellier. Car on ne connaît pas toujours les souches qu’ils contiennent et par conséquent leurs effets potentiels qui varient selon les individus. En revanche, je propose de réensemencer le microbiote avec des produits naturels, en consommant par exemple du fromage avec sa croûte ou du kéfir de fruits ». 

Une position que partage Benoît Chassaing, directeur de recherche Inserm à l’Institut Pasteur. « A l’heure actuelle, il n’existe pas de preuve d’efficacité concernant les compléments alimentaires qui prétendent renforcer la santé de notre microbiote intestinal, déclare le chercheur. Certains pourraient même être dangereux pour la santé. Des études ont montré que des fibres solubles purifiées (3) prises en compléments alimentaires pourraient, en "surnourrissant" le microbiote, conduire à des effets délétères via la surstimulation du système immunitaire intestinal. »

Probiotiques de nouvelle génération : des recherches très prometteuses

Si les probiotiques et prébiotiques sous forme de compléments alimentaires suscitent de grandes réserves dans la communauté médicale, les probiotiques de nouvelle génération, eux, font l’objet d’intenses recherches scientifiques et nourrissent de grands espoirs. 

« Il s’agit de bactéries fécales d'origine humaine, indique Benoît Chassaing, directeur de recherche Inserm à l’Institut Pasteur. Les recherches montrent que certaines, si elles sont bien sélectionnées, peuvent avoir un impact bénéfique sur notre barrière intestinale et conduire à la protection contre certaines pathologies inflammatoires chroniques. Dans un futur proche, d’ici 5 à 10 ans, il est probable que l’on trouve des bactéries très efficaces contre certains types de maladies et qui pourraient être administrées à des patients. A noter cependant qu’il n’existera pas une bactérie magique pour l’ensemble de la population. Ce type de traitement restera, selon moi, très personnalisé. »

(1)    « Reflorir ou faire florir : C’est quoi les probiotiques et les prébiotiques ? », Inserm (2020).
(2)    Citation extraite de l’article ci-dessus.
(3)    Glucides non digestibles extraits et concentrés à partir de plantes. 

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