Un éco-score pour indiquer le coût environnemental des vêtements
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C’était l’une des propositions phares de la Convention Citoyenne pour le Climat de 2019. « Les 150 participants avaient souhaité que l’on puisse connaître le prix environnemental de chaque produit lorsqu’on effectue un achat.
Le constat venait du fait qu’il était difficile pour le consommateur de faire les bons choix, car aucune mesure spécifique n’était indiquée nulle part », explique Pascal Dagras, directeur de projet affichage environnemental au sein du ministère de la Transition écologique. L’idée de créer un affichage environnemental (1) sur les produits textiles a vu concrètement le jour le 1er octobre 2025.
« Ça a été un travail long, observe Laure Betsch, cofondatrice de Fairly Made, dont la société a aidé à la mise en place de l’affichage. On a fait beaucoup d’expérimentations. Il fallait trouver une échelle commune à tous les produits qui soit pédagogique, qui aide les personnes à comprendre l’impact de leur achat. Et surtout sans faire de greenwashing. »
Le ministère et les acteurs du secteur comme Fairly Made ont donc travaillé sur le sujet avec des marques textiles, jusqu’à aboutir à cet « éco-score ». « Nous pouvons en être fiers, appuie Laure Betsch. Nous sommes les seuls au monde aujourd’hui à disposer d’un tel affichage. »
Ce que le vêtement coûte à la planète
Concrètement, l’éco-score quantifie l’impact environnemental qu'engendre un vêtement, exprimé en « points d’impact ». Ainsi, plus le résultat est élevé, plus le produit a un coût pour l’environnement.
Parmi les critères qui ont été retenus pour établir « ce que le vêtement coûte à la planète » :
- la consommation d’eau ;
- les émissions de CO2 ;
- la libération de microfibres plastiques ;
- l’utilisation de pesticides dans les champs ;
- les atteintes à la biodiversité…
« On a essayé d’être le plus exhaustif possible, souligne Pascal Dagras. On ne pouvait pas se limiter aux seules émissions de CO2. Si l’on prend par exemple deux tee-shirts, le premier en coton versus le second en coton bio : on aura un impact plus fort sur le climat avec le coton bio car, comme on utilise moins de pesticides, le tracteur passe plus souvent dans les champs. Il consomme donc plus de gasoil. Alors que, par ailleurs, utiliser du coton bio est bien meilleur pour la biodiversité ! ».
D’autres critères très impactants dans le secteur du textile ont également été pris en compte. « Les modes de production des marques, ainsi que le coefficient de durabilité (2) propre à chaque vêtement sont notamment pris en compte par l’algorithme. Ces critères sont essentiels pour orienter des choix plus responsables (3) », précise Laure Betsch.
Comparer des produits de même type
Mais comment, en tant que consommateur, lire cet éco-score ? On ne parle pas ici de « bons chiffres » ou « mauvais chiffres » en tant que tels. L’idée est en effet de comparer les scores de deux articles similaires.
« Une chaussette aura forcément un coût environnemental plus bas qu’un jean. Nous proposons donc plutôt au client qui hésiterait entre deux produits très similaires de comparer leurs éco-scores afin de connaître leurs impacts respectifs », détaille Pascal Dagras du ministère de la Transition écologique.
Pour comparer des vêtements qui n’ont pas la même coupe (tee-shirt manches longues et tee-shirt manches courtes, par exemple), le coût environnemental rapporté à 100 grammes est également indiqué : plus ce coût est élevé, plus l’impact du vêtement l’est.
« Il faut penser ces chiffres un peu comme ceux des calories pour l’alimentation, indique Pascal Dagras. C’est par la comparaison et en étant régulièrement confronté à ce modèle que les consommateurs vont se les approprier. »
Un affichage pour l’instant facultatif
Malgré le cadre législatif autour de cet affichage établi par la loi Climat et résilience de 2021, l’éco-score sur les produits textiles est encore facultatif. « Il n’est pas obligatoire, car il prend du temps à mettre en place. Néanmoins, les marques sont encouragées à le faire. C’est vraiment un mécanisme incitatif », assure Laure Betsch de Fairly Made. La loi laisse en effet un an aux seules marques pour indiquer cet affichage sur leurs articles.
Ainsi, si elles ne l’ont pas mis en place avant le 1er octobre 2026, d’autres acteurs (comme c’est le cas des applications qui existent aujourd’hui pour noter l’alimentation ou les cosmétiques) pourront s’en emparer et publier à leur place les scores qu’ils auront calculés. « L’idée n’est pas de brusquer les acteurs du textile.
Au contraire, cette année doit leur permettre de se tester, d’améliorer l’impact de leurs produits et de tirer vers le haut leur stratégie d’éco-conception », souligne Pascal Dagras.
À terme sur tous les vêtements
Deux mois après son lancement, 36 marques de textile avaient déjà établi cet affichage sur environ 12 000 produits. Pour l’instant, certains vêtements ne sont pas concernés (les soutiens-gorge, les doudounes, les vêtements en soie…).
« Mais ils devraient tous l’être à terme. C’était une demande de la Convention Citoyenne que ce soit possible pour chaque produit qu’on achète, détaille Pascal Dagras. Cet affichage se veut avant tout pédagogique. Il donne une information aux consommateurs sans juger. La façon dont il a été pensé permettra peut-être dans le futur de le faire adopter au niveau européen. »
Pourquoi un affichage dédié au secteur textile ?
Le coût environnemental des produits est affiché en premier lieu dans le textile, car c’est l’un des rares secteurs dont l’empreinte environnementale continue d’augmenter. Ses volumes sont, par exemple, de plus en plus importants. On peut également observer des phénomènes de surconsommation chez une partie de la population.
(1) Le terme officiellement employé est « affichage du coût environnemental», mais le terme « éco-score » est également accepté, notamment car plus utilisé au niveau international.
(2) Le coefficient de durabilité se définit comme le temps estimé pendant lequel le vêtement va être porté.
(3) Un simulateur de la méthode est disponible sur le site Ecobalyse.
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