Mieux comprendre les PFAS, ces polluants persistants
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Omniprésents et pourtant méconnus, les PFAS (composés per- et polyfluoroalkylés) sont au cœur de nombreux enjeux sanitaires, environnementaux et industriels. Une partie des produits contenant ces substances va notamment être interdite en France à partir de 2026. Les PFAS forment une grande famille de composés chimiques.
Il n’y a pas de consensus scientifique sur leur nombre exact, mais on estime généralement qu’il en existerait des milliers. Ces substances ont toutes pour point commun des liaisons carbone-fluor, c’est-à-dire des atomes de carbone liés à des atomes de fluor. Au sein de cette gigantesque famille, on trouve des molécules aux propriétés différentes.
Cette définition, volontairement très large, permet d’englober des molécules dont on ignore encore les effets sur la santé. Anne Togola travaille au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) où elle étudie la qualité des eaux souterraines et la présence de PFAS. D’après elle, c’est la première fois que les scientifiques doivent observer un groupe aussi mal défini.
« Normalement, le temps d’interdire une molécule, une autre quasiment similaire, mais non interdite, arrive. C’est le jeu du chat et de la souris : on met une molécule sur le marché, elle pose problème et on la supprime. La démarche avec les PFAS est d’arrêter ce cercle et de restreindre toute la famille. Sauf que cette bonne idée se transforme en difficulté : on se retrouve face à un nombre gigantesque de molécules. »
Une nouvelle loi pour restreindre les PFAS
Antiadhésives, imperméabilisantes, ou encore résistantes à la chaleur : ces substances chimiques sont très recherchées pour leurs nombreuses propriétés. C’est pour cette raison que les PFAS sont utilisés depuis les années 50 et actuellement présents dans la plupart des domaines industriels. On en retrouve aussi bien dans des emballages alimentaires et les poêles que dans les panneaux solaires ou les batteries de téléphone.
Le 20 février 2025, l'Assemblée nationale a définitivement adopté une proposition de loi visant à interdire les PFAS. À partir du 1er janvier 2026, il ne sera plus possible de fabriquer, d’importer ou de vendre des vêtements, des cosmétiques et des farts (produits placés sous les semelles des skis) contenant des PFAS. À l’exception des vêtements de protection pour les professionnels de la sécurité et de la sécurité civile (comme les militaires ou les pompiers).
Les emballages alimentaires ne sont pas inclus dans la loi, car ils seront soumis au futur règlement européen qui prévoit qu’ils ne devront plus en contenir dès 2026. Suite à un amendement, les ustensiles de cuisine (casseroles, poêles…) ont finalement été exclus du texte, afin de « laisser le temps nécessaire » aux industries françaises « de trouver des alternatives satisfaisantes ».
En 2030, l’interdiction s’élargira à tous les textiles : au-delà des vêtements, les moquettes, les tapis, le linge de maison, ou encore les tentes de camping seront concernés.
Des risques pour la santé humaine et pour l’environnement
Certains PFAS sont mobiles : on les retrouve dans l’environnement, l’air, les sols et même l’eau. Nous en ingérons donc à travers notre alimentation. On fait parfois référence aux PFAS comme à des polluants éternels car certains ont une durée de vie très longue et persistent des décennies dans les milieux. Les conséquences de cette accumulation demeurent incertaines.
De nombreuses études démontrent la toxicité de certaines de ces molécules, dont deux composés en particulier : le PFOA et le PFOS. Selon le Centre international de recherche sur le cancer, le premier est cancérogène, tandis que le second l’est peut-être. Le PFOA est aujourd’hui interdit et l’usage du PFOS est très restreint.
Outre ces deux PFAS spécifiques, plusieurs études font état de problèmes d’infertilité, d’effets sur les reins et le foie, de troubles de la croissance et de défaillances du système immunitaire.
Cependant, les résultats des études oscillent selon les PFAS étudiés. De plus, la grande majorité de ces composés reste méconnue. Toutes les molécules ne représentent donc pas les mêmes risques pour la santé humaine. « Entre une augmentation du taux de cholestérol, des problèmes de thyroïde et des risques de cancer, les effets sont complètement différents », précise Céline Druet, directrice adjointe sur l'évaluation des risques à l’Anses (1).
Contrôler l’eau potable
La proposition de loi adoptée le 20 février 2025 prévoit également le contrôle de tous les PFAS dans l’eau potable, « dès lors qu'ils seront quantifiables par les laboratoires et que leur contrôle sera justifié au regard des circonstances locales ». De leur côté, les agences régionales de santé (ARS) devront publier « un bilan annuel régional des analyses des eaux potables en matière d'exposition aux PFAS » (y compris des eaux vendues en bouteilles).
Toutefois, au vu du nombre très important de PFAS, il est difficile de mettre en place des limites de présence dans l’eau. Établir des seuils de toxicité pour chaque molécule serait impossible et fixer la même toxicité pour tout le groupe de PFAS serait faux.
Actuellement, il n’y a pas de valeur par molécule, ni de valeur pour tous les PFAS. Il faut mener des travaux pour affiner ces données et déterminer une toxicité. Selon Céline Druet, « avoir des données supplémentaires pour mieux évaluer les risques est essentiel. L’ANSES travaille à l’établissement d’une liste de PFAS prioritaires à surveiller. » Le travail de recherche scientifique autour de ces substances a lieu depuis plusieurs années, aussi bien en France qu’en Europe.
Lutter contre les sources de pollution et trouver des alternatives
En plus de limiter les PFAS, il est important de mieux comprendre leurs principales sources d’émission. Les substances peuvent être diffusées dans l’environnement lors de leur fabrication ou lors de leur incinération. Parfois, les PFAS sont directement émis dans un milieu via des produits tels que la mousse anti-incendie. Pour l’heure, il n’existe pas réellement de traitement efficace pour retirer ces polluants des environnements touchés.
Les scientifiques essayent de trouver des substituts aux PFAS, mais la difficulté de cette tâche varie en fonction des produits recherchés. « Actuellement, beaucoup de chercheurs travaillent sur ces questions, indique Bruno Améduri, chimiste au CNRS. Mais qui dit alternatives, dit produits avec les mêmes caractéristiques. Il faut des propriétés similaires et efficaces. Et entre un produit qui se trouve dans les laboratoires et un produit commercialisé, il peut se passer 10 à 15 ans. »
Les solutions de remplacement doivent être étudiées au cas par cas. Dans le secteur textile, des alternatives existent déjà pour remplacer ces composés. Par exemple, il est possible de fabriquer des nappes déperlantes sans PFAS. En revanche, des vêtements spécifiques, tels que les combinaisons de protection des pompiers, n’ont pas encore trouvé de substitut.
(1) Anses : Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.
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