Quels sont les bienfaits du chant pour la santé ?
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Il y a trois ans, Leslie, 41 ans, intègre une chorale pop à Paris. Tous les jeudis, elle retrouve la vingtaine d’autres chanteurs amateurs du groupe, avec qui elle passe de bons moments. « Après une séance, je me sens toujours bien. Chanter me détend. Et c’est un moment où on ne pense à rien d’autre. Ça libère aussi, c’est une manière d’évacuer, d’expulser des émotions de manière joyeuse », confie la jeune femme.
Intuitivement, on pressent que chanter fait du bien, ce bien-être est aujourd’hui documenté, en particulier avec l’essor des neurosciences. « On est passé de la croyance à la connaissance », souligne le neurologue Pierre Lemarquis, auteur de plusieurs ouvrages sur les effets de la musique
L’OMS a d’ailleurs consacré un large rapport aux bénéfices de l’art (1), sur la santé, dont le chant, alimenté de nombreux articles scientifiques régulièrement enrichis de nouvelles publications.
Cocktail d’hormones : dopamine, ocytocine, endorphines
L’acte de chanter libère un cocktail de neurotransmetteurs : la dopamine stimule l’élan vital, les endorphines apaisent la douleur, l’ocytocine renforce l’attachement. De quoi expliquer pourquoi « chanter a toujours accompagné l’effort physique : le travail dans les champs, l’armée, les stades… Ça donne du courage et fait oublier la fatigue », rappelle Pierre Lemarquis. Le chant rassemble aussi et crée du lien. « Quand des enfants chantent ensemble, ils deviennent plus solidaires, se lient d’amitié », continue-t-il.
Quand le chant se fait doux, il apaise. On pense bien sûr aux berceuses murmurées aux bébés. « Des études ont montré qu’un nouveau-né en couveuse, qui entend sa maman chanter, verra son stress diminuer », souligne le neurologue.
Cette puissance émotionnelle s’ancre dans notre histoire. « Si on regarde l’humanité, tout porte à croire qu’on chantait avant de parler. Néandertal jouait de la musique, on pense qu’il chantait avant même le langage. Le bébé gazouille avant ses premiers mots. Les animaux chantent aussi… On a l’impression que le chant arrive avant la parole », s’émeut le neurologue.
Le chant comme soutien thérapeutique
Après une séparation difficile, Pauline Aubry a trouvé dans le chant une véritable bouée de sauvetage. « J’ai commencé à chanter à tue-tête sur mon vélo. C’était libérateur. France Gall, Véronique Sanson, Michel Berger… leurs chansons m’ont portée à ce moment-là. » Une amie l’encourage à travailler avec une coach vocale. « Ça permet de libérer les émotions mais aussi de les canaliser et de les interpréter pour en faire quelque chose. C’est aussi une façon de se connecter à soi-même. À l’époque de ma séparation, ces moments me procuraient du soulagement, de la joie et de la force ». Pour cette jeune autrice de BD, chanter a eu valeur de thérapie. Elle en a d’ailleurs fait un livre qui raconte sa séparation… sur fond de chansons pop (Un si grand amour, les Arènes, 2024).
Depuis de nombreuses années, des soignants l’utilisent dans leurs soins. Jean-François Labit, infirmier de formation, a exercé la musicothérapie en clinique pendant plus de 30 ans dans la Drôme. Notamment, il a accompagné des personnes vulnérables : en dépression, en situation de handicap ou des personnes âgées avec des pathologies neurodégénératives, etc.
Création de lien social
« Le chant a une vertu majeure : il mobilise davantage la respiration et son souffle. On apporte alors plus d’oxygène dans le sang. L’hyperoxygénation a un effet direct sur la détente et la relaxation. Deuxième point, pendant que les gens chantent, ils ne ruminent pas. Enfin, quand on chante à plusieurs, on est porté par le groupe, on touche la dimension vibratoire commune. Et puis, faire partie d’une chorale par exemple oblige à sortir de chez soi, faire partie d’un collectif », détaille Jean-François Labit.
Tout au long de ces années, le musicothérapeute a pu observer de nombreux effets positifs chez ces personnes. Par exemple, il a travaillé avec des jeunes atteints de sclérose en plaques, dépressifs et isolés. « Je leur faisais chanter des chansons qu’ils aimaient et ça changeait leur humeur. Beaucoup ont intégré des groupes à l’extérieur ». Il se souvient aussi de cette femme, schizophrène, en déni de grossesse. « Elle chantait en se massant le ventre et sentait le bébé bouger. Au fur et à mesure, elle a accepté ce bébé. »
Bienfaits sur les maladies neurodégénératives
Pierre Lemarquis utilise aussi le chant lors de ses consultations. Dans la maladie d’Alzheimer, « c’est spectaculaire ! s'enthousiasme-t-il. Pour un patient avec cette maladie, l’idéal est de diffuser une chanson qu’il écoutait entre ses 15 et 25 ans. Le temps de la chanson, il se “réveille”, il est capable de chanter, de retrouver les paroles. Il ne se souvient pas exactement quand il l’a entendue la première fois, mais il se remémore du bonheur qu’il a ressenti à l’époque », décrit-il.
Chanter ne soigne pas les maladies neurodégénératives mais peut aider à mieux supporter la maladie. « Pour les familles, cette maladie est souvent terrible à vivre au quotidien. Le chant peut apporter des petits moments de grâce, quand le patient et son proche chantent ensemble », note le neurologue.
Chez les personnes atteintes de Parkinson, le rythme d’une mélodie peut améliorer la marche. « Il suffit même de la chanter dans sa tête », souligne Pierre Lemarquis.
« Le chant caresse et sculpte le cerveau »
Les bienfaits du chant sont instantanés. « La sécrétion de neurotransmetteurs caresse le cerveau », image-t-il. Avec la pratique, certains effets peuvent être durables : « La musique sculpte le cerveau ». Autrement dit, elle va provoquer des changements dans le cerveau. Ces effets-là prennent du temps, mais durent aussi plus longtemps.
« Un enfant qui chante va développer ses facultés intellectuelles, son lien social, son empathie. Ce sera durable s’il fait partie d’une chorale, illustre le neurologue. Chez les personnes âgées, chanter améliore l’audition fine, qui va un peu compenser la perte de volume sonore. »
(1) « What is the evidence on the role of the arts in improving health and well-being ? A scoping review », Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 2019.
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