Schizophrénie : quels sont les signes et peut-on en guérir ?

Publié le

Patricia Guipponi

Temps de lecture estimé 8 minute(s)

Schizophrénie : quels sont les signes et peut-on en guérir ?
© Getty Images - portrait : DR

Sommaire

La schizophrénie est un trouble psychiatrique chronique qui altère la perception du réel, la pensée et le comportement. Les symptômes sont variables d’un patient à l’autre. Bien souvent stigmatisée car méconnue, cette maladie touche 600 000 personnes en France.

Quels sont les symptômes de la schizophrénie ?

Le trouble schizophrénique (ou schizophrénie) se manifeste par trois grands groupes de symptômes, regroupés en syndromes :

-    le syndrome positif (idées délirantes et hallucinations) ;
-    le syndrome de désorganisation (rires sans motif, par exemple) ;
-    le syndrome négatif (isolement, perte d’intérêt, émoussement émotionnel…).

S’y ajoutent des altérations cognitives (attention, mémoire…). « Chaque patient a une expression unique de la maladie », indique le docteur Jasmina Mallet, psychiatre, enseignante et chercheuse (1). On parle donc de schizophrénies au pluriel pour mieux refléter la diversité des formes et des évolutions de la maladie.

Peut-on déclarer la maladie à tout âge ?

La schizophrénie apparaît en principe à l’adolescence ou au début de l’âge adulte (entre 15 et 30 ans). Elle se manifeste chez les femmes plutôt autour de 25 ans, contre 20 ans pour les hommes, en raison d’un effet protecteur des œstrogènes et d’un possible retard au diagnostic.

« Les cas d’apparition après 40 ans sont rares. Chez l’enfant, c'est encore plus exceptionnel », souligne le docteur Jasmina Mallet.

Quelle est la différence avec la démence et les troubles bipolaires ?

La démence est une détérioration progressive des fonctions cognitives, avec souvent des atteintes cérébrales identifiées selon le type de démence. Il n’a pas encore été identifié d’atteinte directe de la structure cérébrale en cas de schizophrénie même si des anomalies de structure ou de fonction peuvent être associées à ce trouble. « Certains troubles cognitifs peuvent exister dans la schizophrénie, mais ils sont différents et ne conduisent pas forcément à une perte d’autonomie », précise la psychiatre Jasmina Mallet.

Les troubles bipolaires sont principalement des troubles de l’humeur, caractérisés par des cycles d’euphorie (manie) et de dépression, tandis que la schizophrénie entraîne une altération du rapport à la réalité, parfois associée à des troubles de l’humeur. « Toutefois, il existe des zones de chevauchement, comme dans les formes schizo-affectives qui mêlent symptômes psychotiques (associés à une altération du contact avec la réalité) et troubles de l’humeur. »

La schizophrénie est-elle héréditaire ?

La schizophrénie n'est pas strictement héréditaire. Avoir un parent ou un membre de sa fratrie atteint augmente le risque. « On hérite d’une prédisposition mais pas de la maladie », commente la psychiatre Jasmina Mallet. Elle insiste sur le fait que « la majorité des patients n’ont pas d’antécédents familiaux ».

Des études récentes montrent que plus d’une centaine de variations génétiques de l’ADN sont impliquées. Aucune n’est suffisante pour causer le trouble de la schizophrénie, qui est aussi influencé par les facteurs environnementaux surtout aux grandes étapes clés du développement cérébral (autour de la naissance et à l’adolescence).

Certaines stratégies de prévention peuvent réduire le risque quand on a une vulnérabilité génétique :

•    Éviter le cannabis, les drogues psychoactives, le tabac surtout à l’adolescence où des substances exogènes peuvent perturber un équilibre fragile sur le plan du neurodéveloppement cérébral.
•    Prévenir le stress et les traumatismes dès l'enfance.
•    Mettre en place une surveillance précoce si des signes avant-coureurs apparaissent (difficultés sociales, idées bizarres, isolement progressif).

Pourquoi associe-t-on la schizophrénie à une certaine dangerosité et violence pour le patient comme pour autrui ?

La majorité des personnes avec une schizophrénie ne sont pas dangereuses. Elles sont même plus souvent victimes que coupables de violences. « C’est un stéréotype largement exagéré qui contribue à renforcer la stigmatisation et la perte de chances des personnes concernées », observe le docteur Jasmina Mallet, psychiatre, enseignante et chercheuse.

Une étude sur l’usage du terme schizophrénie dans les médias a été réalisée en 2016 par l’association PromesseS. « Elle a révélé que c’était associé à l’image d’une personne manipulatrice, avec une double personnalité, alors que les patients n’en sont pas capables du fait de leurs difficultés cognitives. Cela témoigne d’une méconnaissance du trouble », dévoile Corinne de Berny, secrétaire générale de l’association Collectif schizophrénies.

Les rares cas d’actes violents concernent souvent des personnes non traitées et en grande souffrance. En France, moins de 3 % des homicides sont commis par des personnes souffrant de schizophrénie. La plupart du temps, les actes violents et les homicides sont liés à des facteurs associés au passage à l’acte en criminologie : la consommation d’alcool, de substances psychoactives diverses.

Quels sont les traitements ?

Le traitement est personnalisé, combinant médicaments, psychothérapies et accompagnement social. « L’objectif est d’améliorer la qualité de vie et de favoriser l’insertion de la personne concernée dans la société », reprend le docteur Mallet, psychiatre. La prise en charge vise le rétablissement de la personne, pas forcément la disparition totale des symptômes.

Les traitements médicamenteux sont principalement des antipsychotiques. Ils aident à réduire les symptômes mais ne guérissent pas la maladie. « Ils sont utiles lors des moments aigus, mais également pour prévenir les rechutes. Ce peut être des comprimés ou un traitement dit retard, sous forme d’injection mensuelle par exemple », explique le docteur Mallet.

La réhabilitation psychosociale fait aussi partie du traitement. Elle intègre notamment la thérapie cognitivo-comportementale (gestion du stress, des symptômes hallucinatoires…) ou encore la remédiation visant à rééduquer le fonctionnement cognitif. D’autres approches peuvent être nécessaires telles que la neuromodulation cérébrale (électro-convulsivo-thérapie, stimulation magnétique trans crânienne (2)). 

Peut-on guérir de la schizophrénie ?

Beaucoup de personnes arrivent à stabiliser leurs symptômes et à mener une vie relativement normale avec un traitement adapté. « On peut vivre une vie satisfaisante à condition d’être bien pris en charge dès le début de la maladie », témoigne Corinne de Berny, secrétaire générale du Collectif schizophrénies.

Il est rare qu’un patient soit considéré comme "guéri" au sens où il n’aurait plus besoin de traitement et ne présenterait plus aucun symptôme. « Toutefois, des cas existent, notamment après un premier épisode psychotique bien pris en charge. Ils posent la question de la diminution du traitement médicamenteux chez certaines personnes, très progressivement et de façon accompagnée par le psychiatre traitant, en surveillant le risque de rechutes de près », confie la psychiatre Jasmina Mallet.

Où en est la recherche ?

La recherche sur la schizophrénie a connu des avancées notables ces dernières années en termes de diagnostic, de traitements et de compréhension des mécanismes sous-jacents de la maladie.

Elle avance sur plusieurs fronts dont celui de nouveaux médicaments avec moins d’effets secondaires. Elle est aussi axée sur une meilleure compréhension des mécanismes cérébraux, notamment grâce aux neurosciences, à l’imagerie cérébrale et à la génétique.

« L’implication du microbiote intestinal et de l’inflammation dans la schizophrénie est une piste très étudiée, ainsi que l’implication des hormones. Par ailleurs, les thérapies numériques, comme la réalité virtuelle, montrent des résultats prometteurs pour améliorer la prise en charge », conclut le docteur Jasmina Mallet.

(1)    Le docteur Jasmina Mallet est responsable de l’universitarisation de la psychiatrie adulte dans la nouvelle faculté de médecine d’Orléans. Elle est aussi auteure de travaux de recherches publiés dans de nombreux journaux spécialisés, éditrice aux Annales médico-psychologiques, et investie dans plusieurs associations et fondations liées à la psychiatrie et à l’enseignement.
(2)    L’électro-convulsivo-thérapie consiste à délivrer (sous anesthésie générale de quelques minutes) un stimulus électrique à travers le cerveau afin de provoquer une brève crise convulsive contrôlée dans sa forme, son intensité, et sa durée. La stimulation magnétique transcrânienne, quant à elle, consiste à appliquer des impulsions magnétiques sur le cortex de façon indolore au moyen d'une bobine.

Comment aider au mieux un proche qui souffre de schizophrénie ?

L’entourage de la personne qui souffre de schizophrénie peut jouer un rôle clé dans la stabilité du trouble. Avec une bonne compréhension de la maladie, une communication adaptée et un soutien bienveillant, il est possible de créer un environnement favorable au bien-être et à la stabilité des aidants de ces patients. Le docteur Jasmina Mallet insiste sur la nécessité d’être formé.

« Mieux connaître ce trouble permet d’éviter les incompréhensions. Il existe plusieurs programmes reconnus en France, certains courts (tel que le programme Bref), d’autres plus longs (Profamille par exemple). » Corinne de Berny, secrétaire générale du Collectif schizophrénies et aidante, est de cet avis. « La psychoéducation est essentielle. C’est l’occasion de partager nos savoirs, nos astuces, de voir que nous ne sommes pas seuls. On apprend ce qu’est la maladie et on trouve des solutions pour aider nos proches malades à retrouver leur autonomie à petits pas. »

Comprendre la schizophrénie évite les confrontations directes aux symptômes tels que les délires ou les hallucinations. « Car mieux vaut rassurer et accompagner le malade et encourager le suivi médical avec bienveillance que le contredire », poursuit le docteur Mallet.

Le médecin rappelle que l’aidant ne doit pas tout porter seul. Des associations, comme l’Unafam, proposent un soutien aux familles. Les aidants doivent aussi parfois être accompagnés. « Aider un proche quel que soit le trouble, peut être éprouvant. Il est important de se préserver. »

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Commentaires

Je vous remercie pour cet article .Depuis 1988 nous sommes confronté à ces troubles dont souffrent notre fils . L'arrivée de cette maladie , ce fut pour notre famille comme un tsunami .Le diagnostique a bougé schizophrène, border line et en fait bipolaire ...ce fut long, mais avec mon épouse , nous n'avons pas baissé les bras
Nous avons accompagné , chercher des solutions avons soutenu .Notre vie fut tout autre ,nos projets transformés .Adé par l'UNAFAM, après 10 ans de galère , nous avons été aidant ,prenant des responsabilités dans l'association créant des lieux de répit, des services pour nos proches ,dont notre fils .Nous avons aussi beaucoup travaillé avec les médecins cherchant des solutions et soutenant d'autres familles: "écoute, groupes de paroles"...etc.

Grand merci pour cet article, OUI il faut faire connaitre ce handicap invisible pour beaucoup et trop souvent IMPENSE.. . de ceux qui ont la charge de soutenir nos proches ( ministères , ARS, MUTUELLES ) .La grande cause nationale sera je l'espère une grande étape pour mieux connaitre ces maladies . BIEN DES FAMILLES CACHENT ce fils ou autre à la vue du public que psycyclette, que nous avons créées en 2014 , fait connaitre . Je souhaitent que ces familles puissent osées comme nous, essayant de comprendre pour pouvoir faire face et surtout pour ne pas rester SEULES. Sans la rencontre d'autres personnes vivant les même choses que nous , nous serions restés avec nos problèmes , nos difficultés ,incompris et sans espoirs

Jean- Louis GILLES

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