Comment concilier diabète et vie professionnelle ?

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Patricia Guipponi

Temps de lecture estimé 8 minute(s)

Comment concilier diabète et vie professionnelle ?
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En France, cinq personnes sur cent, en âge de travailler, vivent avec un diabète. La maladie ne pose pas de soucis particuliers pour bon nombre d’entre elles. Pour d’autres, elle peut être un frein d’accès à un métier ou à une évolution de carrière. Le point sur la réglementation et les démarches possibles.

Aucune réglementation n’oblige un salarié à informer son employeur de son état de santé. Cela relève du domaine de la vie privée et reste un choix personnel qui vaut pour tous, dont les personnes diabétiques. La seule obligation est de justifier ses absences (preuve d’un rendez-vous médical, transmission d’un arrêt de travail…) sans toutefois en mentionner la cause.

Antoine a toujours évité de communiquer à ses supérieurs qu’il souffrait d’un diabète de type 1, maladie auto-immune, encore appelée diabète insulinodépendant. « J’ai eu peur que cela ait une influence sur mon embauche comme sur mon évolution de carrière », témoigne le professeur d’italien, récemment retraité. Ce dernier se cachait pour pratiquer ses injections d’insuline dans les toilettes de l’établissement scolaire où il enseignait. « La piqûre, ça renvoie à des images et des a priori que je ne voulais pas véhiculer. »

Antoine a parlé de son diabète à des collègues de confiance. « Mon médecin traitant me l’avait recommandé. Cela permettait, en cas de problème, de me porter secours ou de joindre un professionnel de santé. » Il est arrivé au professeur d’informer des élèves touchés par la même pathologie. « Je savais combien c’était dur d’y être confronté à l’adolescence. Je leur ai fait comprendre qu’ils n’étaient pas seuls, que j’étais disponible et que l’on pouvait étudier et prétendre à une multitude d’emplois tout en étant diabétique. »

En pratique, certains emplois restent difficiles d’accès aux diabétiques

Antoine a pu embrasser sa profession sans obstacle. « L’enseignement que je pratiquais ne rentrait pas dans les métiers qui étaient interdits ou contre-indiqués aux diabétiques. Cela aurait peut-être été un peu plus compliqué si j’avais voulu être prof d’éducation physique. » Avant la loi du 6 décembre 2021, il était impossible aux personnes diabétiques d’exercer les métiers de la fonction publique nécessitant des conditions spécifiques d’aptitude physique comme c’est le cas dans l’armée ou dans la police nationale. Le diabète fermait aussi les portes des métiers du transport tels que pilote d’avion ou encore conducteur de train.

La législation de 2021 a changé la donne. Elle est la conséquence des progrès dans les traitements conjugués aux actions des associations, la Fédération française des diabétiques en première ligne. Cette loi, bien qu’elle ne cite aucune pathologie spécifique, permet aux personnes diabétiques de pouvoir accéder à toutes les professions dès lors que leurs aptitudes physiques et leur état de santé le leur permettent. « L’évaluation de l’aptitude médicale doit être effectuée de manière individuelle », observe Jeanne Prat-Diquelou, juriste auprès de la Fédération française des diabétiques.

Les corps de métiers, jusqu’alors inaccessibles, doivent adapter leur réglementation relative aux conditions d’aptitudes médicales d’admission et procéder à une évaluation au cas par cas. Dans la gendarmerie, par exemple, cette appréciation revient au médecin statutaire du service médico-administratif de consultations qui gère le recrutement et le suivi. « En pratique, toutefois, il est difficile de prétendre à certaines professions dans l’armée, le transport maritime… », remarque Jeanne Prat-Diquelou.

D’autres professions comportent des risques en cas de diabète

En fonction des caractéristiques du diabète et de son équilibre, d’autres métiers restent contre-indiqués tels que les postes dits de sécurité. L’état de santé du salarié diabétique pourrait influer sur sa sûreté ou celle de ses collègues et nuire à l’exercice de ses fonctions. « C’est le cas de la conduite d’engins dangereux du bâtiment, déconseillée aux personnes en hypoglycémie », commente la juriste. Les métiers nécessitant une acuité visuelle très élevée, comme l’horlogerie ou la mécanique de précision, sont aussi concernés.

L’avis du médecin traitant sera alors primordial pour évaluer chaque cas et alerter. « Il avertit le patient des risques qu’il encourt ou peut faire encourir », indique Jeanne Prat-Diquelou. Le médecin du travail a lui aussi la mission d’accompagner et de conseiller l’employé diabétique. « Cela relève de sa mission de prévention et de protection des salariés », précise le docteur Sophie Frantoni-Quinton, présidente de la Société française de santé au travail (SFST).

Les personnes diabétiques ne sont pas tenues d’informer le médecin du travail de leur pathologie. Toutefois, il leur est fortement recommandé de le faire pour, notamment, faciliter leur suivi en raison de l’évolution de leur maladie. Le praticien sera un interlocuteur important en cas d’aménagement du poste de travail par exemple. « Notre déontologie nous impose le secret professionnel. Nous ne devons en aucun cas mentionner à l’employeur la pathologie dont souffre le salarié », poursuit le docteur Sophie Fantoni-Quinton.

La possibilité de demander le statut de travailleur handicapé

Le rôle du médecin du travail est principalement de vérifier la compatibilité de l’état de santé du travailleur diabétique avec son emploi. « Prenons l’exemple d’un salarié qui fait de l’hypoglycémie à répétition et qui conduit un bus d’enfants. Nous allons dire à l’employeur : "Attention, cette personne ne peut pas ou ne peut plus conduire un tel véhicule", sans en révéler la raison », complète la présidente de la Société française de santé au travail.

Le docteur Nelly Sellier officie au service de prévention et de santé au travail (SPST) PREVY dans le Gard. L’équipe est composée de médecins mais aussi d’infirmiers. « Ils sont en première ligne et assurent les visites périodiques obligatoires. » La praticienne se veut rassurante avec les salariés diabétiques qu’elle rencontre. « Ils sont parfois méfiants. Mais nous ne sommes pas là pour leur mettre des bâtons dans les roues. »

Les personnes diabétiques ont la possibilité de demander le statut de travailleur handicapé. « Elles l’ignorent souvent », constate le docteur Sellier. Ce statut ne concerne pas que le handicap visible mais toutes les pathologies chroniques dont le diabète fait partie. Il favorise l’insertion professionnelle et le maintien dans l’emploi en permettant, entre autres, un accompagnement prioritaire et personnalisé dans la recherche d’un travail. « Il est important de savoir si la personne diabétique entre dans la définition du handicap qui est donnée par le code de l’action sociale et des familles », signale la juriste de la Fédération française des diabétiques.

Accompagner au mieux pour éviter la désinsertion professionnelle

« D’ici 2025, 25 % des travailleurs seront porteurs de maladies chroniques évolutives. Nos équipes médicales ont pour mission d’agir sur le risque de désinsertion professionnelle en étant très sensibilisées à ces patients », confie le docteur Nelly Sellier, qui coordonne la cellule de Prévention de la désinsertion professionnelle du SPST gardois. Pour elle, il est primordial de recevoir le salarié diabétique quand il en émet le besoin. « Ces visites sont prioritaires sur mon planning. »

La sensibilisation faite par la médecine du travail passe également par l’information de l’existence de dispositifs tels que Sophia, le service d’accompagnement des malades chroniques de l’Assurance maladie. « Il aide les personnes diabétiques à mieux connaître leur pathologie et à adapter leurs habitudes au quotidien pour réduire les risques de complications », explique le médecin.

De nombreuses avancées sont à saluer mais il reste des combats à mener. La question de fin de carrière pour les personnes diabétiques en est un. « Il existe peu de possibilités de retraite anticipée ou de réduction de temps de travail sans réduction de rémunération », déplore la juriste Jeanne Prat-Diquelou. « Cette maladie use. Je n’aurais pas tenu un an de plus », reconnaît Antoine, qui a pu quitter l’Éducation nationale à point nommé.

Pour aller plus loin

La Fédération française des diabétiques (FFD) a édité un guide consultable en ligne. Pour toute question juridique en lien avec le diabète, le service Diabète et droits de la FFD est disponible :
•    par mail à l’adresse juriste@federationdesdiabetiques.org
•    par téléphone lors d’une permanence juridique, le mardi de 8h à 12h30 et le jeudi de 13h30 à 18h au 01 40 09 24 25.
 

Quand le diabète est reconnu comme affection de longue durée

Le diabète de type 1 et le diabète de type 2 sont reconnus comme des affections de longue durée (ALD). Les examens et les soins qu’ils impliquent sont pris en charge à 100 % dans la limite des tarifs de remboursement de l'Assurance maladie. Lors d’une embauche, une attestation de la carte Vitale doit être fournie à l’employeur pour justifier l’affiliation à l’Assurance maladie. Il possible de demander à sa caisse primaire de délivrer une attestation sur laquelle ne figure pas la mention « ALD ».

Et si l’état de santé l’exige, un arrêt maladie de trois années maximum peut être décidé. Il donne droit au versement d’indemnités journalières de Sécurité sociale. Une fois ce droit épuisé, le salarié diabétique peut reprendre son emploi ou faire une demande de pension d’invalidité, soumise à plusieurs conditions.

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