Mettre en place l’activité physique au travail, c’est possible : voici comment

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Julie Kermarrec

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

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Face aux dangers de la sédentarité sur la santé comme sur l’organisation du travail, de plus en plus d’entreprises cherchent à développer l’activité physique en interne. Encore faut-il savoir par où commencer, quelles solutions adopter et comment sécuriser le dispositif : voici quelques clés pour passer à l’action.

L’activité physique n’est pas seulement bénéfique pour la santé des individus. Lorsqu’elle s’intègre dans le milieu professionnel, elle contribue aussi à améliorer l’ambiance de travail, les relations entre collègues, à renforcer l’image de l’entreprise ainsi qu’à limiter les coûts liés à l’absentéisme. Par ailleurs, un employé pratiquant régulièrement une activité physique génère entre 5 % et 7 % d’économies sur ses frais de santé annuels et la productivité d’un salarié sédentaire augmente de 6 % à 9 % lorsqu’il reprend le sport (1). Des arguments solides pour convaincre les dirigeants.
Ces derniers sont de « véritables game changer (élément clé, N.D.L.R) en la matière, souligne Virgile Caillet, délégué général de l’Union Sport & Cycle. Même si la volonté est bien là, les chefs d’entreprise manquent souvent d’informations sur le cadre réglementaire, les équipements nécessaires ou encore les coûts. » Or, ces freins peuvent pourtant être levés « indépendamment du secteur d’activité considéré, l’important étant que les offres soient ajustées aux besoins et aux contraintes de l’organisation », affirme Julien Pierre, professeur des universités à Strasbourg et spécialiste du sport en milieu professionnel.

Interroger les collaborateurs : première étape incontournable

En effet, avant de choisir une activité ou un prestataire, il est essentiel de consulter les salariés. « Un point crucial, selon Thomas Le Lann, directeur de la plateforme @work de la Fédération française du sport en entreprise (FFSE). Il faut connaître les envies des salariés, leurs contraintes et leurs disponibilités. Tout le monde n’a pas forcément envie de se mettre en short à côté de ses collègues ! » 

« Ensuite, il s’agit de répondre à deux types de public, poursuit Julien Pierre. Ceux dont le métier implique déjà un engagement physique, pour lesquels il convient de privilégier la prévention et les échauffements, et ceux qui travaillent assis, qu’il faut amener à se lever pour lutter contre la sédentarité. » Un sondage interne, un questionnaire anonyme ou des échanges avec les représentants du personnel permettent d’identifier les formats les plus adaptés.

La mise en place concrète dépend, dans un premier temps, de la taille de l’entreprise. Dans les structures sans comité social et économique (CSE), l’organisation des activités physiques relève entièrement de l’employeur. Dans les entreprises de moins de 50 salariés disposant d’un CSE, cette organisation doit être concertée entre employeur et représentants du personnel (Code du sport L.121-9 ; Code du travail L.2312-80). À partir de 50 salariés, les activités sportives entrent dans le champ des activités sociales et culturelles : le CSE devient responsable de leur gestion et peut décider d’en financer une partie.

Choisir les modalités du sport en entreprise

« D’un point de vue logistique, il existe trois grandes modalités de déploiement », détaille Julien Pierre. 

  • Le premier est celui de la « sous-traitance intégrale » : la prestation est confiée à un tiers (coach sportif ou structure spécialisée) qui prend la responsabilité de l’activité.
  • Le second est un modèle hybride, dans lequel un intervenant extérieur forme un salarié référent afin de pérenniser la démarche. C’est le cas des échauffements avant la prise de poste. L’association Siel Bleu au Travail propose ce type d’accompagnement et des activités personnalisées à tous les secteurs d’activité (BTP, industrie, grande distribution, administratif, médico-social…) et à toutes les configurations de travail.
  • Enfin, le troisième modèle repose sur le salarié passionné qui, volontairement et bénévolement, partage ses compétences sportives avec ses collègues.
    Les entreprises et administrations peuvent aussi confier la gestion des activités à une association loi 1901, créée pour l’occasion. Dans ce cas, l’association souscrit une assurance responsabilité civile et vérifie que les intervenants disposent des diplômes requis (Code du sport L.212-1 et L.321-1).

Penser assurance pour l’entreprise et les salariés sportifs

Car même si les activités physiques réalisées en entreprise n’exigent pas de certificat médical obligatoire, réservé aux pratiques fédérales (Code du sport L.231-2), la question de la responsabilité reste toutefois centrale. Il est recommandé aux organisations de vérifier l’étendue de leur couverture en responsabilité civile, ainsi que celle de leurs prestataires ou associations partenaires. « Il faut bien avoir cette dimension en tête pour éviter la mauvaise surprise en cas d’accident », rappelle Thomas Le Lann. La FFSE, dont fait partie sa plateforme @work propose aux entreprises de s’y affilier afin de couvrir les actions sportives mises en place ou de les mettre en relation avec des services. Pour aider les dirigeants à s’y retrouver, l’Agence nationale du sport (ANS) a également lancé la plateforme Solution Sport Entreprise, destinée à répondre aux questions pratiques et à mettre en relation l’offre et la demande. « Il commence à y avoir beaucoup d’offres, souligne Virgile Caillet. Les fédérations sportives proposent désormais des formats adaptés de leur sport, comme le hockey, à l’entreprise, et un cluster d’acteurs privés développe une multitude de solutions digitalisées. » 

Ces applications ou plateformes connaissent un essor notable compte tenu des activités plébiscitées. « Les pratiques de remise en forme (fitness, yoga, pilates, stretching, musculation, cross training) rencontrent un succès croissant », observe Julien Pierre. Elles compensent les effets délétères des postures prolongées et du stress. Elles permettent de mobiliser les équipes même sans salle dédiée. D’autres activités, plus simples à déployer, comme la marche active, la pétanque, le footing ou des exercices d’échauffement, conviennent tout aussi bien.

« Une fois la réponse structurelle (en termes de moyens matériels et d’espaces dédiés à la pratique) apportée, elle mérite d’être accompagnée de l’état d’esprit et de la politique interne qui va avec, indique le chercheur. Que ce soit par une communication incitative ou un aménagement du temps de travail, comme peuvent le faire certaines entreprises en interdisant les réunions de 12 heures à 14 heures ».

Ou comme le mentionnait le champion d’athlétisme et ambassadeur sport-santé Stéphane Diagana dans le dernier baromètre Harmonie Mutuelle (2), par la possibilité du « télétravail [qui] ouvre la voie à plus d’activité physique. En libérant les salariés de leurs trajets quotidiens, l’entreprise redonne plus de temps pour pratiquer. »  

Un coût variable et une exonération de charges

L’activité physique en milieu professionnel est donc une boîte à outils plutôt adaptable tout comme le budget consacré. « Pour les TPE-PME, il est possible d’imaginer une mutualisation des locaux, précise Virgile Caillet. Tandis que, pour les plus grandes entreprises, le coût peut aller jusqu’à 41 000 €. La moyenne se situe autour de 10 675 €, et 35 % des entreprises investissent entre 1 000 € et 5 000 € ».

« Certes c’est un coût mais il vaut mieux investir dans l’activité physique que d’avoir des salariés absents parce qu’en mauvaise santé physique ou psychique, abonde Thomas Le Lann. D’autant que ce n’est plus soumis aux cotisations de l’URSSAF. »

Depuis 2020, la mise à disposition d’équipements sportifs, y compris les vestiaires et douches, et le financement d’activités physiques ne sont plus considérés comme des avantages en nature. Ils sont donc exonérés des cotisations sociales. Cette exonération s’applique à condition que les installations ou prestations soient accessibles à tous les salariés et que leur organisation soit clairement portée à la connaissance de chacun. Lorsque l’entreprise met à disposition des équipements sportifs, l’exonération est totale et sans plafond. En revanche, pour les prestations d’activités physiques financées directement, l’exonération est limitée à 5 % de la valeur mensuelle du plafond de la Sécurité sociale, soit 200,25 € au 1er janvier 2026, multipliée par l’effectif de l’entreprise. Car, chaque entité est unique et comme pour son modèle économique, chaque entreprise a vocation à développer son propre modèle sportif adapté et bénéfique pour tous.

(1)    Étude du Cabinet Goodwill management pour le CNOSF (Comité National Olympique et Sportif Français), 2015. Lire l’étude 
(2)    Harmonie Mutuelle, A.S.O, CSA. Baromètre 2024 du Sport en Entreprise :  https://www.harmonie-mutuelle.fr/sites/default/files/2024-06/barometre-sport-en-entreprise-2024.pdf

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