Quatre conseils pour intégrer un salarié en situation de handicap
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L’Essentiel
- Penser l’embauche dans la stratégie globale de l’entreprise.
- Se faire accompagner pour le recrutement.
- Préparer la montée en compétence sur les premiers mois.
- Recourir à un Etablissement ou service d’aide par le travail (ESAT) pour trouver un futur salarié.
« Le premier recrutement nous a pris quatre mois. Le dernier, tout récent, a pris trois semaines », rassure Thomas Lobry, notaire associé d’une étude à Nice qui compte une cinquantaine de salarié(e)s. Il vient d’embaucher une aide archiviste en situation de handicap. C’est la troisième embauche de ce type dans l’étude. Cette vocation à la diversité dans l’équipe s’inscrit dans la stratégie globale de l’entreprise.
« Notre raison d’être est d’accompagner l’humain dans le respect de chacun et dans la discrétion. Le meilleur moyen de servir le client est de ressembler à la Société dont nous faisons tous partie », résume l’employeur.
Se faire accompagner pour le recrutement
Trouver le bon interlocuteur pour se faire guider est la première étape. Lorsque Thomas Lobry se lance en 2023, il ne sait pas à qui s’adresser. « A l’époque, il me faut trois semaines pour que Pôle emploi (devenu France Travail en 2024) m’oriente vers Cap emploi du département. »
Le réseau Cap emploi est chargé de faciliter la rencontre entre les demandeurs d’emploi reconnus handicapés et les entreprises qui embauchent. La loi pour le plein emploi adopté en 2023 a généralisé l’organisation de Teams Handicap sur l’ensemble du territoire où coopèrent des conseillers de France Travail et les équipes de Cap emploi. « A partir du moment où vous avez la bonne personne en face de vous, tout est beaucoup plus simple », résume le notaire. Il a pu décrire en détail les missions du poste à pourvoir. Et Cap emploi est allé chercher les profils les plus adaptés parmi les demandeurs d’emploi de leurs fichiers.
Préparer la prise de poste avec l’embauché
Thomas Lobry s’est soucié de préparer au mieux l’intégration des nouveaux salariés. En amont du recrutement, une journée de sensibilisation a été organisée pour les équipes sur les réalités du handicap.
Puis, il a fallu anticiper les éventuelles adaptations du poste. Que ce soit sur le plan des horaires, de la charge de travail ou des outils de travail. « Nous posons la question au salarié si il souhaite que son handicap soit connu du reste de l’équipe », raconte Thomas Lobry. Les deux embauchées les plus récentes ont refusé. « Chacun a son approche, mais cela montre tout de même que le tabou persiste », souligne-t-il.
Accompagner la montée en compétence
L’intégration au sein de l’étude s’est faite progressivement. D’abord avec les deux collègues les plus proches du service des archives, ce qui a permis de les installer dans leur quotidien. Puis les rencontres se sont succédées avec les clercs, les notaires dans un climat bienveillant où les nouvelles embauchées ont pu trouver leur place sans heurt. « Ce sont des collaborateurs qui font partie de l’équipe,comme les autres. Il n’y a ni sacralisation, ni mise au ban », confirme Thomas Lobry.
Lorsque Cap emploi accompagne une entreprise sur ses recrutements, le suivi peut se prolonger durant les mois suivant la signature du contrat. Un aménagement de poste qui n’a pas été prévu, une mise au point sur les missions ou leur organisation… un tel accompagnement sécurise les premiers mois d’une relation professionnelle où chacun doit prendre ses marques.
Recourir aux Etablissements ou services d’aide par le travail (ESAT)
Les Etablissements et services d’aide par le travail (ESAT) font partie avec les entreprises adaptées (EA) du milieu dit « protégé ». Les ESAT emploient des personnes en situation de handicap (visible ou invisible) et proposent leurs prestations aux entreprises ordinaires dans tout type d’activité (entretiens d’espace vert, conditionnement, services administratifs...).
Présents partout en France, les ESAT sont aussi habilités à mettre à disposition d’entreprises ordinaires, leurs travailleurs afin d’assurer des prestations précises. Ces mises à disposition qui peuvent durer plusieurs mois, représentent une opportunité, pour le salarié et pour l’entreprise de se tester mutuellement dans la perspective d’une embauche durable.
Plus de 130 magasins Décathlon sur les 320 en France collaborent avec le milieu protégé et en particulier avec des ESAT. « Nous cherchons des personnes avec qui nous allons pouvoir travailler sur le savoir-être, avant le savoir-faire. C’est la base de nos partenariats inclusifs », explique Mounia Driouichchargée de mission handicap du groupe Décathlon.
Le magasin recruteur établit une fiche de poste spécifique à chaque situation. Cette fiche détaille de manière accessible tous les tâches à réaliser. Elle liste aussi les éventuelles contraintes liées aux postes. Le document est partagé avec un chargé d’insertion professionnelle (CIP, la personne qui accompagne les travailleurs de l’ESAT) qui saura identifier les candidats avec les qualités attendues. Des personnes qui ont les qualités attendues, ainsi que le désir de découvrir l’emploi en entreprise ordinaire.
Ce dispositif a de nombreux atouts pour sécuriser le parcours :
• Un stage préalable est possible afin que le travailleur découvre l’activité.
• Si la mise à disposition ne donne pas satisfaction d’un côté ou de l’autre, le travailleur retrouve sa place dans l’ESAT sans rupture ni perte de droits.
• La mise à disposition peut déboucher sur une embauche durable de la personne lorsque la personne et l’entreprise confirment leur envie commune d’avancer.
• Une convention d’appui (optionnelle) prolonge l’accompagnement de l’entreprise et du salarié par le chargé d’insertion professionnelledurant six mois, afin de sécuriser la transition.
« Nous avons signé 6 contrats à durée interminée l’an passé uniquement sur l’activité de vente. C’est une vraie fierté poru la mission handicap », se réjouit Mounia Driouich.
Recourir à la mise à disposition permet de sécuriser ce temps d’acclimatation mutuelle entre l’entreprise et la personne en situation de handicap. Elle peut d’ailleurs s’étaler sur plusieurs mois, en fonction du rythme de chacun. « Nous faisons des points réguliers entre la personne mise à disposition, son tuteur (un salarié Decathlon sur le site) et le conseiller en insertion professionnelle », explique Mounia Driouich avant d’ajouter : « Nous insistons sur la formation, l’accessibilité des consignes et la montée en compétence progressive ».
En 2025, le taux de chômage des personnes en situation de handicap est de 12 %, contre 7 % dans l’ensemble de la population active. « Le mot handicap fait encore peur, concède Mounia Driouich, c’est en donnant du sens à l’accompagnement qu’on fera reculer cela. Ma plus belle récompense c’est quand on nous dit sur les sites que le nouvel équipier est le meilleur ou qu’un salarié se révèle dans son rôle de tuteur. Nous y gagnons tous beaucoup. »
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Commentaires
Karoline Vincelet
23 novembre 2025 à 16h11