Sédentarité au travail : 4 astuces pour réduire les risques professionnels
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L’essentiel
- La posture assise prolongée accroît les risques cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de troubles musculosquelettiques.
- Bouger toutes les 30 minutes réduit les effets délétères des postures sédentaires.
- L’organisation du travail, les équipements et les pauses actives sont des leviers d’action complémentaires.
Posture sédentaire, de quoi parle-t-on ?
Quatre personnes sur cinq sont conscientes qu’une vie trop sédentaire a un impact négatif sur la santé, comme l’indique une étude récente de la Fondation Harmonie Mutuelle. Et pourtant, moins d’un sondé sur trois se sent concerné. Alors, qu’est-ce qu’une posture sédentaire ? « C’est une posture assise, maintenue dans le temps, avec une très faible dépense énergétique », explique Kévin Desbrosses, responsable d’études au laboratoire Physiologie Mouvement Travail de l’INRS1. Du canapé au fauteuil de bureau, en passant par son siège de voiture ou de bus, nous cumulons jusqu’à dix heures de postures sédentaires dans une journée.
Les effets sur la santé sont multiples : accentuation du risque de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2, d’obésité et de certains cancers. Elles favorisent aussi les troubles musculosquelettiques au niveau des lombaires, des épaules et des cervicales, ainsi que des troubles de la santé mentale comme l’anxiété. « Ces effets s’expliquent par des mécanismes physiologiques bien identifiés dans les études scientifiques », précise Kévin Desbrosses qui ajoute : « Faire du sport à la pause déjeuner ne neutralise pas les effets d’une journée passée assis. Il est certes bénéfique d’avoir une activité physique régulière pour sa santé, mais il faut aussi rompre fréquemment les temps passés en postures sédentaires ».
Télétravail et sédentarité
Avec un secteur tertiaire qui emploie la grande majorité de la population active, le travail est le principal lieu d’exposition aux postures sédentaires, devant les loisirs et les transports. « À partir du moment où le travail induit ces postures, alors c’est un risque professionnel que l’entreprise doit traiter comme tel », relève Johanne Langlois, responsable d’unité du Conservatoire national des arts et métiers – Institut scientifique et technique de la nutrition et de l’alimentation (Cnam-ISTNA). Le Cnam-ISTNA est à l’origine du site Manger mieux et bouger plus au travail.
Le télétravail, associé à la généralisation des réunions en visio qui s’enchaînent parfois, accentue cette tendance. « Nous avons rompu avec des relations en présentiel qui étaient autant de moments pour bouger. C’est la contrepartie du télétravail qui apporte un meilleur équilibre entre vie privée et vie personnelle, par ailleurs », constate Martin Denoeud, responsable des programmes d’activité physique adaptée pour les salariés au sein de Siel Bleu. Ce constat incite des entreprises à faire revenir des salariés au bureau plus fréquemment, mais cela ne résout pas toute la question de la sédentarité.
La solution pour limiter le temps passé en posture sédentaire est assez simple : démultiplier les occasions d’être en mouvement au travail comme en télétravail.
Des équipements de bureau pour limiter la station assise
Avez-vous déjà testé les bureaux assis-debout, le « vélo bureau » ou les supports d’ordinateurs à hauteur variable à poser sur une table ? Ces équipements sont indiqués pour le télétravail mais aussi quand les conditions de travail obligent à rester à son poste longtemps. Par exemple, « dans les centres d’appel, avoir un bureau à hauteur variable permet d’alterner les positions assise et debout, tout en travaillant », constate Kévin Desbrosses. Les effets sont doubles. Même en restant sur place, être en position debout augmente légèrement notre métabolisme énergétique. Et surtout, « notre flux sanguin s’améliore et notre système nerveux autonome, qui pilote toutes nos fonctions vitales, est stimulé ».
L’intérêt de ces solutions d’aménagement réside surtout dans la variété des positions que l’on pourra adopter dans la journée. « Travailler debout de manière prolongé induits aussi, des effets délétères pour notre santé » explique Kévin Desbrosses. De même l’équipement de salles de réunion avec tables et chaises hautes offre à chaque participant l’opportunité de se lever sans déranger le cours de la séance2.
Bouger avant et après le travail
Et lorsqu’il faut se rendre au travail, réduire le temps passé assis commence dès le trajet domicile-travail. Que l’on soit au volant de sa voiture ou assis dans les transports en commun. Pour quelques minutes de marche en plus et si son agenda le permet, il est toujours possible de :
- Descendre une station plus tôt.
- Se garer à quelques centaines de mètres de son lieu de travail.
Ainsi, chacun peut finir et/ou débuter son trajet en marchant et réduire la durée totale d’exposition quotidienne à la sédentarité.
Créer les occasions de bouger au bureau
Durant la journée de travail, la recommandation centrale formulée par l’INRS et confirmée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) est claire : se lever toutes les 30 minutes ou, en tous les cas, tenter de s’approcher de ce repère. L’important n’est pas la durée de rupture de la position assise (elle peut se limiter à deux ou trois minutes), mais sa fréquence. Quelques solutions simples existent, au prix, dans certains cas, d’une légère réorganisation du travail et des espaces :
- Créer une signalétique incitant à prendre les escaliers, plutôt que l’ascenseur.
- Abandonner les poubelles individuelles pour les regrouper en un seul lieu. Cela facilite par ailleurs la mise en place du tri sélectif et le travail des agents d’entretien.
- Placer les imprimantes à distance des bureaux.
- Passer ses appels téléphoniques debout, dans un lieu isolé ou en marchant, lorsque c’est possible.
- Limiter le recours aux réunions en visio en établissant des critères qui les justifient : nécessité de prendre des notes, projection d’un document…
Kévin Desbrosses, de l’INRS, observe : « On a créé des automatismes liés aux technologies de l’information et de la communication qui nous contraignent à rester assis de longues heures derrière notre ordinateur. Alors que dans certains cas, faire quelques pas pour passer un message à un collègue est suffisant. »
Apprendre à faire des pauses actives
Une fois debout, que fait-on ? Les pauses actives sont un levier simple et accessible pour optimiser l’impact de ces quelques minutes. Marcher est la solution la plus naturelle dès que l’on a un intérêt à se déplacer (récupérer ses photocopies, chercher un verre d’eau, poser une question à un collègue…).
Siel Bleu, spécialiste de l’activité physique adaptée, est de plus en plus souvent sollicité par les entreprises du tertiaire pour former des salariés à l’animation de pauses actives. Étirements du haut du corps comme du bas du corps, petites séquences de mouvement pour activer le flux sanguin… ces salariés référents sont des ambassadeurs internes capables d’amener leurs collègues à se mobiliser régulièrement dans la journée. « Notre parcours de formation relaie un message à véhiculer en permanence, pour amener les collègues à changer de posture de manière ludique ».
Cette solution est aussi une façon, pour les entreprises, de valider un changement de culture auprès des salariés. Car, trop souvent encore, le fait de rester en position assise durant des heures est le signe d’une concentration intense et donc de productivité.
1. INRS : Institut National de Recherche et de Sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles
2. Cette solution a sa limite : l’accueil de personnes à mobilité réduite. Donc, dans l’idéal il faudrait disposer de deux salles de réunions ou une seule équipée de bureaux à hauteur variable.
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