Burn-out : comment reprendre une vie professionnelle ?

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Philippe Chibani-Jacquot

Temps de lecture estimé 8 minute(s)

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Le syndrome d’épuisement professionnel n’est pas qu’un gros coup de fatigue, c’est un « effondrement » dont on revient en prenant le temps de la reconstruction. Clarisse, qui a vécu un burn-out, en témoigne et Maryline Combalot consultante et auteure de Welcome back to work apporte ses conseils.

« Le jour où je suis tombée ». Clarisse utilise toujours ces mots pour décrire ce lundi matin de février 2022 où elle n’a plus trouvé la force de se rendre à son travail. Elle avait 54 ans et travaillait auprès d’enfants en situation de handicap, comme monitrice éducatrice dans un institut médicoéducatif (IME). Un métier et un lieu de travail qu’elle a toujours appréciés. Le lendemain, elle dit à son médecin : « Je n’ai pas su aller travailler hier. » Elle s’excuse même de le déranger pour ça : « Je savais que je n'allais pas bien, mais je n'étais pas malade physiquement. Je ne venais pas chercher un médicament. »

Quand son médecin lui propose un arrêt jusqu’à la fin de la semaine, elle vacille. Elle se met à lui parler de son travail, de sa fatigue chronique, de ses problèmes de sommeil, du dénigrement dont elle fait l’objet de la part de certains collègues ou de sa direction. Le médecin ne tarde pas à prononcer les mots : « Vous faites un burn-out ». Il lui prescrit finalement un arrêt de travail de quinze jours et l’invite à consulter un spécialiste. Elle est soulagée de se sentir entendue. 

Rompre avec le travail

Toutes les personnes qui sont atteintes d’un burn-out ne réagissent pas comme Clarisse. « Certaines personnes essaient de négocier avec leur médecin pour ne pas être arrêtées car elles pensent qu’elles ne peuvent pas s’arrêter comme ça car “on compte sur elles au travail. Et le médecin doit souvent argumenter et se montrer persuasif pour que l’arrêt soit accepté” », explique Maryline Combalot consultante en entreprises, spécialisée dans l’accompagnement des salariés en burn-out et auteure de Welcome back to work, récemment paru1. « Le burn-out touche des salarié(e)s extrêmement engagé(e)s. Des personnes qui ont parfois du mal à poser des limites. Elles sont beaucoup sollicitées, parce qu’on sait que le travail sera fait et bien fait. »

La première étape consiste à accepter l’arrêt de travail pour rompre avec le cycle infernal du surengagement. La fatigue psychologique s’accroît. Elle empêche de bien faire son travail. Ce qui accentue la perte de confiance en soi...  « Il faut accepter une nouvelle temporalité, dit Maryline Combalot, chacun selon son rythme, mais l’essentiel consiste à ne pas repartir travailler, sans avoir pris le temps de récupérer et de travailler sur soi, au risque de rechuter », explique la consultante. 

Décrocher de son travail nécessite de couper tout lien avec l’environnement professionnel, pendant un temps tout du moins. Cela n’interdit pas à l’employeur ou à un collègue de tenter de prendre des nouvelles, mais en l’absence de réponse, inutile d’insister.

Le burn-out en quelques mots

Le burn-out est un état d’épuisement professionnel qui apparaît quand les exigences du travail dépassent durablement les capacités d’une personne. Il ne s’agit pas d’une fragilité individuelle ou d’un état de stress passager. C’est un syndrome profond qui se déclenche, principalement, en réaction à une organisation du travail qui expose à une charge trop lourde, un manque de soutien, de reconnaissance ou à des contradictions permanentes.

On identifie trois phases qui se complètent :

  • L’épuisement psychologique : quand affronter une nouvelle journée de travail devient insupportable
  • La dépersonnalisation : quand on devient indifférent voire cynique vis-à-vis des autres ou de ce que l’on fait
  • La baisse d’accomplissement personnel, quand on a l’impression de ne plus y arriver et que l’on se dévalorise.

Trois séries de symptômes permettent d’identifier un burn-out :

  • Symptômes physiologiques : fatigue chronique, problèmes de sommeil, douleurs diffuses
  • Symptômes cognitifs ou affectifs : hypersensibilité, pessimisme, cynisme, indécision
  • Symptômes comportementaux : diminution de sa productivité habituelle, agressivité, repli sur soi, pratiques addictives.

Comprendre la chute, préparer la suite

En prenant du recul, la personne peut débuter un autre travail, celui de comprendre ce qui s’est passé. « Retourner au travail sans avoir établi l’arbre des causes, est risqué », alerte Maryline Combalot. Et parmi ces causes, il y a celles que l’on va chercher en soi (les facteurs individuels) et celles qu’il faut identifier dans ce qui se passait au travail (les facteurs organisationnels).

« Je suis quelqu’un qui ne cherche pas le conflit, plutôt introvertie », reconnait Clarisse qui est suivie par une psychologue depuis son arrêt. Elle consulte de nombreux témoignages et décortique tous ces événements de sa vie professionnelle qui dessinent les causes de sa chute : un changement de direction, une collègue qui prend de la place et dénigre son travail, jusqu’à influencer le regard de ses responsables sur elle. « Je me sentais harcelée par ma hiérarchie. Chaque remarque restait ancrée en moi. Je dormais  " travail ", je me réveillais " travail ".  A force de chercher des solutions, je me dévalorisais, moi la " petite monitrice éducatrice ", devant les éducateurs spécialisés. »

Clarisse construit un nouveau cadre de ce qu’elle n’acceptera plus. « Désormais, je suis capable de me recentrer sur moi et de me confronter, si besoin, à une personne sans que cela soit une raison de conflit ». Par exemple, après quelques mois d’arrêt, elle déjeune avec sa directrice qui prenait des nouvelles régulièrement. « Je lui ai rappelé le contexte. Tout ce qu’elle m’a dit de dénigrant. Et je lui ai dit que je tenais à revenir au travail, mais seulement lorsque ce sera le moment pour moi. Elle m’a écoutée. »

Et quand elle revient au printemps 2024, « Je n’ai plus de tabou. J’ai dit à la nouvelle directrice que j’avais fait un burn-out et que désormais, je connaissais mes limites. Donc : respect strict des horaires, transmission fluide des informations, pas de SMS le soir… »

Ouvrir le champ des possibles

Mais avant de revenir au travail, Maryline Combalot invite à se poser toutes les questions importantes : reprendre le travail, d’accord, mais où et comment ? Dans la même entreprise ? Ai-je envie de changer de métier ? « Ça a été tellement dur pour certaines personnes, qu’elles se disent qu'elles veulent se reconvertir. Mais quand on parle de changer les conditions de l’activité, finalement, le métier pourrait encore leur convenir », explique la coach professionnelle.

Clarisse, a toujours dit qu’elle voulait reprendre son métier là où elle l’avait arrêté. « Médecin conseil, psychologue, médecin du travail, généraliste… je leur ai toujours répondu que j’aimais mon travail et le public des enfants en situation de handicap. Je voulais reprendre dans mon IME, mais en posant mes limites. » 

Préparer le retour au travail

Anticiper le retour se fait lorsqu’après échange avec son médecin, on se sent prêt. Si le lien est coupé avec l’employeur (hormis la transmission des arrêts de travail), Maryline Combalot incite à le prévenir en amont. « L’email est le meilleur média. Cela permet de proposer un temps où son interlocuteur sera totalement disponible pour parler d’une reprise du travail ».

Quant aux conditions, « cela ne peut se réduire au choix du temps partiel. Reprendre à mi-temps mais avec la même intensité ou le même cadre de travail, c’est foncer droit dans le mur , tranche Maryline Combalot. Tout comme le salarié doit s’attacher à reconstituer l’arbre des causes de son burn-out, les employeurs doivent réinterroger leurs conditions de travail lorsqu’un ou des salariés vivent un burn-out. C’est un signal d’alarme pour l’entreprise. »

Et le salarié a le droit d’interroger son employeur sur ce qui aura changé dans l’organisation du travail avant de revenir. Clarisse raconte : « J’ai su que, suite à mon arrêt, le délégué du personnel avait fait intervenir le médecin du travail. Qu’une jeune salariée avait fait des fiches de signalement et que la nouvelle directrice avait été informée des difficultés et de l’ambiance. Et elle a souhaité me recevoir individuellement pour en parler ».

Le Jour J et les jours d’après

Maryline Combalot insiste sur une dernière étape, mais qui dépend beaucoup plus de l’entreprise que du salarié. Il s’agit d’organiser le ré-accueil « d’une personne qui n’est plus la même, qui ne veut plus revivre les mêmes choses », explique-t-elle. Mais l’entreprise, elle aussi n’est plus tout à fait la même. L’équipe s’est réorganisée, avec des nouveaux venus éventuellement, voire des nouvelles activités, des nouvelles installations ou de nouveaux logiciels. « C’est important de transmettre le contexte pour que la personne ait les moyens de trouver sa place. » Cela se prépare en amont, et nécessite aussi un suivi durant les premières semaines avec le manager.

Clarisse a repris le travail depuis plus d’un an au moment de la publication de cet article. « Tout va bien, j’ai retrouvé le cœur de mon métier. Mais pour avoir lu de nombreux témoignages de rechute, je reste en vigilance. Ce n’est plus possible que le travail que j’aime me rende malade. On a touché à ma santé mentale, il est hors de question que cela se reproduise. »

1.    Welcome back to work, les six étapes clés pour réussir son retour en entreprise après un burn-out, Maryline Machu-Combalot, éd. Vuibert, octobre 2025

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Commentaires

Merci beaucoup pour votre témoignage qui m’aidera dans ma projection de retour au travail. Je ne suis qu’à l’étape d’acceptation et de récupération, un mois et demi après mon burn out, mais cela me donne des directions pour envisager l’avenir à mon retour au travail… Cela conforte et renforce ce que j’avais déjà imaginé. Skleren
Bonjour,
Merci beaucoup pour votre commentaire.
Je vous souhaite de vous reconstruire et vous retrouver.
Prenez le temps nécessaire et ne penser qu'à votre bien-être.
Bien à vous. Clarisse

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