Réchauffement climatique : comment adapter le travail pour préserver la santé des salariés ?
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L’essentiel
• La chaleur n'est qu'une partie du problème : le climat affecte aussi la santé physique et mentale des salariés.
• Les entreprises ont intérêt à anticiper ces risques avant qu'ils n'affectent durablement l'activité.
• Les lieux de travail peuvent devenir des espaces protecteurs s’ils prennent en compte tous les aspects de notre santé.
Les deux épisodes de canicule précoce que la France aura connus avant le début de l’été serviront de répétition générale. Les entreprises ont dû adapter le travail en extérieur. Certaines entreprises ont facilité le télétravail. La SNCF a anticipé les éventuelles pannes de climatisation en annulant certains trains. Mais qu’en sera-t-il dans un monde où des épisodes prolongés à plus de 45 degrés pourraient survenir ? C’est la question à laquelle les participants de la journée Move for climate ont tenté de répondre le 10 juin 2026, à Paris. Cette journée de conférences et d’ateliers, a rassemblé des spécialistes et des dirigeants d’entreprise de toute taille et de tout secteur pour promouvoir des solutions pour l’avenir.
Éviter le manque d’eau
Côté constats, l’objectif est de connaître nos vulnérabilités, pour mieux les anticiper. En 2050, nous manquerons d’eau pour couvrir nos besoins. « Les trois quarts du territoire français connaîtront des situations de stress hydrique », prévient Charlène Descollonges, ingénieure hydrologue. Elle rappelle que près de la moitié de l’eau dont nous avons besoin sert à produire de l’électricité (barrages, refroidissement des centrales nucléaires), puis à la consommation humaine et ensuite à l’agriculture. L’eau, est donc autant une ressource indispensable à l’activité des entreprises, qu’à la santé humaine.
Prélever les ressources naturelles avec discernement
Philippe Bihouix est ingénieur et directeur général de l’AREP, une société qui a développé une expertise sur la décarbonation des projets industriels, de transport ou encore de bâtiments. Selon lui, les besoins en matières premières (ils se mesurent en milliards de tonnes) pour assurer la révolution numérique, développer les villes et passer au zéro carbone sont irréalistes.
Il ajoute que « le taux de recyclage des métaux est évalué à 1 % », ce qui rend l’économie circulaire incapable de remplacer l’extraction minière.
Philippe Bihouix appelle donc à plus de sobriété et à faire des arbitrages sur nos besoins. Par exemple « pourquoi construire des voitures de deux tonnes, quand une tonne suffirait ? »
Quid de la santé humaine dans un monde à 45° C ?
Les vagues de chaleur nous font craindre pour la vie des plus fragiles. Les plus jeunes et les plus âgés en particulier. Mais le dérèglement climatique a d’abord un impact sur notre capacité à rester en bonne santé.
Responsable de projets à la direction Impact et santé durable d’Harmonie Mutuelle, Amélie Vitet a rappelé, lors d’un atelier, que « le réchauffement climatique participe à l’augmentation des maladies chroniques au sein de la population ». Christian Clot, aventurier et directeur du Human Adaptation Institute, rappelle que c’est « à partir de 29 degrés que notre cerveau commence à moins bien fonctionner ». Dans un monde à 45 degrés « le cerveau a besoin de réduire son activité. Il perd d’abord ses compétences sociales ». Autrement dit nous ne sommes plus capables de supporter nos relations sociales habituelles.
Agir sur tous les déterminants de santé
Les entreprises ont intérêt à anticiper ces risques pour la santé des salariés. « Et cela passe d’abord par la réduction de leur impact climatique », rappelle Christian Clot.
Mais pour prendre en compte la santé des salariés, il faut aborder l’ensemble des éléments qui contribuent à leur bonne santé et ne pas se limiter au seul impact de la chaleur. Un défi que cherche à relever Harmonie Mutuelle à l’occasion, notamment, du projet de déménagement de son siège parisien. Le confort thermique est évidemment étudié avec un objectif de sobriété énergétique.
Mais le projet vise aussi à « faire du bureau un refuge », explique Amélie Vitet. Cela signifie que les bureaux doivent préserver le confort acoustique des occupants, être adaptés à toutes les formes de handicap. Cela implique aussi que les espaces de pause et de restauration favorisent le lien social, lui aussi déterminant pour la bonne santé. Il est aussi prévu que l’activité physique devienne une évidence pour les occupants : incitation à la circulation décarbonée (à pied ou à vélo), aménagements qui limitent la sédentarité (comme un escalier central et lumineux pour réduire le recours à l'ascenseur).
Eviter l’eco-anxiété
Amélie Vitet rappelle un dernier levier d’action qui relève de la préservation de la santé mentale : favoriser le passage à l’action des salariés. L’éco-anxiété1 est un syndrome individuel qui a une influence sur l’engagement des salariés. « Un salarié sur dix est touché par l’éco-anxiété, rappelle Virginie Nicolas, responsable RH, qualité de vie au travail et engagement chez Harmonie Mutuelle. Et 55 % des salariés envisagent de quitter leur entreprise pour un employeur davantage aligné avec leurs convictions écologiques. » C’est pourquoi l’entreprise prévoit des jours mobilisables par les salariés pour s’engager dans des actions de solidarité ou en faveur du climat. C’est autant un argument d’attractivité qu’un élément du remède à l’éco-anxiété : le passage à l’action.
1. L’éco-anxiété se définit comme l’ensemble des émotions inconfortables (anxiété, impuissance, inquiétude face à l'avenir) ressenties en réaction à la dégradation globale de l'environnement.
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