Absence de règles : quelles sont les causes possibles ?
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Le cycle menstruel d’une femme, en âge d’avoir ses règles (1), dure en moyenne 28 jours. La paroi interne de l’utérus, appelée endomètre, s’épaissit pour être prête à accueillir un ovule fécondé par un spermatozoïde. Elle se constitue de muqueuse utérine, de glaire et de sang. Si la fécondation n’a pas lieu, une partie de l’endomètre est évacuée par le vagin : ce sont les règles, ou menstruations, saignements qui s’étendent de 3 à 8 jours.
Il arrive que ce cycle menstruel soit perturbé, ce qui peut se traduire par une absence de règles ponctuelle, répétée ou continue. Lorsque cette absence est inférieure à trois mois, on parle de troubles ou d’irrégularité des règles. « Ces troubles sont essentiellement ovariens », explique le docteur Joëlle Robion, gynécologue médical, membre du Syndicat national des gynécologues et des obstétriciens de France (Syngof).
Les troubles des règles peuvent se manifester durant la périménopause
Certaines femmes ont des ovaires dystrophiques ou polykystiques. « Les ovaires fonctionnent alors mal ou trop. Par conséquent, les cycles menstruels peuvent être plus longs ou plus courts que la normale. Les menstruations ne sont donc pas régulières », observe le médecin. Les troubles des règles peuvent aussi se manifester durant la périménopause (ou préménopause), période qui précède la ménopause (2), du fait de l’insuffisance ovarienne. « Le plus souvent, les cycles seront courts mais cela peut aussi s’exprimer par une alternance de cycles courts et de cycles longs ».
Certaines femmes ont une insuffisance ovarienne prématurée, avant d’atteindre l’âge de la ménopause. « Et là aussi, on peut constater des troubles de règles », confie la gynécologue. Par ailleurs, un stress, un traumatisme, des troubles du comportement alimentaire ou encore la pratique très intensive du sport sont autant de causes qui peuvent expliquer l’irrégularité et l’absence de règles. L’hypothalamus, glande au niveau du cerveau, se met alors au repos et stoppe le fonctionnement des ovaires.
La prise de médicaments, tels que les antidépresseurs ou encore les psychotropes, peut également provoquer le dérèglement des menstruations. « Ils ont un effet sur l’hypophyse et l’hypothalamus qui régulent les sécrétions hormonales. Cela peut provoquer des troubles du cycle menstruel plus ou moins longs. »
L’aménorrhée est normale en cas de grossesse et d’allaitement
Lorsque l’absence de règles persiste durant trois mois consécutifs ou plus, on ne parle plus de troubles des règles mais d’aménorrhée. « Cela vaut dans les cas de figure précités : ovaires dystrophiques, choc émotionnel, anorexie mentale… », souligne le docteur Joëlle Robion. L’aménorrhée est considérée comme normale en cas de grossesse, durant l’allaitement et après la ménopause.
Elle est volontaire quand elle est liée à la prise ou à l’installation de contraception comme la pilule progestative ou le stérilet hormonal. « Les règles sont très peu abondantes ou disparaissent complètement car la muqueuse de l’utérus s’atrophie. Toutefois, avec le stérilet, les ovaires fonctionnent toujours et le cycle menstruel est respecté », précise la praticienne.
En dehors de ces situations particulières, l’aménorrhée s’explique de diverses façons et n’est pas forcément symptomatique d’une affection ou d’une anomalie. On en distingue deux types principaux : les primaires et les secondaires. 3 à 4 % des femmes en âge de procréer sont concernées.
Le retard pubertaire peut expliquer l’aménorrhée primaire
L’aménorrhée primaire touche les jeunes filles, en âge d’être réglées, qui n’ont jamais eu de menstruations. La plus fréquente des causes à cette absence est le retard pubertaire. Les caractères sexuels (poussée des seins, développement de la pilosité…) de la personne concernée n’apparaissent pas. Le corps garde un aspect infantile. Cela peut, entre autres, s’expliquer par la présence de plusieurs cas de puberté tardive dans la famille, par l’existence d’une pathologie chronique (maladie rénale, anémie, mucoviscidose…) ou encore en raison de carences nutritionnelles.
Cette aménorrhée peut aussi résulter d’une anomalie des chromosomes sexuels. Le syndrome de Turner en est une illustration. Il est dû à l’absence de tout ou d’une partie des deux chromosomes X chez la femme. Et entraîne notamment une petite taille et un défaut de fonctionnement des ovaires. « On peut citer également, même si c’est très rare, le syndrome de résistance aux androgènes (3) », ajoute le docteur Joëlle Robion.
L’anorexie mentale, ainsi que le sport pratiqué intensément, peuvent entraîner une aménorrhée primaire. Il en est de même en cas d’altération des ovaires après un traitement (chimiothérapie), en raison d’une maladie endocrinienne (hypothyroïdie), ou d’un dysfonctionnement de l’hypophyse et de l’hypothalamus (séquelles de la méningite, tumeur au cerveau…). Le médecin rappelle aussi qu’on peut être enceinte « dès la première ovulation avant même d’avoir eu ses premières règles ».
L’absence de règles peut être consécutive à une maladie
L’aménorrhée secondaire concerne les femmes non ménopausées qui ont déjà eu des règles. « Là aussi, l’origine peut être tout simplement une grossesse. C’est la première piste à privilégier », insiste la vice-présidente du Syngof. Les causes de cette aménorrhée peuvent être ovariennes (dystrophie, polypes…), tumorales, fonctionnelles.
Beaucoup de maladies peuvent entraîner une absence prolongée de menstruations : le cancer, l’insuffisance rénale, l’hépatite, le diabète, le dysfonctionnement de la thyroïde… « La pathologie principale aura des conséquences sur les ovaires, très sensibles, qui vont alors se mettre au repos ». Les traitements vont différer en fonction de la cause. « Par exemple, en cas de troubles du comportement alimentaire, la prise en charge sera spécifique à cette affection (suivi par un psychothérapeute, par un diététicien…) et ne consistera pas seulement à la prise d’hormones », indique la gynécologue.
Un examen clinique approfondi s’impose. « Il faut parler avec la patiente avant de se précipiter dans des examens et de débuter un traitement oestroprogestatif. Le bilan doit être gradué en fonction de ce que l’on soupçonne ». Et le médecin de rassurer : « La plupart des causes de l’absence de règles sont bénignes et ne supposent pas qu’il y ait un problème de fertilité ».
(1) Selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), l’âge moyen d’apparition des règles est de 12,8 ans.
(2). Selon l’Assurance maladie, la ménopause se produit entre 45 et 55 ans. Le temps de la préménopause est variable. Il peut durer entre 2 et 4 ans.
(3). Ou syndrome du testicule féminisant. Les personnes concernées ont un sexe génétique et reproductif masculin mais une apparence féminine.
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