En 2024, le nombre des interruptions volontaires de grossesse a augmenté en France pour la 3e année consécutive : c’est ce qu’a révélé une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES). En parallèle, nos comportements concernant les modes de contraception changent petit à petit. Selon une enquête de l’INSERM publiée fin 2024, le stérilet est aujourd’hui le moyen de contraception le plus utilisé, suivi de près par la pilule, puis par le préservatif. Une évolution qui s’explique, entre autres, par une méfiance grandissante vis-à-vis des médicaments hormonaux.
La pilule augmente forcément le risque d’avoir certains cancers.
Faux. Par le passé, certaines études ont fait apparaître une légère hausse du risque de cancer de sein en cas de prise de pilule dite « combinée » (contenant œstrogène et progestérone). Mais selon les professionnels de santé, ce risque doit être fortement nuancé.
« Il n’intervient que dans des contextes spécifiques, pour des prises de longue durée, souligne Julia Maruani, gynécologue médicale à Marseille, et secrétaire générale adjointe de la Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale. Les augmentations dont il est question ne représentent que quelques cas sur des milliers de personnes. Globalement, on peut dire que la pilule n’augmente pas le risque de cancers, voire en diminue certains, tels que ceux de l’ovaire, de l’endomètre et du colon ».
La pilule peut augmenter les risques cardiovasculaires.
Vrai et faux. Tout dépend de quel type de pilule on parle. Il en existe deux types :
- Les pilules œstroprogestatives, qui contiennent un œstrogène de synthèse et un progestatif (comme les deux hormones sexuelles féminines). On les appelle également pilules combinées. Elles peuvent augmenter le risque cardiovasculaire dans certains cas.
- Les pilules progestatives, qui ne contiennent qu’un progestatif. « Comme elles ne contiennent pas d’œstrogène, ces pilules progestatives constituent des pilules de choix pour les femmes qui présentent un risque cardiovasculaire », indique Julia Maruani.
Les pilules oestroprogestatives sont classées par générations (c’est-à-dire le moment où elles ont été développées). Aujourd’hui, les pilules de 1re génération ont disparu, au profit des pilules de 2e, 3e, ou 4e génération. « De nombreuses études ont montré que les pilules de 2e génération étaient celles qui présentaient le moins de risque thromboembolique veineux (phlébites ou embolies pulmonaires) par rapport aux suivantes, indique la gynécologue. Par conséquent, pour initier une contraception orale œstroprogestative, la Haute Autorité de Santé recommande de commencer toujours par une pilule de 2e génération. »
La pilule rend stérile.
Faux. Si une femme est fertile avant la prise de la pilule, elle le reste quand elle l’arrête pour avoir un enfant. Cependant, à l’arrêt de la pilule, les premiers cycles peuvent être irréguliers, surtout chez les femmes qui étaient mal réglées auparavant. Il peut être tout à fait normal de devoir patienter plusieurs mois avant qu’une grossesse ne survienne.
Le patch contraceptif, l’anneau vaginal et l’implant sont aussi efficaces que la pilule.
Vrai. Entre prendre la pilule et utiliser l’un de ces moyens, il n’y a aucune différence. Seul le mode d’administration change. Le patch contraceptif et l’anneau vaginal correspondent à une pilule œstroprogestative, l’implant à la pilule progestative. Avantage de ces méthodes : elles évitent les risques d’oubli. En termes d’efficacité de ces modes de contraception dans la pratique, l’implant remporte la palme avec un taux de 99,95 %, contre 92 % pour le patch, l’anneau vaginal et les deux types de pilules.
- Le patch contraceptif, un timbre de couleur chair, se change une fois par semaine, pendant 3 semaines. La 4e semaine, on suspend le patch, ce qui provoque l’arrivée des règles, mais l’effet contraceptif persiste pendant ces 7 jours de pause. Un nouveau cycle de patch reprend après la semaine de pause.
- L’implant se présente sous la forme d’un bâtonnet de 4 centimètres de long et de 2 millimètres de diamètre. Il est posé (sous anesthésie locale) sous la peau, au-dessus du coude. Il agit en bloquant l’ovulation et en augmentant la viscosité de la glaire cervicale que les spermatozoïdes ne peuvent donc plus traverser.
- L'anneau vaginal est un anneau souple contenant un combiné d’hormones qui diffusent à travers la paroi vaginale et passent dans le sang. Il agit en bloquant l’ovulation.
À noter que patchs et anneaux ne sont pas remboursés par l’Assurance maladie.
À chaque femme de choisir sa contraception.
Vrai. Avant de choisir une contraception avec un professionnel de santé, prenez le temps de réfléchir à vos envies, vos expériences en la matière, mais aussi à votre mode de vie, votre situation médicale, votre vie affective, familiale…
En effet, pour vous conseiller au mieux, le professionnel de santé doit recueillir plusieurs informations. Outre les risques cardiovasculaires déjà cités, avez-vous des règles douloureuses ou abondantes, ou bien encore de l’acné ? Faites-vous de la rétention d’eau ? « Dans certains cas de figure, les pilules de 3e et 4e génération peuvent améliorer des symptômes gênants et apporter ce qu’on appelle des bénéfices secondaires à la contraception, indique Julia Maruani. Notre rôle est de proposer la ou les contraceptions les plus adéquates, en présentant à chaque fois avantages et inconvénients. Le choix final appartient à la patiente ».
Baisse de la libido, prise de poids, etc. : la contraception hormonale a des effets secondaires
En partie vrai. Comme tout médicament, la pilule, le stérilet hormonal et l’implant peuvent avoir des effets secondaires. Mais ceux-ci diffèrent selon les individus. Parmi les effets mentionnés par les femmes, la baisse de la libido, des saignements imprévus ou la prise de poids.
« Il n’existe pas de pilule connue spécifiquement pour faire grossir ou ne pas faire grossir, précise Julia Maruani. La prise de poids comme la variation de la libido ont des causes multifactorielles. Quand mes patientes évoquent ces impacts, j’échange plus largement avec elles sur leur situation, leurs éventuels changements de comportement alimentaire, leur mode de vie. Ensuite, si nécessaire, un changement de contraception peut tout à fait être envisagé. »
La contraception est gratuite pour les mineures.
Vrai. La contraception est gratuite pour les jeunes filles mineures. Depuis 2022, elle l’est également pour toutes les femmes jusqu'à l'âge de 25 ans. Cela concerne tous les contraceptifs remboursables par l’Assurance maladie : dispositifs intra-utérins, implants, certaines pilules et marques de préservatifs féminins ou masculins.
En outre, depuis 2023, la pilule d'urgence peut être délivrée en pharmacie, gratuitement, sans prescription médicale et sans avance de frais, à toute personne mineure ou majeure (les personnes majeures doivent présenter leur carte Vitale).
Bon à savoir. Pour les moins de 26 ans, certains préservatifs peuvent être demandés gratuitement en pharmacie, sans ordonnance et sans âge minimum. Il suffit de présenter sa carte Vitale (ou une attestation de droits) au pharmacien.
Les méthodes naturelles sont moins efficaces que les autres.
Vrai. Les méthodes naturelles présentent un taux d’échec autour de 20 %, autrement dit bien supérieur à ceux des modes de contraception hormonaux ou mécaniques (1). À titre d’exemple, le stérilet (ou dispositif intra-utérin, DIU) au cuivre et l’implant hormonal affichent des taux d’efficacité de plus de 99 %. « L’âge de la patiente doit être également pris en compte, souligne la gynécologue Julia Maruani. Une femme qui choisit les méthodes naturelles à 45 ans n'a pas du tout le même risque de grossesse qu'une jeune fille de 20 ans ». Il existe plusieurs types de méthodes naturelles :
- Le retrait consiste à retirer le pénis du vagin avant l'éjaculation. Pour être fiable, cette méthode demande une grande maîtrise, et comporte toujours un risque.
- La méthode Ogino consiste par de savants calculs basés sur la durée des cycles des douze derniers mois, à déterminer une période « interdite » avec une certaine marge de sécurité. Plus les cycles sont irréguliers, plus la période d’abstinence sera longue.
- La méthode des températures permet de déterminer la période d’ovulation en fonction de sa courbe de température. Cette méthode nécessite de prendre sa température chaque matin avant le lever, et toujours à la même heure. Cela ne tient pas compte des autres facteurs pouvant faire monter la température (fièvre, stress…). L’ovulation est marquée, au milieu du cycle, par un décalage thermique au-dessus de 37°. Il convient d’éviter tout rapport sexuel avant le 3° jour de ce décalage thermique.
- La méthode Billings : l’ovulation est repérée par l’observation des modifications de la glaire cervicale (sorte de pertes vaginales visqueuses comme du « blanc d’œuf ») qui devient plus abondante lors de l’ovulation. Inconvénient : ces modifications de la glaire ne sont pas toujours aisées à repérer.
Pour les couples utilisant les méthodes naturelles tout en voulant en limiter les risques, « mieux vaut combiner plusieurs d’entre elles et utiliser un diaphragme et des spermicides », conseille la gynécologue.
Un stérilet (DIU : dispositif intra-utérin) ne peut pas être posé chez une femme qui n’a pas eu d’enfant.
Faux. Il existe deux types de stérilet efficaces pendant une durée habituelle de 5 ans :
- le stérilet au cuivre : il inactive les spermatozoïdes et empêche la nidation d’un éventuel embryon. Son avantage : il respecte le cycle menstruel et ne diffuse aucune hormone. Inconvénient, il peut augmenter la quantité et/ou les douleurs des règles.
- le stérilet hormonal : il délivre en continu une hormone progestative dans la cavité utérine. Il diminue le volume des règles et parfois même les supprime, certains gynécologues le prescrivent d’ailleurs aux femmes ayant des règles douloureuses ou trop abondantes. « Il existe aujourd’hui deux sortes de stérilets hormonaux, précise Julia Maruani. Le plus récent, moins dosé que le premier, a très peu d’effets secondaires et a l’avantage de diminuer les règles et les douleurs ».
Le stérilet au cuivre et le stérilet hormonal peuvent être envisagés chez une femme sans enfant, même si la pose peut être plus délicate. Contrairement à une autre idée reçue, le stérilet ne favorise pas les infections sexuellement transmissibles (IST). Toutefois, si la porteuse d’un stérilet contracte une IST, cette infection peut gagner plus facilement la cavité utérine. « Ce risque n’est que légèrement majoré », précise la gynécologue.
La contraception repose encore beaucoup sur les femmes.
Vrai. À lui seul, ce chiffre le montre : 91 % des femmes de 18-49 ans ont recours à un moyen de contraception (2). Les deux modes de contraception les plus utilisés, stérilet et pilule, reposent exclusivement sur elles. Le préservatif arrive assez loin derrière, utilisé à 18,6 %, contre respectivement près de 30 % pour le stérilet et la pilule.
« Le préservatif affiche un très bon taux d’efficacité, mais pâtit toujours de l’idée reçue selon laquelle il diminuerait le plaisir, déplore Julia Maruani. Son grand avantage est de protéger contre les infections sexuellement transmissibles. Or, les jeunes l’utilisent relativement peu, alors que c’est le moment de la vie où c’est le plus important. »
Mis à part le préservatif et le retrait, les hommes disposent de peu de moyens de contraception. Ces méthodes sont encore peu utilisées en France :
- Il existe un mode de contraception masculine hormonale, sous forme d’injections de testostérone. Mais l'Organisation mondiale de la santé recommande de ne pas l’utiliser plus de 18 mois.
- La contraception thermique, familièrement appelée « slip chauffant ». Cette méthode permet, en remontant les testicules, d’augmenter la température du sperme à 37 °C (contre 34 ° ordinairement) et d’altérer ainsi la fabrication des spermatozoïdes. Assez contraignante (il faut porter le slip au moins 15 heures par jour), elle est efficace au bout de trois mois et n’a pas encore été validée par les autorités sanitaires.
- La vasectomie. Contrairement aux deux méthodes précédentes, son effet est définitif. Cette opération chirurgicale consiste à ligaturer les canaux transportant les spermatozoïdes pour les empêcher de se mélanger au liquide spermatique. L’opération peut être réalisée en ambulatoire, sans anesthésie générale. L’éjaculation n’est en rien modifiée. « Cette intervention permettrait à des couples de ne plus faire reposer la charge de la contraception sur les femmes, souligne Julia Maruani. Bien qu’il s’agisse d’un geste chirurgical simple et qui ne change pas la vie sexuelle, elle se heurte encore aux réticences d’un bon nombre hommes qui y voient une atteinte à leur masculinité ».
Pour en savoir plus
Question sexualité, le site de Santé Publique France.
Parlons sexualité, site géré par le Planning familial des Bouches-du-Rhône et qui s’adresse aux 15-25 ans. Il propose un chat individuel, anonyme et gratuit, ainsi qu’un numéro vert pour toutes les problématiques de santé sexuelle, contraception, interruption volontaire de grossesse, etc.
(1) Les modes de contraception mécaniques sont ceux qui empêchent la rencontre entre les spermatozoïdes et l’ovule : les préservatifs masculins ou féminins, les diaphragmes, etc.
(2) Il s’agit plus précisément des femmes de 18 à 49 ans « concernées », c’est-à-dire les femmes ayant eu des rapports hétérosexuels dans l’année, non enceintes, non stériles et qui ne souhaitent pas être enceintes. Source : étude Inserm 2024.
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