Peut-on prévenir ou soigner des maladies sans médicaments ?

Publié le

Angélique Pineau-Hamaguchi

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Peut-on prévenir ou soigner des maladies sans médicaments ?
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Pour venir à bout de pathologies ou soulager les patients, les médicaments ou encore la chirurgie restent souvent indispensables. Mais d’autres approches ont fait la preuve de leur efficacité, en s’appuyant sur la science. C’est ce qu’on appelle les interventions non médicamenteuses (INM).

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pour lutter contre l’insomnie, un programme d’activité physique adaptée pour limiter la fatigue durant les traitements contre certains cancers ou encore des exercices de renforcement musculaire pour prévenir les chutes chez les personnes âgées vivant à domicile. Tous sont des interventions non médicamenteuses (INM). Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Qu’est-ce qu’une intervention non médicamenteuse ?

Une intervention non médicamenteuse (INM) est une méthode, efficace et sûre, ciblée sur un problème de santé. Elle peut être utile pour prévenir son apparition, soulager les symptômes, améliorer la qualité de vie du patient souffrant d’une maladie chronique ou encore favoriser l’autonomie. Une INM est réalisée ou encadrée par un professionnel formé. Il peut s’agir d’une pratique corporelle (comme une technique de kinésithérapie), nutritionnelle (comme un programme de rééquilibrage alimentaire) ou bien psychosociale (comme un type de psychothérapie).

« Les interventions non médicamenteuses ne remplacent pas les autres solutions de santé (médicaments, chirurgie…), elles les complètent », explique Grégory Ninot, président de la NPIS (1), la société savante qui répertorie les INM. Ce sont des outils supplémentaires à la disposition des soignants.

Dans certains cas, les interventions non médicamenteuses pourraient même maximiser les effets d’un traitement. « C’est le cas par exemple si on associe un programme d’éducation thérapeutique à une chirurgie bariatrique (2), pour une personne en situation d’obésité. Le patient va ainsi apprendre à changer sa manière de s’alimenter pour tenir compte de la réduction de son estomac », indique Grégory Ninot.

Ce qu’en dit la Haute Autorité de santé

Dès 2011, la Haute Autorité de santé (HAS) s’est penchée sur les « thérapeutiques non médicamenteuses validées » dans un rapport d’orientation. Elle y faisait le point sur les freins au développement de ce type de prescription (organisationnels et économiques, psychologiques et sociétaux). Elle y identifiait également les solutions possibles. Parmi elles : la nécessité d’évaluer les pratiques de façon rigoureuse afin que les professionnels de santé les prescrivent davantage.

La HAS préconisait aussi de changer le regard sur la notion de « traitement » pour que les prises en charge médicamenteuses et non médicamenteuses soient bien perçues par les patients comme complémentaires, dans un objectif à la fois curatif et préventif.

Quelle différence avec les médecines douces ?

Les interventions non médicamenteuses (INM) ne doivent pas être confondues avec des pratiques que l’on appelle couramment des médecines douces, complémentaires ou alternatives. Ces dernières n’ont pas toujours démontré leur efficacité. À l’inverse, il existe des preuves scientifiques solides dans le cas des INM. Celles-ci ont fait l’objet de plusieurs études, dont au moins deux essais cliniques montrant leur intérêt.

Par ailleurs, certains thérapeutes affirment parfois pouvoir « tout guérir » ou au moins avoir un effet significatif sur plusieurs pathologies très différentes. « Au contraire, une INM est une méthode, qui suit un protocole précis, efficace pour tel problème de santé en particulier. Ce n’est pas une discipline en soit, précise Grégory Ninot, le président de la NPIS (1). En revanche, tel protocole d’ostéopathie, d’activité physique adaptée ou de musicothérapie peut avoir prouvé son utilité pour répondre à tel objectif défini. »

Quel impact possible sur les dépenses de santé ?

En dehors des bénéfices sur la santé, les interventions non médicamenteuses (INM) peuvent également présenter des avantages économiques. Pour reprendre l’exemple du programme d’éducation thérapeutique en complément d’une chirurgie bariatrique, celui-ci va limiter les risques de complications et donc de réhospitalisation. Or, ces dernières entraînent nécessairement des dépenses de santé plus conséquentes.

« Des études montrent que pour un euro investi dans les interventions non médicamenteuses, ce sont 5 euros économisés en soins (lorsque les personnes sont déjà malades) et 3 euros en prévention (c’est-à-dire pour celles qui ne le sont pas encore) », souligne Grégory Ninot.

D’ailleurs, certaines INM sont déjà remboursées par l’Assurance maladie. C’est le cas par exemple de Mon soutien psy : des séances chez un psychologue (jusqu’à 12 par an), prises en charge à 60 % par l’Assurance maladie et à 40 % par les complémentaires santé. Avec l’idée de repérer et de traiter les troubles psychiques de façon précoce, avant qu’ils ne s’installent.

Comment connaître les interventions non médicamenteuses ?

Il existe un référentiel des interventions non médicamenteuses (INM), accessible sur le site referentielinm.org. Elles y sont classées par problème de santé : Alzheimer et apparenté, cancer du sein, risque de chute, insomnie…

Et pour chacune d’entre elles, une fiche décrit précisément le protocole (déroulé, durée…), les bénéfices attendus, les éventuels risques (notamment d'interaction), les contre-indications s'il y en a… Le site va être étoffé progressivement, avec de nouvelles INM.

Pour que les patients à qui ces méthodes s’adressent puissent en bénéficier, encore faut-il qu’ils aient connaissance de leur existence. Et cela passe notamment par une meilleure information des professionnels de santé afin qu’ils les prescrivent.

(1)    La Non-pharmacological intervention society (NPIS) est une société savante créée en 2021 qui « œuvre au développement de la science des interventions non médicamenteuses ».
(2)    La chirurgie bariatrique consiste à intervenir sur l'estomac afin de limiter la quantité d’aliments consommés et leur assimilation.
 

Rédigé par

  • Angélique Pineau-Hamaguchi

    Rédactrice en chef adjointe d’Harmonie Santé, spécialisée dans les questions de société et les enjeux sociétaux de la santé.

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