Canicule historique : le système de santé passe en gestion de crise

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Peggy Cardin-Changizi

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Canicule historique : le système de santé passe en gestion de crise
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Passages aux urgences multipliés par quatre, premiers décès signalés, plan ORSAN porté à son niveau maximal, 100 millions débloqués en urgence pour équiper les hôpitaux : ce jeudi 25 juin, le cabinet de la ministre de la Santé Stéphanie Rist a fait le point sur une situation qui franchit un cap.

La vague de chaleur installée sur la France depuis le 16 juin ne ressemble à rien de connu pour cette période de l’année. Selon le bulletin de Santé publique France du 24 juin, 90 départements ont été placés en vigilance orange - soit 91 % de la population -, dont 49 en vigilance rouge. L’épisode est déjà qualifié de plus sévère jamais enregistré en juin, d’une intensité potentiellement comparable aux canicules de 2003 et 2019. Et surtout, il s’installe dans la durée. Après un premier épisode en mai, violent mais bref, c’est cette persistance qui change tout. « L’intensité, l’étendue, et surtout la durée - ce sont vraiment les caractéristiques qui le rendent exceptionnel », a résumé Lise Alter, directrice de cabinet de la ministre.

Un seuil franchi

Les chiffres ont fini par parler d’eux-mêmes. Dès le 22 juin, Santé publique France enregistrait plus de 650 passages aux urgences en une seule journée pour des causes directement liées à la chaleur - hyperthermies (montée dangereuse de la température corporelle), déshydratations et hyponatrémies (chute du taux de sodium dans le sang) -, approchant les pics historiques des étés 2019 et 2025. Depuis, la courbe n’a pas fléchi. « On a une multiplication par 4 des passages aux urgences et des appels à SOS Médecins sur les dernières 24 heures », a indiqué Lise Alter. À Paris, environ 25 arrêts cardiaques ont été recensés en une seule journée, contre moins de 10 habituellement.

C’est dans ce contexte que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé ce matin le passage au niveau 3 du plan ORSAN - le niveau de mobilisation sanitaire le plus élevé, le niveau 4 étant celui du retour à la normale post-crise. Artus de Cormis, conseiller accès aux soins et premier recours auprès de la ministre, a mis les mots sur ce basculement : « C’est le passage de la surveillance à l’action, de l’anticipation à la gestion de crise. »

Ce que ça change concrètement

Le niveau 3 donne aux territoires une boîte à outils élargie, à mobiliser selon leurs besoins locaux. Les établissements peuvent activer leurs plans blancs - une dizaine l’avaient déjà fait spontanément - pour réaffecter du personnel, adapter les plannings et procéder à des déprogrammations ciblées d’actes non urgents. Un arrêté sera pris par la ministre dans les prochaines heures pour mobiliser des étudiants en médecine en renfort des centres 15 et SAMU, soumis à une pression intense. L’hospitalisation à domicile sera massivement sollicitée pour libérer des lits dans les services hospitaliers et faciliter la prise en charge des patients arrivés aux urgences. La réserve sanitaire et le service civique sont également activés.

La médecine de ville est, elle aussi, pleinement mobilisée : la ministre a écrit aux professionnels de santé libéraux pour les appeler à maintenir leurs cabinets ouverts et à assurer visites à domicile afin de soulager les urgences. Les services de psychiatrie ont également reçu instruction d’appeler leurs patients à risque qui sont à domicile, pour anticiper d’éventuelles décompensations - c’est-à-dire une aggravation brutale de leur état de santé sous l’effet de la chaleur. Toutes les cliniques privées sont par ailleurs associées à l’effort collectif.

Des tensions ont été signalées en Île-de-France, en Nouvelle-Aquitaine et dans le Grand Est. « Il n’y a pas de catastrophe, mais les signaux sont suffisamment importants pour qu’on passe en gestion de crise », a précisé Lise Alter.

La canicule ne s’arrête pas avec la chaleur

Les effets sanitaires d’une vague de chaleur se manifestent souvent bien après le pic de températures. « Les décompensations - c’est-à-dire les aggravations brutales de l’état de santé -, notamment chez les patients souffrant de maladies chroniques, surviennent parfois 5 à 10 jours après », a rappelé Lise Alter. C’est précisément pour anticiper cette vague différée que le niveau 3 est déclenché maintenant, et non quand les urgences seront saturées.

Des décès sont recensés, comme dans toute vague de chaleur. Les analyses permettant d’établir formellement le lien avec la canicule prennent du temps. Le message de prévention vaut pour tous : rester à l’abri aux heures les plus chaudes, bien s’hydrater, éviter l’effort physique.

Équiper les hôpitaux : l’urgence et le long terme

Face aux questions sur la climatisation des établissements de santé, Artus de Cormis a rappelé que 40 % du parc hospitalier a déjà été rénové et mis aux normes depuis 2003. Pour répondre à l’urgence immédiate, la ministre a débloqué 100 millions d’euros permettant aux établissements de passer dès maintenant des commandes de climatiseurs et dispositifs de rafraîchissement d’appoint via les centrales d’achat. Sur le long terme, dans le cadre du plan d’investissement de 6 milliards d’euros prévu sur dix ans, l’enveloppe spécifiquement fléchée vers l’adaptation thermique des bâtiments a été doublée, passant de 300 à 600 millions d’euros, pour la rénovation de l’ensemble du parc hospitalier face aux vagues de chaleur à venir.

Pour tout conseil, le numéro vert Canicule info service est joignable gratuitement au 0800 06 66 66, du lundi au samedi de 9 heures à 19 heures.

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