Comment arrêter de fumer ?

Publié le

Patricia Guipponi

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

Comment arrêter de fumer ?
© Getty Images

Sommaire

Un quart des Français fume quotidiennement. Le tabac, produit hautement addictif et mortel, tue 75 000 personnes chaque année. Mais il est possible d’en sortir, à condition d’être bien accompagné et de s’appuyer sur les méthodes qui ont fait leurs preuves.

Le tabac est responsable de 13 % des décès recensés chaque année. Sur les 75 000 morts causées, un millier sont consécutifs au tabagisme passif (1). Les personnes qui fument perdent en moyenne dix années d’espérance de vie. « Un fumeur sur deux mourra d’une maladie liée au tabac », souligne le professeur Daniel Thomas, cardiologue, vice-président d’Alliance contre le tabac (ACT) et porte-parole de la Société francophone de tabacologie. 

Fumer est une véritable addiction. Le fumeur subit l’effet de la nicotine, qui agit comme une drogue dure, aussi puissante que la cocaïne, l’héroïne ou l’alcool. Plus on commence jeune, plus la dépendance s’installe durablement, et plus le sevrage devient difficile. Une seule cigarette peut réactiver les circuits de dépendance et provoquer une rechute. « Si le tabac apparaissait aujourd’hui, il serait totalement interdit. S’arrêter de fumer peut être difficile. Ce n’est pas une question de volonté ni de caractère », soutient le médecin. Toutefois, des dispositifs existent pour aider à s’en passer.

Des substituts nicotiniques validés et efficaces, pris en charge intégralement 

Certaines méthodes pour arrêter de fumer ont été validées scientifiquement. C’est le cas des substituts nicotiniques sous forme de patchs, de gommes ou de comprimés, disponibles depuis les années 1990. « Ces produits apportent la nicotine dont le fumeur a besoin », indique le professeur Daniel Thomas. 

Pour éviter l’échec du traitement, il faut doser correctement le produit et le prendre aussi longtemps que nécessaire. « Si le traitement est trop court, avec des diminutions trop rapides de la posologie, cela ne fonctionnera pas. » Ces substituts sont pris en charge sur prescription, ce qui a fortement accru leur utilisation.

Un médicament comme la varénicline (2) est également efficace. La Haute Autorité de santé a confirmé, en mars 2025, qu’il présentait un « service médical important » dans le sevrage tabagique. La varénicline agit sur les récepteurs cérébraux de la nicotine et réduit l’envie de fumer. 

« Un temps retiré du marché en raison de pollution dans sa fabrication, il a été réintroduit depuis peu », précise le vice-président de l’ACT. Ce traitement, soumis à prescription médicale, bénéficie d’une prise en charge par la Sécurité sociale, complétée par les mutuelles.

Être accompagnés par des thérapeutes formés augmente les chances

Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) permettent d’identifier et de modifier les comportements associés à la cigarette. Elles aident à adopter des pensées qui facilitent l’arrêt du tabac et à écarter celles qui donnent envie de fumer. Le fumeur apprend ainsi à adopter des comportements alternatifs aux réflexes liés au tabagisme. « Ces accompagnements, assurés par des médecins, des tabacologues ou des psychologues formés, augmentent les chances de réussite », affirme le professeur Thomas.

La cigarette électronique, ou vaporette, n’est pas officiellement reconnue par les autorités de santé françaises, mais a fait la preuve de son efficacité dans des études et peut donc aider certains fumeurs à arrêter de fumer. « C’est aussi une substitution nicotinique. Lorsqu’on vapote, il faut cesser complètement de consommer du tabac, sinon cela ne sert à rien », remarque le cardiologue. N’étant pas un produit médicalisé, la vaporette n’est ni prescrite sur ordonnance ni vendue en pharmacie. « Il faut la réserver à une démarche de sevrage tabagique et ne jamais l’utiliser si l’on n’est pas fumeur. Il faut tout faire pour que les adolescents ne l’adoptent pas »

La prudence s’impose concernant l’hypnose, l’acupuncture ou le laser. Ces pratiques, et d’autres, n’ont pas démontré scientifiquement leur efficacité et peuvent être coûteuses, alors que les méthodes validées sont prises en charge. « Si ce n’est pas dangereux, il faut se méfier des possibles dérives, et ne pas tout miser dessus. Elles ne peuvent être que des méthodes d’accompagnement pour certains fumeurs », conseille le porte-parole de la Société francophone de tabacologie. Mieux vaut privilégier les méthodes dont l’efficacité est prouvée.

Le fumeur lutte contre une drogue extrêmement puissante 

Arrêter de fumer seul, sans accompagnement, est plus difficile. De nombreux dispositifs d’aide existent, comme Tabac Info Service, géré par Santé publique France. Des tabacologues y offrent écoute, conseils et suivi personnalisé. Le site et l’application de cet outil proposent un accompagnement étape par étape. « L’idéal est de consulter son médecin dès que la décision d’arrêter est prise », recommande le professeur Thomas. Le praticien peut prescrire les traitements adaptés et orienter vers un tabacologue si nécessaire.

En effet, le fumeur lutte contre une drogue extrêmement puissante. Sans traitement, les premières semaines sont les plus délicates : irritabilité, fatigue, anxiété, envie impérieuse de fumer… Si ces symptômes de manque disparaissent progressivement, ils peuvent être totalement contrôlés par les traitements d’aide au sevrage. Le cardiologue reconnaît que l’arrêt du tabac peut entraîner une prise de poids. « Entre trois et quatre kilos. Avec une alimentation équilibrée et une activité physique régulière, il est possible de retrouver son poids de forme. »

Les bénéfices de l’arrêt du tabac sont quasiment immédiats

Le médecin préconise de ne pas culpabiliser le fumeur ni de lui rappeler sans cesse les dangers du tabac, qu’il connaît déjà le plus souvent. Il faut plutôt insister sur les bénéfices de l’arrêt, qui sont quasiment immédiats. En quelques jours, la respiration s’améliore, le goût et l’odorat reviennent. Le teint de la peau, jusqu’alors grisâtre, retrouve son éclat. En quinze jours, les risques de caillots diminuent, car les plaquettes sanguines se sont renouvelées, la menace d’infarctus baisse. Chaque jour sans tabac est une victoire et un pas vers une vie plus libre et plus longue.

L’arrêt du tabac permet aussi de faire des économies : un paquet de cigarettes coûte entre 12 et 14 euros. « L’augmentation du prix du tabac est la mesure de santé publique la plus porteuse. Elle a permis à beaucoup de fumeurs d’arrêter et à des jeunes de ne pas commencer. Quand on a peu d’argent, on fait attention », confie le vice-président de l’ACT. Certains ont craint une hausse de la contrebande après cette politique, mais cela ne s’est pas vérifié. « Et qu’il soit illégal, chauffé (3) ou “léger”, le tabac reste en tout point toxique. »

Enfin, arrêter de fumer profite à son environnement. L’odeur du tabac, très persistante, est incommodante. Le tabagisme passif est un réel danger pour les proches tels que le conjoint, les enfants… « Ces derniers risquent de développer de l’asthme, des otites ou des pharyngites à répétition », déplore le professeur Daniel Thomas. Les adultes vivant dans un foyer où l’on fume peuvent potentiellement mourir d’une maladie liée au tabac, sans jamais en avoir consommé directement.

Comprendre ce qui est nocif dans le tabac

La nicotine n’est pas directement responsable des maladies liées au tabac, mais elle entretient la dépendance à ce produit toxique. « Ce sont surtout les substances issues de la combustion qui rendent le tabac dangereux », précise le professeur Daniel Thomas, cardiologue, vice-président d’Alliance contre le tabac (ACT) et porte-parole de la Société francophone de tabacologie. 

La combustion engendre du monoxyde de carbone, qui remplace l’oxygène dans le sang et asphyxie progressivement les organes. Elle libère aussi des goudrons et d’autres composés chimiques hautement nocifs. « Ces produits sont responsables de dix-sept types de cancers, dont 80 à 90 % des cancers du poumon. » Le filtre de la cigarette n’offre aucune protection comme l’a prétendu l’industrie du tabac. « C’est une invention marketing sans efficacité réelle. De plus, c’est un fléau environnemental à cause des mégots jetés négligemment dans la nature. »

(1) Le fait d'inhaler, de façon involontaire, la fumée dégagée par un ou plusieurs fumeurs.
(2). Commercialisée sous le nom de Champix. 
(3). Contrairement aux cigarettes qui brûlent le tabac à une température entre 800 et 900 °C, le tabac chauffé est obtenu avec une température plus basse, autour de 350 °C. L’industrie du tabac prétend qu’ainsi les risques pour la santé sont réduits, ce qui n’est qu’un argument marketing. 

Rédigé par

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.
Tous les champs sont obligatoires.

Ce site utilise un système anti- spams pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

A lire aussi

  • Vrai/faux sur la cigarette

    Maladies et traitements

    Un quart des Français fument, occasionnellement ou quotidiennement. Parmi eux, six sur dix souhaitent arrêter, ce qui peut être un véritable défi. Quels en sont les bénéfices et quelle méthode adopter ?

    Vrai/faux sur la cigarette