Chaque année, les maladies du foie sont responsables de 2 millions de décès dans le monde (dont les deux tiers surviennent chez les hommes) et de 4 % de tous les décès (1).
Un organe central du métabolisme
« Glande la plus volumineuse de l'organisme, le foie représente environ 2 % de la masse corporelle, indique Patrick Marcellin, hépatologue et professeur émérite à l'Université de Paris-Sud. Avec la vésicule biliaire, collée tout contre lui, il est une espèce de "tour de contrôle", car il assure un grand nombre de fonctions essentielles de l'organisme. »
Le foie fabrique la bile qui sera mise en réserve dans la vésicule biliaire avant d'être éliminée dans l'intestin grêle pour faciliter la digestion. Il stocke les nutriments (glucides, acides gras, vitamines…) les sélectionne, les métabolise, puis fournit l'énergie directement utilisable par le corps humain. Il joue un rôle de station d'épuration et de prévention.
« Par un phénomène appelé phagocytose, il capture, transforme et rend inoffensives les substances toxiques (bactéries, virus, champignons, médicaments…) auxquelles nous sommes exposés en mangeant, en buvant et même en respirant », poursuit le Pr Marcellin. Elles seront ensuite évacuées par l'urine ou la bile. Enfin, il nous évite aussi les hémorragies en produisant les facteurs de coagulation.
Quels sont les risques de développer une maladie du foie ?
« Il existe de très nombreuses maladies chroniques du foie, explique le Pr Jean-Baptiste Nousbaum, hépatologue et gastro-entérologue au CHU Cavale-Blanche de Brest. Toutes les pathologies associées à une inflammation du foie vont occasionner une fibrose, c'est-à-dire une accumulation de tissu fibreux dans le foie, qui peut s'étendre, à des degrés divers, entre les cellules hépatiques (hépatocytes) et dont le stade ultime (la cirrhose) se caractérise par la destruction de la structure normale du foie et la formation de nodules. La cirrhose, conséquence d'une agression chronique du foie depuis plusieurs années, est une maladie sournoise. Elle ne se révèle, dans la majorité des cas, qu'au stade des complications telles qu'une hémorragie digestive ou, plus grave, un cancer du foie. »
La cirrhose correspond donc à la phase avancée des maladies chroniques du foie. En France, 500 000 personnes vivent avec une fibrose hépatique avancée ou une cirrhose. Le site de l'Assurance maladie indique que la cirrhose du foie provoque environ 16 000 décès par an.
« Les facteurs de risque sont bien identifiés, note le Pr Nousbaum. Ainsi, une consommation excessive et prolongée d'alcool de manière régulière ou par la pratique du binge drinking de plus en plus développée chez les jeunes (2), les maladies métaboliques (obésité, diabète…) et les infections chroniques par les virus de l'hépatite B et C sont responsables de plus de 90 % des cas de cirrhose. Mais il existe aussi des causes plus rares : des maladies biliaires, génétiques (hémochromatose, maladie de Wilson), auto-immunes et vasculaires (thromboses veineuses). »
La MASH, une maladie qui explose
Anciennement connue sous le nom de NASH (nonalcoholic steathohepatitis), la MASH (Metabolic dysfunction-associated steatotic liver steatohepatitis) concerne environ 4 à 6 % de la population adulte mondiale. Elle se caractérise par une accumulation de graisse dans le foie (stéatose). Certes, le stockage de graisse dans le foie reste un phénomène naturel : c'est grâce à lui que l'organisme peut faire des réserves d'énergie et les mobiliser en cas de besoin. Mais dans certains cas, l'accumulation de graisse provoque une réaction inflammatoire caractéristique de la MASH.
La maladie évolue dans un tiers des cas vers une fibrose, une cirrhose voire un cancer du foie. Contrairement à ce qui était admis jusqu'ici, une nouvelle étude, publiée dans Nature Medicine, révèle qu'il existerait deux formes de MASH (3) : l'une d'origine génétique, l'autre étant la conséquence de désordres métaboliques. Une découverte qui pourrait marquer un tournant à venir dans la prise en charge de la maladie.
Quels sont les symptômes d'un foie en souffrance ?
« Le drame du foie est qu'il est un organe silencieux qui va se taire pendant de nombreuses années, insiste le Pr Nousbaum. On découvre trop souvent encore les maladies du foie au moment où surviennent des complications graves. »
« C'est pourquoi les personnes qui ont une consommation abusive d'alcool, celles qui sont en surpoids, celles qui souffrent d'hypertension artérielle ou de diabète doivent se montrer vigilantes. Elles doivent effectuer des examens périodiques, de préférence tous les deux ans à partir de l'âge de 45-50 ans », renchérit le Pr Marcellin, hépatologue.
Le diagnostic via les examens clés de la fonction hépatique
La prise de sang
C'est le premier examen à faire pour explorer le foie. « Pour prendre la maladie du foie de vitesse avant la cirrhose et le cancer, le dosage des transaminases (Asat et Alat) par une simple prise de sang constitue aujourd'hui le meilleur outil, observe le Pr Marcellin. Cela permet de dépister à grande échelle et de traiter efficacement les maladies du foie encore trop souvent négligées. »
« Des transaminases élevées, même légèrement, ne doivent pas être ignorées, mais inciter à poursuivre les investigations par des examens complémentaires, pointe le Pr Nousbaum. Par ailleurs, il est pertinent de procéder au dosage des gamma-GT et des phosphatases alcalines. Car ces deux enzymes augmentent également dans de nombreuses maladies du foie, surtout quand il existe une anomalie au niveau de la circulation de la bile. »
D'autres examens sont ensuite essentiels pour confirmer ou infirmer la présence d'une maladie du foie, et dans le cas précis d'un cancer, pouvoir le caractériser et déterminer son étendue.
Le FIB-4
Ce test utilise des paramètres sanguins très simples (transaminases et plaquettes) pour calculer le risque de fibrose.
Le FibroScan
Appelé aussi élastométrie fonctionnelle, cet examen, mené à l'aide d'ultrasons, permet d'évaluer le degré de fibrose et augmente ainsi la précision du diagnostic.
L'échographie
Elle offre l'avantage d'une observation de la taille du foie et de son aspect, homogène ou non, mais aussi des voies biliaires. Elle permet de détecter des tumeurs, des cirrhoses ou des calculs.
La biopsie
Elle n'est plus réalisée en première intention, les progrès des examens d'imagerie précités offrant souvent la possibilité de poser le diagnostic sans biopsie.
La guérison par la prévention
« Pour de nombreuses maladies du foie, comme la MASH, le seul traitement préventif efficace passe par un changement de mode de vie, martèle le Pr Marcellin, hépatologue. Il faut rééquilibrer son alimentation, diminuer sa consommation de sucres et d'aliments hypertransformés, augmenter son activité physique… Car pris en charge à temps, un début de cirrhose peut tout à fait régresser, parfois même de façon spectaculaire ! »
Il rappelle aussi qu'à partir de deux verres d'alcool par jour pour la femme et de trois pour l'homme, on parle de consommation à risque propre à provoquer une cirrhose alcoolique.
Des traitements connus et d’autres prometteurs
Depuis quelques années maintenant, la médecine a les moyens de gagner la bataille contre les virus des hépatites, avec notamment les antiviraux d'action directe (AAD). « En cas de MASH, devenue un vrai fléau de santé publique, une perte de poids permet une amélioration de l'état du foie, mais elle n'est pas toujours facile à observer dans la durée, souligne le Pr Nousbaum. On peut envisager parfois aussi une chirurgie bariatrique. »
Quid du Sémaglutide, traitement présenté comme révolutionnaire au dernier congrès américain d'hépatologie ? « Cet antidiabétique, qui réduit considérablement le besoin de manger, améliore la moitié des patients atteints de MASH », s'enthousiasme le Pr Marcellin. « Mais il coûte très cher et doit être pris à vie », tempère le Pr Nousbaum.
En ce qui concerne le cancer du foie, si celui-ci est débutant ou sur une cirrhose qui n'affecte pas encore le fonctionnement de l'organe, la résection chirurgicale (ablation partielle du foie) est le traitement principal.
Autre option, la radiofréquence, souvent préconisée chez des patients dont l'état du foie n'est pas trop altéré.
Enfin, pour le stade avancé des maladies du foie, la greffe du foie, appelée aussi transplantation hépatique, permet de remplacer un foie malade par un foie sain. C'est le traitement le plus efficace, car il traite à la fois le cancer et la cirrhose. Mais cette chirurgie lourde ne peut pas être proposée à tous les malades en raison du manque d'organes disponibles et des diverses contre-indications.
(1) Journal of Hepatology, août 2023.
(2) Le binge drinking est un mode de consommation excessif d'alcool sur une courte période, par épisodes ponctuels ou répétés.
(3) Nature Medicine, décembre 2024 (en anglais). Lire également cette actualité sur le site de l’Inserm : Stéatohépatite associée à un dysfonctionnement métabolique (MASH) : il n’existe pas un mais deux types de maladie.
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